France: retour sur la mobilisation nationale contre la réforme des retraites

Plus d’un million de manifestants ont envahi les rues de France, alors que des grèves étaient observées dans divers secteurs.

Clément Boileau (Avec AFP)
 Même dans les villes moyennes (comme ici à Agen), ma manifestation a été très suivie.
Même dans les villes moyennes (comme ici à Agen), ma manifestation a été très suivie. ©Photo News 

Au moins un million de personnes dans les rues : c’était, aux dires de Philippe Martinez, patron du premier syndicat de France (CGT), le nombre de manifestants à atteindre pour espérer faire reculer le gouvernement sur la réforme des retraites, jugée cruciale par Emmanuel Macron et sa Première ministre.

Pari réussi pour les syndicats, semble-t-il : de Paris à Lyon, en passant par Marseille et Nantes, plus d’un million de Français ont battu le pavé, le tout, alors que des grèves étaient observées dans divers secteurs, transports, enseignement, santé mais aussi énergie (raffineries).

« Usés », « cassés »

Il faut dire que la réforme, qui prévoit de reporter progressivement l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans (contre 62 actuellement) fait l’unanimité contre elle parmi les syndicats français (la CGT, mais aussi FO, Solidaires et la CFDT, réputée plus libérale).

"Le système de retraites par répartition n’est pas en danger, rien ne justifie une réforme aussi brutale", cinglait le front intersyndical voilà dix jours, comptant sur cette journée de manifestation pour pérenniser la contestation dans le temps. Dès ce jeudi soir, il était attendu que les syndicats et organisations de jeunesse se réunissent en vue de convenir "d’autres initiatives" dans les jours prochains.

Réforme des retraites en France: des heurts lors de la manifestation à Paris (vidéos)

Sur le terrain, les cortèges réunissaient beaucoup de travailleurs du public ou du privé craignant d’être "usés" ou "cassés" à 64 ans, comme Nathalie Etchegaray, 48 ans, assistante maternelle à Orléans. "Ça fait 25 ans que je travaille, je n’avais encore jamais fait grève. Le déclencheur c’est de voir nos collègues plus âgées qui ont mal partout. Elles ont des sciatiques, des maux de dos, des tendinites aux coudes à force de porter les bébés", explique-t-elle.

"J’ai 54 ans et j’arrive au bout. Je ne suis pas d’accord avec le gouvernement. J’ai commencé à 17 ans... Je suis métallier soudeur, j’ai deux hernies discales, les épaules foutues, les mains abîmées", témoigne Alain à Paris.

Macron à l’étranger

Depuis Barcelone où il participait à un sommet franco-espagnol, Emmanuel Macron a dit espérer une mobilisation "sans débordements, ni violences, ni dégradations". "Quand il y a une grosse mobilisation, que l’on prétend avoir changé, écouté plus… C’est le moment de rester en France", l’avait tancé Philippe Martinez dans la matinée, sur la chaîne LCP. "Je pense qu’il y a des Français qui vont manifester de bonne foi [...] Il y a d’autres manifestants, responsables politiques et syndicaux, qui utilisent ce combat pour diffuser des fausses informations, jouer sur les peurs", avait pour sa part prévenu le ministre du Travail Olivier Dussopt, en charge de la mise en place de la réforme.

" Il est bon et légitime que toutes les opinions puissent s’exprimer ", a tempéré le Président français depuis Barcelone, tout en mettant en avant le résultat de l’élection présidentielle au cours de laquelle, juge-t-il, les " choses ont été dites clairement ". C’est vrai : le candidat à sa propre succession avait annoncé cette réforme, qui s’inscrit pleinement dans un programme libéral et tourné vers la productivité. Mais il semble avoir oublié qu’une partie des électeurs, notamment à gauche, avait voté contre Marine Le Pen (RN) au second tour de cette élection, plutôt que pour lui...

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