«Pour la traite, cela ne changera rien»

Christian Meulders est directeur de l’ASBL Surya. Une association qui – comme deux autres à Bruxelles et en Flandre – a été désignée par l’État pour gérer l’accompagnement des personnes potentiellement victimes de traite des êtres humains en Wallonie : exploitation sexuelle et économique. Surya est représentée au sein de l’ASBL qui devrait gérer le futur Eros center liégeois.

Le point de départ du projet Eros center, c’est une politique visant à supprimer la prostitution de vitrines. Notamment avec la fermeture des bars du quartier Cathédrale Nord. Est-ce la bonne optique pour lutter contre la traite des êtres humains?

Il ne faut pas se voiler la face : quand on a fermé le quartier Cathédrale Nord, on a utilisé le prétexte du phénomène de traite pour recadrer le quartier et développer des projets immobiliers. Ce n’était rien d’autre. Ce qui était dérangeant dans ce quartier, c’était le phénomène de prostitution de rue avec les toxicomanes. Et que remarque- t-on ? C’est resté. On a donc juste éliminé une population de prostituées de vitrines, qui ne posait pas problème, et qui s’est déplacée ailleurs ou vers une activité privée où c’est beaucoup plus dangereux.

Dans ce contexte, Un Eros center à Liège va-t-il apporter une solution ?

En tant que centre d’accueil, nous n’avons pas de position pour ou contre la prostitution, pour ou contre un Eros center. Mais sur base du constat que nous faisons avec les victimes que nous accompagnons, il est clair que par rapport à la traite des êtres humains un Eros center ne va rien apporter. Parce que dans certains milieux il restera une demande pour des filles qui en sont victimes. Nous aurons donc une clientèle visible avec les prostituées dans l’Eros center, qui pour moi ne pose pas de problème. Cela va peut-être diminuer des phénomènes de violences sexuelles en rue. Peut-être, mais je ne suis même pas sûr. Mais nous aurons toujours un phénomène de prostitution clandestine avec des filles qui n’iront pas à l’Éros center. Et leurs clients n’iront pas non plus puisqu’ils peuvent avoir des filles dans ce cadre privé.

Quel serait alors l’avantage d’un tel centre ?

Je pense que ça permet en tout cas de donner un statut aux gens. Car si on rentre dans un schéma philosophique d’accepter la prostitution, qu’on accepte cela pour un métier comme un autre, il faut pouvoir donner un statut réel. C’est-à-dire une couverture sociale et tous les droits qui vont avec. On doit donc en arriver à un système avec des prostituées et des clients dans le cadre d’une relation d’échange de services, monnayés, qui se déroule dans un environnement sécurisant et sécurisé. Sécurité à la fois physique mais aussi médicale. Ce qui n’est pas le cas pour les filles qui travaillent dans un cadre privé.

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