”Un film hollywoodien”, ce procès des attentats de Bruxelles : des avocats commis d’office pour représenter des accusés détenus

L’audience de la cour d’assises chargée du dossier des attentats à Bruxelles du 22 mars 2016 a repris ce jeudi 5 janvier 2023, peu après 11h, après avoir été suspendue. La présidente a commis d’office deux avocats pour représenter Abrini et El Haddad Asuf.

Thomas Longrie
lawyer Delphine Paci, defending Salah Abdeslam and lawyer Vincent Lurquin pictured during a session of the trial of the attacks of March 22, 2016, at the Brussels-Capital Assizes Court, Wednesday 04 January 2023 at the Justitia site in Haren, Brussels. On March 22 2016, 32 people were killed and 324 got injured in suicide bombings at Zaventem national airport and Maalbeek/ Maelbeek metro station, which were claimed by ISIL. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
Certains avocats de la défense n'ont plus de mandat pour représenter des accusés détenus. Ce qui retarde à nouveau la tenue du procès.

Que de rebondissements au procès des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016. Après une nouvelle suspension d’audience ce jeudi 5 janvier 2023, la présidente de la cour d’assises a rendu deux ordonnances déclarant que les avocats de deux accusés qui étaient sans mandat sont désormais commis d’office à la défense de leurs clients.

Me Jonathan De Taye, ancien conseil d’Ali El Haddad Asufi, est ainsi désormais commis d’office à la défense de ce dernier. Et Me Stanislas Eskenazi, ancien conseil de Mohamed Abrini, est désormais commis d’office à la défense de celui-ci. Le procès peut donc se poursuivre.

”Mon bâtonnier n’est pas venu ce (jeudi) matin avec une corde pour me ligoter”, a déclaré Me Jonathan De Taye. “Monsieur Ali El Haddad Asufi veut son procès, il le réclame depuis toujours, dans des conditions qu’il estime, non pas comme une diva, mais adéquates. Soit je suis présent et j’ai l’impression de mettre le cachet État de droit sur une procédure que j’estime inéquitable pour le moment, soit je peux quitter la salle. Mais si je fais cela, je ne permets pas à la cour d’assises de continuer, car il faudra désigner un autre avocat qui devra prendre connaissance du dossier”, libérer son agenda pour plusieurs mois, etc. “J’ai vraiment un cas de conscience là-dessus. Je vais respecter votre ordonnance. Et j’espère que l’État de droit primera” par rapport aux fouilles à nu opérées par les policiers. “Je suis persuadé que mon client reviendra dans cette salle. Et que dans l’intervalle on aura pu avancer.”

”Vous nous disiez hier (mercredi) que l’heure était grave. Je peux dire aujourd’hui qu’elle est critique”, a insisté Me Laura Pinilla, l’une des avocates d’Abrini. “Je suis outrée et même blessée que nous devions en arriver là et d’exprimer notre ressenti. Il est quand même profondément humiliant pour un avocat dans un tel dossier, d’une telle ampleur, avec une telle conséquence qu’on doive en arriver jusqu’à être commis d’office. Nous sommes commis d’office et nous allons respecter cette décision. Mais quitte à se mettre à la table, il est important de dire à quelle sauce nous allons tous être mangés.”

"Mesdames et Messieurs les jurés, vous n'êtes pas dupes: vous êtes au premier rang du meilleur film hollywoodien de l'année dans lequel le scénario est simple. La directive n'est pas respectée."

- Me Laura Pinilla

Les accusés “ont eu l’honnêteté d’arrêter de mentir”, a poursuivi l’avocate, précisant que “rien n’a changé dans les fouilles à nu”. “Le commissaire a soutenu sous serment qu’il existait de telles analyses et ce pour les trois jours. Nous avons par pragmatisme voulu recevoir ces dites analyses mais on nous l’a refusé. Résultat des courses : on reçoit ces supposées analyses à 4h du matin. La moitié en néerlandais, la moitié du contenu est un parfait copier-coller de ce qui a été déposé en référé (en français). Et en plus de cela, cerise sur le gâteau : on n’a pas d’analyse pour le 3 janvier alors qu’on nous a confirmé sous serment qu’elle existait. Alors, où est-elle celle du 3 ? On nous confirme qu’il n’y en a pas. Mais soyez serein : le procès va continuer, parce qu’ils ont respecté la décision de ce jour. Je pense pouvoir dire avec confiance, Mesdames et Messieurs les jurés, vous n’êtes pas dupes : vous êtes au premier rang du meilleur film hollywoodien de l’année dans lequel le scénario est simple. La directive n’est pas respectée. Vous avez des supposées analyses individuelles qui devraient contenir des éléments nouveaux. Cette supposée analyse individuelle est un copier collé de ce qui a été déclaré par un précédent juge comme insuffisant. Et on essaie de nous faire gober cela.”

La cour d’assises chargée de juger les accusés des attentats de Bruxelles a reçu, en pleine nuit, “un petit bottin”, selon la présidente Laurence Massart. Soit des mails contenant les analyses de risques individuelles de 6 des 7 accusés comparaissant détenus. Il manque juste le rapport relatif à Osama Krayem, sans doute parce qu’il ne s’était pas joint à l’action des autres détenus devant le juge des référés. Quelques soucis : il manque donc le document du 3 janvier et les documents ont été transmis en néerlandais alors que la langue de la procédure est le français. La présidente a donc demandé au traducteur néerlandophone présent dans la salle de traduire les documents en français.

"C’est pas comme cela qu’on traite les serviteurs d’Allah."

- Abrini lors d'un incident à une précédente audience

La lecture avait débuté par le document policier relatif à Mohamed Abrini. Une série d’incidents ont été constatés lors du transfert de l’accusé, le 7 décembre 2022 : “Abrini s’entretient avec deux autres suspects en langue arabe. Il dit en arabe qu’il va causer des problèmes. Deux autres accusés ont répondu que ce n’était pas le bon moment et qu’il fallait attendre la fin de la lecture de l’acte d’accusation, ils réagiraient alors simultanément.”

"L’un des accusés attaque verbalement Abrini parce qu’il parle trop français et pas assez arabe. Abrini répond qu’il y a un Arabe (sic.) présent avec la police qui les comprend. Il ajoute qu’il veut cacher un couteau."

- Rapport de police

”L’homme au chapeau” des attentats de Bruxelles et Zaventem parle même un couteau : “L’un des accusés attaque verbalement Abrini parce qu’il parle trop français et pas assez arabe. Abrini répond qu’il y a un Arabe (sic.) présent avec la police qui les comprend. Il ajoute qu’il veut cacher un couteau”, dit le rapport.

Toujours le 7 décembre 2022, alors que l’accusé quitte le box, il crie “ce n’est pas comme cela qu’on traite les serviteurs d’Allah”.

La lecture des autres documents relatifs aux autres documents se poursuit, a constaté L’Avenir peu après 11h30.

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