Impôts sur la fortune: «Les Belges sont prêts»

Une enquête du Soir et de RTL-TVI révèle que 75 % des Belges sont d’accord avec la mise en place d’un impôt sur la fortune. Pourquoi? analyse avec le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, qu estime qu’une telle taxe rapporterait 7 milliards par an à l’Etat.

Impôts sur la fortune: «Les Belges sont prêts»
hedebouw ©Reporters
Martial Dumont

+ Trois Belges sur quatre favorables à l'impôt sur la fortune

Raoul Hedebouw, 75% des Belges sont OK pour l’installation d’un impôt sur la fortune. Ça vous réjouit ?

Oui bien sûr! Il y a 5 ou 10 ans, les gens étaient encore sensibles aux contre-arguments apportés par la classe politique. Aujourd’hui, les mentalités sont en train de changer.

Pourquoi ?

D’abord parce que nous sommes dans un contexte de crise qui rend plus concret ce débat sur l’impôt des grosses fortunes. Il y a une vraie polarisation autour du fait qu’on doit trouver de l’argent pour sortir de l’ornière.

Soit on va chercher dans la poche des salariés via l’index et une hausse de la TVA, soit on va chercher chez ceux qui ont beaucoup d’argent. Et puis, il y a aussi l’émergence de forces de gauche nouvelles qui ont joué un rôle dans la conscientisation collective du fait que la Belgique est un paradis fiscal pour les grosses fortunes et un enfer fiscal pour les salariés. Je vous rappelle que la Belgique est sur la liste grise de l’OCDE des paradis fiscaux dans le monde…

Dans l’enquête du Soir et de RTL, on constate également que les salaires de plus de 3000 euros par mois sont aussi majoritairement pour cet impôt sur la fortune. Ça vous étonne ?

Non. Nous avons toujours plaidé pour une taxe des millionnaires, qui toucherait 2% de la population, soit 88 000 familles. Ce n’est pas parce qu’on a un bon salaire qu’on est très riche.

Le but d’une telle taxe ce serait de toucher ceux qui ont amassé une fortune par héritage, via des dividendes ou au travers des marchés spéculatifs. Je comprends donc que ceux qui touchent 3000 euros par mois ne se sentent pas concernés par cet éventuel impôt. Je suis content de voir qu’on n’a pas réussi à diviser les salaires moyens et ceux qui gagnent trop peu…

Le PTB a réalisé des études sur la mise en place d’une telle taxe. Combien rapporterait-elle à l’état?

Entre 9 et 10 milliards théoriquement. Mais avec d’éventuelles pertes liées à la fuite de certains capitaux, on peut raisonnablement tabler sur 7 milliards par an.

Justement, le risque de fuite des capitaux, c’est l’un des contre-arguments des partis politiques…

Chez nous, on taxe ceux qui ne peuvent pas s’enfuir. C’est une politique cynique. L’exemple français montre que la fuite des capitaux est un argument fallacieux. Chez nos voisins, elle est de 0,2%. Et ça ne nuit pas à la rentabilité de l’impôt.

A partir de combien devrait-on taxer ?

Il faut d’abord réaliser un cadastre des fortunes en Belgique, notamment en levant totalement le secret bancaire. A partir de là, on pourrait taxer à partir de 1,5 million d’euros. 1% sur tout ce qui dépasse cette somme. Puis, de manière graduelle, 2% sur ce qui dépasse 2 millions, 3% au-delà de 3 millions. 3%, ce serait le maximum.

Les citoyens semblent prêts à accepter l’idée d’une telle taxe. Et dans le monde politique, vous le sentez comment ?

Il y a des ouvertures. Mais quand je vois comment se passent les négociations sur le budget, je me dis que les tabous sur la fiscalité en Belgique sont encore très ancrés. ..