Kléos, Boras, Mediator, Manara, etc.: nos 9 coups de cœur (ou de griffe) BD du jeudi 5 janvier

Le jeudi, c’est le jour de notre sélection bande dessinée. Avec, cette fois, une nouvelle série aux forts accents mythologiques, une autobiographie de Manara et l’affaire du Mediator revisitée. Entre autres plaisirs. Bonnes lectures. Des chroniques à retrouver, aussi, dans La Librairie de L’Avenir, bien sûr.

Michaël Degré

1Kléos (T.1)

Le résumé de l’éditeur

En 499 avant J.-C., les Grecs vivent en petites communautés, cités souvent rivales mais partageant un même mode de vie, des dieux et surtout une langue, qui les différencie des "barbares"…

Baigné par L’Iliade et L’Odyssée, dont il connaît chaque vers, le jeune Philoklès rêve d’exploits. Alors, quand des pirates pillent son île, ce misérable pêcheur s’élance à leur poursuite, déterminé à forcer son destin.

Tel son modèle Achille, il veut anéantir ses ennemis et accéder à la gloire éternelle (kleos aphthiton)…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): MYTHOLOGIQUE

499 avant Jésus-Christ. Fils de pêcheur et bercé par les récits héroïques d’Homère, le jeune Philoklès rêve d’aventure et de renommée. Quand des pirates attaquent son village, il n’hésite pas et propose de les pourchasser… seul.

Ce premier volet d’une série aux accents plus que mythologiques est particulièrement prometteuse: son duo de coscénaristes, les potes Earcersall et Latapy, donnent à voir une Grèce antique différente, où meurtres, rapines et viols sont le lot quotidien de ses citoyens, une noirceur que tempère le dessin tout en rondeur d’Amélie Causse.

Surtout, ils revisitent la notion même d’héroïsme à travers un jeune homme naïf… et aux aspirations plus modernes qu’il n’y paraît. Captivant.

2Souviens-toi que tu vas mourir

Le résumé de l’éditeur

Alors que la guerre de Sécession vient de s’achever dans la souffrance et l’amertume, un soldat nordiste noir et son ennemi, un raider confédéré, luttent pour leur survie sur les terres du Kentucky, là où le chaos règne encore.

À travers un périple funeste, toutes leurs ressources seront mises à rude épreuve afin de lutter contre l’adversité humaine et la nature particulièrement hostile: entre haine et désolation, Blackwood et Meadows n’auront d’autre choix que de dépasser leurs rancœurs pour survivre à l’horreur et à la mort.

Mais comment ces personnages constamment sur le fil du rasoir, tourmentés par le massacre brutal de 200 civils dans la ville de Lawrence deux ans plus tôt, pourront-ils échapper au cercle immuable de la violence ?

Notre avis en un mot (puis quelques autres): CRÉPUSCULAIRE

Dans une Amérique où la guerre de Sécession a pris fin, un confédéré fait équipe avec un soldat nordiste noir. Comment vivre avec le poids de ses crimes, pour l’un ? Comment pardonner, pour l’autre ?

Ce one-shot crépusculaire pose toutes ces bonnes questions. Et le fait bien.

3Les enfants perchés de la Révolution

Le résumé de l’éditeur

Paris, printemps 1789. Michel, 11 ans, est le fils d’un artisan veuf du faubourg Saint-Antoine. Lorsque celui-ci disparaît au cours d’une émeute contre la baisse des salaires, Michel est confié à un refuge pour enfants trouvés.

Suite à des mauvais traitements, il fugue à la poursuite d’une petite voleuse de pain. Il la rattrape sur les toits de la capitale, où toute une bande d’enfants "perchés" survit dans des cabanes de bric et de broc.

Rapidement accepté parmi eux, il va les convaincre de l’aider à retrouver son père, sûrement emprisonné à tort à la Bastille !

Notre avis en un mot (puis quelques autres): ENLEVÉ

Le fils plutôt futé d’un artisan parisien est confié à un orphelinat géré par d’austères bonnes sœurs quand son père disparaît dans les volutes de la Révolution naissante. Il va trouver refuge auprès d’autres déshérités.

Enlevé, malin, rythmé. Une belle entame.

4Mauvais monstre (T.1)

Le résumé de l’éditeur

Dans un monde où tout individu obtient, au moment de sa puberté, un petit monstre qui l’accompagnera toute sa vie, Éloïse, comme tous les ados de son âge, attend l’éclosion de l’œuf qui donnera naissance au sien. Surtout depuis que Célie, la coqueluche de la classe, vient d’obtenir Pandou, évidemment le monstre le plus mignon de tout le collège.

Problème: Éloïse va, elle, finalement se retrouver affublée d’un "mauvais monstre" pas mignon du tout, que l’on associe généralement aux personnalités maléfiques et que l’on prétend doté de dangereux pouvoirs paranormaux… Hors de question de donner un nom à cet horrible "Machin", et encore moins de le montrer aux autres !

Notre avis en un mot (puis quelques autres): SYMPA

Éloïse est au lycée et craint de voir débouler son "monstre". En fait une allégorie de l’adolescence, présentée ici comme un ange gardien (?) venu se poser sur leur épaule.

Une idée plutôt sympa, sur fond d’acceptation de soi, mais qui ne décolle jamais tout à fait.

5Toute la beauté du monde

Le résumé de l’éditeur

Mars 1939. Cerbère, à la frontière entre la France et l’Espagne. Les trains ne circulent plus. Les transbordeuses – les "orangères" – ne chargent plus les oranges qui pourrissent sur place. Sur la corniche, un hôtel, "le phallus de l’arrogance et de l’argent", est abandonné. Seuls trois hommes hantent les lieux: José de Villalobos, "peintre officiel", cherche la beauté pour sa grande fresque. Il croit l’avoir trouvée chez Montse, une orangère fière et farouche, qui fait passer des armes aux derniers résistants républicains.

Carles Bartomeu Altaió a survécu à la défaite de la Catalogne face aux troupes franquistes. Il est épuisé.

Walter Bermann est arrivé à l’hôtel tenant serré entre ses mains un manuscrit. Un "antidote à la folie des hommes", dont Staline veut se saisir, à tout prix.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): SOUPE

Dans le Cerbère de 1939, Thomas Azuelos mêle transbordeuses d’oranges en grève (un épisode authentique, quoiqu’antérieur), peintre maudit, révolutionnaires espagnols, soldats russes et un philosophe inspiré de Walter Benjamin.

C’est beau, mais quand même une sacrée soupe. Difficile à suivre, cette histoire.

6L’affaire du collier

Le résumé de l’éditeur

Olrik qui défraye la chronique des faits divers et se transforme tour à tour en passe muraille et en gentleman cambrioleur, voilà qui ne laisse pas d’étonner Blake et Mortimer ! Ces derniers se sont rendus à Paris pour une confrontation avec leur vieil ennemi au Palais de Justice. Mais le colonel, par un magistral tour de passe-passe et l’utilisation d’un complice extérieur, réussit à fausser compagnie à ses geôliers avant d’arriver au Palais. L’histoire ferait presque sourire nos deux Anglais, si le colonel ne les mettait au défi de l’arrêter avant qu’il ne commette quelque forfait.

Or les feux de l’actualité sont alors braqués sur une affaire que d’aucun dans l’opinion publique française n’hésite pas à qualifier "d’État". Sir Williamson, un richissime collectionneur britannique, se propose de faire cadeau à la reine Élisabeth du collier de Marie-Antoinette, celui-là même qui fut à l’origine d’un retentissant scandale qui, à la fin de l’ancien régime, préluda à la révolution.

Le prestigieux bijou doit être présenté à l’issue d’une réception que donne Sir Williamson chez le joaillier Duranton. C’est ce moment que choisit Olrik pour refaire surface et subtiliser le collier, au nez et à la barbe de Blake et Mortimer, eux aussi invités à la fête.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): COLLECTOR

Inspiré de la fameuse "affaire du collier de la reine" de 1785, cette 10e aventure de Blake & Mortimer fut publiée en 1965 puis 1966 dans Tintin. Elle est ici rééditée dans son format et ses couleurs d’origine, et complétée de croquis préparatoires et textes explicatifs.

Pour les inconditionnels.

7Mediator – Un crime chimiquement pur

Le résumé de l’éditeur

En 2007, au CHU de Brest, de nombreux cas d’atteintes cardiaques inexpliquées attirent l’attention de la pneumologue Irène Frachon. Ses recherches mettent en cause le Mediator, coupe-faim des laboratoires Servier, dont le principe actif avait conduit au retrait de l’Isoméride en 1997.

Celui du Mediator sera effectif en 2009. Depuis, elle poursuit son combat pour l’indemnisation des milliers de victimes…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): COMPLET

L’affaire du Médiator (ce médicament vendu jusqu’en 2010 par les laboratoires Servier et responsable de la mort de centaines de personnes) trouve ici une nouvelle dimension, grâce au travail conjoint d’Éric Giacometti (l’actuel scénariste de Largo Winch) et de la lanceuse d’alerte Irène Frachon.

Complet. Donc révoltant.

8Manara – Grandeur nature

Le résumé de l’éditeur

Auteur admiré dans le monde entier, notamment grâce à sa représentation du corps féminin qui fait désormais partie de l’imaginaire collectif, Milo Manara dévoile son art, sa vie, son enfance et sa jeunesse dans une autobiographie foisonnante. Il s’y confie sur ses débuts d’apprenti aux côtés de l’immense sculpteur espagnol Berrocal, sa rencontre fondamentale avec la bande dessinée – via Barbarella et Jodelle –, l’apprentissage du métier de dessinateur dans les formats de poche sexy, 1968, son amitié avec Hugo Pratt, le "Maestro", son immense succès amorcé en France avec Le Déclic…

Une histoire dans laquelle la bande dessinée rencontre aussi le cinéma, en particulier celui de Federico Fellini, avec qui Milo Manara a partagé des projets et des rêves.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): CAPTIVANT

Écoutons Milo Manara parler de lui et de son œuvre, tant que les nouvelles ligues de vertu ne se sont pas encore penchées sur son cas.

Car son parcours, qu’il commente sobrement, est captivant, et à placer dans la lignée d’autres illustres artistes italiens.

9La fabrique de héros

Le résumé de l’éditeur

Attention: ceci n’est pas un catalogue ordinaire ! À travers 100 anecdotes historico-amusantes, les deux auteurs nous racontent la petite histoire des Éditions Dupuis ou comment un petit imprimeur de Charleroi parti de rien est devenu le plus grand fabricant de héros d’Europe !

Ce catalogue est un complément idéal à la visite que vous ne manquerez pas de faire au Musée des Beaux-Arts de Charleroi entre novembre 2022 et avril 2023. Mais il peut également se lire de manière totalement indépendante pour en savoir plus sur l’éditeur "carolo" devenu la plus grande maison d’édition de bandes dessinées du XXe siècle.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): PICORAGE

Pour accompagner son centenaire, et l’expo en cours au Musée des Beaux-Arts de Charleroi, Dupuis publie ce catalogue "augmenté" de nombreuses anecdotes qui ont émaillé la désormais longue histoire du petit imprimeur devenu grand éditeur.

Et c’est un bonheur de picorage.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...