Corruption : le gouvernement ukrainien tente d’éteindre le scandale

Après l’arrestation du sous-ministre des collectivités, c’est le ministère de la Défense qui se retrouve dans l’œil du cyclone.

Clément Boileau (Avec AFP).

C’est un vieux démon ukrainien qui a brutalement refait surface cette semaine, à la faveur des révélations des autorités anticorruption ukrainiennes (NABU et SAPO). Lesquelles ont annoncé lundi avoir "infiltré un groupe criminel organisé" en vue de stopper "le détournement massif de fonds budgétaires." L’affaire est gravissime : "L’un des membres du groupe était le sous-ministre des Collectivités, des Territoires et du Développement des infrastructures" (NDLR : Vasyl Lozynsky), explicite le NABU, assurant que les enquêteurs "l’ont arrêté juste après" que le ministre ait "reçu 400 000 dollars pour avoir facilité la conclusion de contrats d’achat d’équipement à des prix gonflés."

Zelensky embarrassé

Le ministre avait été écarté du gouvernement dès dimanche, a annoncé le gouvernement ukrainien dimanche, sans qu’il soit donné plus de détails. Il s’avère que les contrats dont il est question concernaient "l’achat d’équipements de production d’électricité nécessaires pour traverser la période hivernale face à la destruction des infrastructures critiques", a finalement fait savoir le NABU lundi.

Le président Volodymyr Zelensky s’est voulu magnanime, gardant ses distances avec l’encombrant sous-ministre. "Aujourd’hui, le gouvernement a licencié un vice-ministre qui a été exposé par le NABU", écrivait-il sur Facebook dimanche dernier, assurant que la semaine à venir serait "le moment de prendre des décisions appropriées."

Celles-ci n’ont pas tardé à tomber : au total, ce sont cinq gouverneurs régionaux, quatre vice-ministres et deux responsables d’une agence gouvernementale qui quittent leurs postes, en plus du chef adjoint de l’administration présidentielle et du procureur général adjoint. Une vague de départs qui arrive au moment où Kiev réclame à ses alliés occidentaux, dont le soutien militaire et financier est crucial, des centaines de chars modernes et d’autres armements pour une nouvelle offensive sur le front (lire ci-contre).

La Défense dans la tourmente

Le scandale porte aussi, et surtout, sur un contrat signé par le ministère de la Défense à un prix présumé surévalué et portant sur les produits alimentaires destinés à ses soldats. Selon une enquête du site d’information ZN.UA, ce contrat de 13 milliards de hryvnias (environ 324 millions d’euros) a été passé avec des prix "deux à trois plus élevés" que les tarifs actuels en vigueur pour les produits alimentaires de base. En conséquence, le vice-ministre de la Défense Viatcheslav Chapovalov, en charge de l’appui logistique des forces armées, a été démis mardi de ses fonctions.

Pourtant, lundi, le ministre Oleksiï Reznikov avait assuré que le scandale relevait d’une "attaque informationnelle artificielle" fondée sur un "faux prétexte".

Si aucun lien n’a été établi entre les autres responsables sur le départ et ce scandale, certains ont été accusés ces derniers mois d’autres infractions ou faux pas : le chef adjoint de l’administration présidentielle Kyrylo Tymochenko, l’un des rares collaborateurs du président présent depuis son élection en 2019 et qui supervisait notamment des projets de reconstruction, a été accusé en octobre d’avoir utilisé un véhicule tout-terrain donné à l’Ukraine par le groupe américain General Motors. Après ces révélations, il avait assuré avoir transmis le véhicule aux besoins du front.

Le procureur général adjoint Oleksiï Simonenko a lui été accusé d’être récemment parti en vacances en Espagne alors que les déplacements à l’étranger, sauf à des fins professionnelles, sont interdits pour les hommes en âge de combattre.

Les gouverneurs des régions de Dnipropetrovsk (centre) Valentin Reznitchenko, de Zaporijjia (sud) Oleksandre Staroukh, de Soumy (nord) Dmytro Jivytsky, de Kherson (sud) Iaroslav Ianouchevitch et de la capitale Kiev, Oleksiï Kouleba, ont aussi quitté leurs postes.

Des réformes en cours

Réuni ce mardi autour du Premier ministre, le gouvernement ukrainien tentait d’éteindre l’incendie qui couve. "Notre gouvernement continue de mettre en œuvre d’autres réformes nécessaires à l’État. Cela concerne en particulier le développement de l’architecture anticorruption", a affirmé Denys Shmyhal ce mardi, pointant cet aspect important en vue d’une future intégration européenne. Des réformes qui passent par la réduction du "rôle de l’État dans l’économie et par la privatisation et les partenariats public-privé", a explicité le Premier ministre. "Moins d’État dans l’économie signifie moins de possibilités d’abus de la part des fonctionnaires", a détaillé Shmyhal, qui espère également que la digitalisation en cours dans l’administration ukrainienne jugulera les tentatives de corruption qui y ont encore cours. "Un ordinateur n’accepte pas de pots-de-vin, donc tous les services gouvernementaux devraient être numérisés", a-t-il fait observer.

En attendant, "la société recevra des informations complètes, et l’État prendra les mesures puissantes nécessaires ", a promis dimanche Volodymyr Zelensky. "Et ce n’est pas quelque chose de temporaire, c’est une vraie réponse. C’est ce que nous attendons tous de nos institutions. De l’État."

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