Belliraj : la Sûreté embarrassée

DECRYPTAGE | Abdelkader Belliraj, un informateur de la Sûreté et terroriste présumé, jouait-il un double jeu? Flash-back sur une affaire trouble.

Tom EVRARD
Belliraj : la Sûreté embarrassée
82148 ©(photo EdA - Jacques Duchateau)

Le moins que l'on puisse écrire c'est que l'affaire secoue rudement les services de renseignements belges. De quoi parle-t-on? D'Abdelkader Belliraj, un Marocain bénéficiant de la double nationalité, marocaine et belge, aujourd'hui pointé par les autorités marocaines comme le cerveau d'un réseau terroriste.

51 ans, marié, trois enfants, l'homme avait installé ses quartiers à Evergem en 2000 et vivait de «business» menés en Belgique et au Maroc. Et il était du genre discret et banal, un média marocain rapporte «qu'il fréquentait les cafés maroxellois et qu'il cachait sa calvitie sous une casquette.» En janvier dernier, le quinquagénaire avait, comme il le faisait régulièrement dans le cadre de ces affaires, rallié le Maroc. Pour y retrouver un parent proche, selon une source marocaine.

Ca, c'est le côté pile du gaillard. Le 18 février dernier, les autorités marocaines annoncent avoir démantelé un important groupe terroriste, mis la main sur un important stock d'armes (armes de guerres, détonateurs, munitions, etc.) et interpellé 35 personnes. «C'est le réseau Belliraj» clamera, triomphant, le ministre de l'intérieur marocain, Chakib Benmoussa, non sans ajouter que la tête du réseau n'est autre qu'... Abdelkader Belliraj, qui figure parmi les suspects interpellés.

Coup de tonnerre dans le paysage politique marocain : le réseau Bellarij ne serait rien d'autre que le bras armé du parti islamiste Al Badil al Hadari, légalement créé en 2005 et dont le secrétaire général et son adjoint sont également arrêtés. L'objet du réseau terroriste? Pour le ministre de l'intérieur marocain, il est clair : infiltrer progressivement les hautes sphères du pays et éliminer des personnalités politiques, militaires et des citoyens marocains de confession juive.

Et AbdelkaderBelliraj? Chef du réseau? Ce sont les autorités marocaines qui le disent. Tout comme elles soulignent avec assurance que l'homme a commis six assassinats non élucidés en Belgique entre 1986 et 1989, dont celui du vice-recteur de la grande mosquée de Bruxelles en mars 1989 ou un représentant de la communauté juive, le docteur Wibran. Immédiatement, les autorités judiciaires belges s'étaient montrées très prudentes face à ces allégations, même si on admet Abdelkader Belliraj avait été entendu (mais pas inquiété) dans le cadre de certains de ces meurtres.

Beaucoup de questions

Histoire d'y voir plus clair, six policiers spécialisés dans la lutte antiterrorisme et le grand banditisme se sont d'ailleurs rendus cette semaine à Rabat. Quant à savoir si le déplacement a été fructueux, le parquet fédéral lance un sec : «pas de commentaire.» Tout au plus sait-on que les policiers belges ont rencontré leurs homologues marocains et ont pu compulser des documents. En revanche, ils n'ont pas pu rencontrer celui que les autorités marocaines considèrent comme le cerveau du réseau.

Mais il y a plus embêtant. Abdelkader s'est rendu en Afghanistan en 2001, un voyage au cours duquel il aurait rencontré le numéro 2 d'Al-Qaïda. Et il aurait également fricoté avec des groupes activistes islamistes armés en 2001, 2002 et 2003. Embêtant, surtout quand on sait qu'Abdelkader Belliraj était un informateur régulièrement rémunéré de la Sûreté belge. Mais est-ce pour autant vrai? Car ce sont les autorités marocaines qui affirment des liens entre l'homme et des groupes terroristes, en assurant détenir des preuves qu'elles ne dévoilent pas. Crédible? Du côté de la Sûreté belge, on affirme ne pas disposer d'éléments permettant de confirmer de tels faits. Mais déjà les questions fusent : la Sûreté était-elle au courant, si elles sont avérées, des activités d'Abdelkader? Si oui, la justice belge en a-t-elle été informée? Comment la Sûreté a-t-elle géré le recrutement en qualité d'informateur de Belliraj? Difficile de répondre, et la plus grande prudence reste de mise tant les éléments concrets sont, pour l'instant, maigres dans cette affaire. Le comité R, chargé de contrôler le service des renseignements a d'ailleurs ouvert un dossier pour plonger dans les méandres d'un dossier décidément bien trouble.

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