La cible de la police c'est le maquereau

En Belgique, selon les estimations policières, il y aurait entre 8000 et 12000 prostituées.

«Mais il n’existe aucune statistique officielle car la loi interdit que l’activité de prostitution soit renseignée comme telle », indique le commissaire divisionnaire Bontinck, responsable de la cellule centrale “traite des êtres humains “ de la police judiciaire fédérale. Seul chiffre valable dans les bilans policiers : une moyenne annuelle de 170 nouvelles victimes potentielles de traite des êtres humains issues du milieu de la prostitution.

8000 € par semaine

Du côté de la police, on estime que 60% des prostituées du pays dépendent d’un proxénète. Les autres travaillent à leur compte. Et si la plupart des filles exploitées sont issues de filières étrangères (pays de l’Est, Afrique, Brésil,…), contrairement aux idées reçues, la plupart de leurs patrons sont des Belges. Les Hollandais et les Français étant aussi bien implanté dans ce milieu lucratif. «En moyenne, on considère qu’une fille exploitée rapporte 8 000 € par semaine », dit le responsable de la cellule centrale “traite des êtres humains“.

Se prostituer n’étant pas interdit en Belgique c’est d’ailleurs l’exploitation sexuelle, donc les proxénètes, qui sont les cibles des services de police. Mais le travail est ardu, car le paysage de la prostitution a évolué et s’est fait plus discret. La prostitution visible, en vitrines ou en tapinant, cède la place à des pratiques cachées : dans des hôtels, des appartements, des clubs privés, des saunas ou via des rendez-vous sur internet. Cela implique donc une autre approche policière, plus complexe que la classique descente dans un bar à filles.

« L’attitude des proxénètes aussi a changé, ils sont plus prudents, indique le commissaire Bontinck. L’image du proxénète qui kidnappe une fille, la séquestre et la violente pour faire pression, d’une manière générale ce n’est plus ce qui se passe. »

Aujourd’hui, les maquereaux ont plutôt tendance à négocier les revenus 50/50 avec leurs filles. Souvent aussi, lorsque les filles ont remboursé une certaine somme à leur proxénète, elles peuvent partir pour rentrer chez elles ou, ce qui arrive de plus en plus souvent, monter leur propre réseau, constate-t-on dans les milieux policiers. «Je ne dis évidemment pas que ces filles ne sont pas exploitées, mais cette nouvelle façon de fonctionner les incite moins à dénoncer.» Dans cette optique, l’intérêt d’un Eros Center réside dans le fait qu’il peut faire office de « point d’entrée » pour les filles qui sont exploitées. Un lieu où les filles les plus vulnérables, celles qui sont déjà exploitées ou qui pourraient être récupérées par un proxénète ou encore mises sous pression par une forme de racket, peuvent trouver «hors contexte policier et répressif» Un soutien médical mais aussi d’ordre socio-économique

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