Salma, Munuera, XIII, Thorgal, etc.: nos 15 coups de cœur (ou de griffe) BD du jeudi 1er décembre 2022

Le jeudi, c’est le jour de notre sélection bande dessinée. Avec, cette fois, une adaptation de Dickens, le Bois du Cazier qui se raconte et le dernier délire de Marc-Antoine Mathieu. Entre autres plaisirs. Bonnes lectures.

Michaël Degré
Alexis Seny

1Pays noir

Le résumé de l’éditeur

Cet album est un biopic. Mais pas le biopic d’une célébrité ou d’un personnage historique remarquable, c’est le biopic d’un charbonnage. Et qui pouvait mieux raconter son histoire que lui-même ?

La mythologie des gueules noires est née au XIXe s. avec la révolution industrielle. La Belgique fut à cette époque la deuxième puissance économique mondiale après l’Angleterre. La raison de cette richesse tient en un mot: charbon. Le premier or noir.

Ce charbonnage n’est pas n’importe quel charbonnage, son nom est étrange: le Bois du Cazier. Il a été rendu tristement célèbre à cause d’une tragédie en 1956. 262 victimes.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): DEVOIR

Après Macaroni, Sergio Salma se penche à nouveau sur le Bois du Cazier, et le laisse raconter, en narrateur improbable, son destin industriel, avant l’inoubliable catastrophe de 1956 puis son inévitable déclassement.

Une façon, aussi, de raconter notre époque et ses vicissitudes. Plus qu’un album, un devoir de mémoire.

2Une farouche liberté

Le résumé de l’éditeur

L’enfance en Tunisie, le refus d’un destin assigné par son genre et son rêve de devenir avocate, la défense indéfectible des militants des indépendances tunisienne et algérienne soumis à la torture, l’association Choisir la cause des femmes, et, bien sûr, les combats pour le droit à l’avortement, la répression du viol, la parité. Gisèle Halimi, c’est tout cela et bien davantage.

C’est une vie de combats, de passion et d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et jusqu’à son dernier souffle, une volonté intacte de transmettre aux nouvelles générations le flambeau de la révolte.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): UTILE

Une adaptation classique, presque trop sage, de la biographie de Gisèle Halimi, sortie fin août 2020… soit quelques semaines après la mort de l’icône féministe.

Un rappel drôlement utile de ses combats, notamment pour les droits des femmes, et à l’heure où le monde semble tenté par une dangereuse marche arrière.

3Deep me

Le résumé de l’éditeur

Adam ! La première information qui lui soit donnée lorsqu’il reprend conscience est un prénom. Son prénom ? Il tente de s’exprimer mais personne ne l’entend. Et qui sont ces gens ? Des médecins, des policiers, son épouse ?

Dans ce noir intense, son esprit s’endort et se réveille à intervalle… régulier ? Une image floue se forme à l’évocation d’un mot: l’Eclipse. Il faut qu’elle se précise encore…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): NOIR

Peut-on être un (excellent) dessinateur et ne dessiner que des cases… noires durant plus de la moitié d’un album ? Oui, quand c’est Marc-Antoine Mathieu et qu’il nous offre sa vision très personnelle de la fin du monde, après nous avoir fait croire à un très banal réveil de coma – astucieux, le bougre.

Un bouquin étrangement addictif, sournoisement angoissant aussi.

4XIII (T.28)

Le résumé de l’éditeur

Prison de Boniato, au nord de Santiago de Cuba. Dans une cellule, un homme cherche à sauver sa peau. Il implore le directeur d’envoyer un mail à un certain Boris Denisov, un Russe qui pourrait le sortir de cet enfer.

De son côté, à Washington, Jason Mac Lane est devenu conseiller spécial à la sécurité. Depuis que la Fondation Mayflower, un mouvement d’extrême droite qui a placé le président Allerton au pouvoir, a reprogrammé sa mémoire, il a tout oublié de son passé.

Désormais dévoué à Mayflower, il ignore que ses lunettes, munies d’une caméra, révèlent tous ses faits et gestes à Janet, son épouse, membre éminent de l’organisation.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): MASSACRE

Yves Sente a beau nous expliquer pourquoi il faut encore lire XIII, on a le droit de ne pas le suivre: voici notre brave Jason devenu une machine aux ordres de sa machiavélique épouse, qui a pris le contrôle de son cerveau, et désormais obligé de jongler sa mémoire d’antan, disparue à jamais, celle de sa seconde vie, imaginée par Jean Van Hamme, et celle de cette nouvelle existence 2.0..

Ridicule ? Et globalement illisible. Cessons le massacre si le but est autre que de faire tourner la planche à billets.

5Spirou chez les fous

Le résumé de l’éditeur

Aaaaah… Angoulême ! Son festival, ses bédéphiles, sa belle humeur bon enfant et ses fous enfermés à l’hôpital psychiatrique depuis qu’ils se prennent pour des héros de BD.

Oui oui, vous avez bien lu: une grave épidémie frappe la capitale mondiale du neuvième Art ! Avec des Angoumoisins, des Angoumoisines qui se prennent pour Snoopy, Largo Winch, Obélix ou Mafalda !

Même Fantasio a été touché et se trouve depuis enfermé dans un étrange institut pour aliénés..

Notre avis en un mot (puis quelques autres): RIGOLO

On n’a jamais tant vu Spirou depuis qu’il est "mort". Dans ce one-shot parallèle, Jul et Libon l’enferment avec Fantasio dans un asile dont les pensionnaires se prennent pour des héros de papier.

Une histoire rigolote et un hommage à la "grande" BD franco-belge. On a bien ri.

6Un chant de Noël

Le résumé de l’éditeur

Londres, 1843. Tous les habitants, les mieux lotis comme les plus démunis, s’apprêtent à fêter Noël. Tous, à l’exception de Scrooge. Aux yeux de cette riche commerçante, insensible au malheur des autres comme à l’atmosphère de liesse qui baigne la cité, seuls le travail et l’argent ont de l’importance.

On la dit radine, égoïste et mesquine. Elle préfère considérer qu’elle a l’esprit pratique. Et tandis que les festivités illuminent la ville et le cœur de ses habitants, Scrooge rumine sa misanthropie…

Une nuit, des esprits viennent lui rendre visite. Ils l’emmènent avec…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FÉMINISTE

Après le Bartleby de Melville, Munuera adapte le célèbre conte de Dickens et se fait spécialiste du genre tant sa version, enlevée, colorée, libre et féministe (la petite nouveauté), rend son héroïne principale, l’acariâtre Madame Scrooge, presque amusante.

Oui, oui.

7La Belgica (T.2/2)

Le résumé de l’éditeur

Un jeune docker devient par mégarde le passager clandestin du Belgica et va vivre le premier hivernage humain en Antarctique. Durant le périple, il trouvera un véritable sens à sa vie.

Un vieux baleinier réaménagé pour une mission d’exploration extrême, en Antarctique. Un équipage démotivé, dubitatif quant à l’issue de l’expédition. Un

Commandant intègre et deux explorateurs qui ne savent pas encore qu’ils sont destinés à devenir des légendes. Nous sommes en 1897. Jean Jansen n’a rien à voir avec cette histoire, mais il se retrouve à bord et devra faire un bout de chemin avec cet équipage. En cherchant le chemin du retour, il trouvera le véritable sens de sa vie.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): AVENTURIER

L’Italien Toni Bruno raconte l’histoire du Belgica, un navire d’exploration scientifique belge mené, fin du XIXe siècle, jusqu’aux glaces d’Antarctique par Adrien de Gerlache par le biais, un peu facile, d’un passager clandestin.

Ni tout à fait documentaire, ni tout à fait roman d’aventure, mais un peu tout ça à la fois. Et finalement bien fichu.

8Les contrées salées

Le résumé de l’éditeur

Lorsque Elber, le frère aîné de Vonceil, revient à la ferme familiale de l’Oklahoma après avoir servi sur les lignes de front de la Première Guerre mondiale, les choses ne se passent pas comme elle l’espérait. L’expérience traumatisante de la guerre l’ont transformé en homme austère et responsable qui n’a plus de temps à lui consacrer.

Alors qu’il vient d’épouser la fille qu’il avait laissée derrière lui, surgit une femme en blanc mystérieuse et captivante qui accuse Elber de l’avoir abandonnée en France.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FANTASTIQUE

1919. Vonceil voit revenir son frère de la guerre… et épouser, à son grand dam, la trop sage Amelia. Mais une femme mystérieuse semble vouloir lui faire ravaler ses vœux.

Un récit initiatique, qui débute classiquement, puis part plein pot dans le fantastique. Qui lui va fort bien.

9Pénouche

Le résumé de l’éditeur

Pénouche, 25 ans, vit à Paris et n’a pas de CV à jour, pas de mec, un loyer à payer et de l’énergie à revendre. Son truc à Pénouche, c’est de raconter des trucs, parler de tout et de rien. Oui mais voilà, ce n’est pas vraiment un métier de raconter des trucs…

Alors en attendant de trouver le job de ses rêves ou le mec parfait, Pénouche cumule les galères, les gaffes et les situations improbables. Puis quand tout la dépasse, Marie-Joie, Gros, Léon, et Kass, arrivent à la rescousse.

Mais au fond, Pénouche s’en fiche d’être à la ramasse tout le temps car… c’est Pénouche et Pénouche parvient toujours à retomber sur ses pieds.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): RÉGAL

ambassadrice du cornichon, braqueuse en série de distributeurs… de snacks, Pénouche est un personnage haut en couleur et complètement déjanté.

Ses inénarrables aventures sont à la hauteur du feu d’artifice promis en couverture. Régal surprise.

10Être Montagne

Le résumé de l’éditeur

Il y a d’abord eu la puanteur qui a brutalement remplacé la brise parfumée soufflant habituellement sur la vallée des êtres fourmis, ces hommes de quelques millimètres de haut vivant dans les sous-bois. Puis la maladie du Bacille s’est répandue comme une traînée de poudre, n’épargnant aucun village, endeuillant chaque foyer.

C’est au paroxysme de l’épidémie qu’ils sont apparus, immenses, salvateurs, divins: les êtres montagnes ont donné l’antidote au Prieur Armillaire et ont ainsi sauvé son peuple. Tout le monde connaît cette légende, y compris Myco et sa petite sœur, Paille, qui ont perdu leurs parents dans cette tragédie… Et l’austère Prieur, désormais chef du village des Champignons, s’assure que personne ne l’oublie et que tout un chacun honore dûment les êtres montagnes.

Alors, quand un étranger, portant un masque doté d’un long bec d’oiseau, arrive au village et annonce que la maladie est de retour, personne ne veut le croire. Mais Myco, qui voit des premiers stigmates apparaître sur la peau de sa sœur, décide, contre l’avis de tous, de gravir la montagne pour chercher la dernière dose antidote.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): AVENTUREUX

Panique pandémique en mode Chéris, j’ai rétréci les gosses. Dans un univers déboussolant et sensitif, tous tentent de survivre au retour du serpent et de la maladie.

Entre une vie de doutes ou de certitudes, cet album pose les bonnes questions. Son esprit d’aventure aurait mérité meilleurs lettrage et coup de crayon.

11Hazerka

Le résumé de l’éditeur

Une BD inspirée de la vie d’un artiste engagé contre le harcèlement scolaire

Tout le monde connaît la star qu’il est devenu, mais avant cela, Hazerka a traversé l’enfer. De l’abandon au harcèlement scolaire, il a affronté la vie en encaissant et trébuchant pour mieux la transformer en quelque chose de meilleur, en une force pour aider ceux qui ne doivent plus se murer seuls, dans le silence.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): PLAT

Chaque semaine, nous pourrions vous présenter un album sur le harcèlement. L’exercice est certes louable, surtout quand il part du vécu d’un auteur qui l’exorcise une bonne fois pour toutes. C’est le cas du Tiktokeur ici présent dans cet album plat et cliché, mal écrit, mal dessiné, se regardant le nombril.

12Thorgal (T.40)

Le résumé de l’éditeur

De retour dans le vaisseau de ses origines, Thorgal doit affronter Néokora, une intelligence artificielle déterminée à restaurer le règne atlante…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): INVRAISEMBLABLE

Thorgal est de retour sur l’Île des Mers Gelées, et à bord du vaisseau atlante, finalement pas si "mort" qu’on le pensait.

Il y retrouve même Slive, bien vivante, miracle jamais vraiment expliqué au cœur d’un tome venu mélanger tout et n’importe quoi, allant jusqu’à introduire des… motoneiges au pays des Vikings.

Allonger la sauce, on veut bien, mais des limites il y a…

13Idéfix et les irréductibles (T.3)

Le résumé de l’éditeur

– Abraracourcix et Bonemine, de passage à Lutèce, s’emploient à empêcher le Romain Anglaigus de s’approprier le glaive ayant appartenu au chef des Gaulois de Lutèce. Idéfix et les amis leur viennent en aide à ces Gaulois aussi irréductibles qu’eux !

– Par la faute d’une folle invention d’Anglaigus qui imagine un chauffage au charbon pour le Palais romain, Lutèce subit un soudain réchauffement climatique en 52 avant Jésus-Christ… Asmatix, le vieux pigeon, est proche d’étouffer dans le noir nuage qui envahit la cité… Idéfix, Turbine, Baratine et Padgachix doivent agir au plus vite !

– Le plus fameux ténor de Lutèce, le coq Sinfonix, véritable réveille-matin de tous les Lutéciens, est en danger: les Romains le capturent pour en faire le déjeuner de la chatte Monalisa ! Idéfix et ses amis sont bien décidés à leur offrir à la place un plat de résistance, au sens propre !

Notre avis en un mot (puis quelques autres): LÉGER

Depuis trois albums, le chien d’Obélix vit ses aventures, mais à Lutèce, en compagnie de ses potes à quatre pattes… et parfois Abraracourcix, venu rendre visite à son beauf.

C’est plus premier degré que les albums d’Astérix. Mignon, mais un peu léger.

14On la trouvait plutôt jolie

Le résumé de l’éditeur

À Port-de-Bouc, près de Marseille, Leyli Maal fait le ménage dans des hôtels pour subvenir aux besoins de ses trois enfants, Bamby, Alpha et Tidiane. Personne ne peut se douter que Leyli cache un lourd secret.

" – Qu’est-ce qui ne va pas, Leyli ? Vous êtes jolie. Vous avez trois jolis enfants. Bamby, Alpha, Tidiane. Vous vous en êtes bien sortie.

– Ce sont les apparences, tout ça. Du vent. Il nous manque l’essentiel. Je suis une mauvaise mère. Mes trois enfants sont condamnés. Mon seul espoir est que l’un d’eux, l’un d’eux peut-être, échappe au sortilège.

Elle ferma les yeux. Il demanda encore:

– Qui l’a lancé, ce sortilège ?

– Vous. Moi. La terre entière. Personne n’est innocent dans cette affaire. "

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FIN

Bussi en BD, nouvel acte, avec un dessinateur qui a la classe: Joël Alessandra. Idéal pour raconter rêve et cauchemar de Leyli, réfugiée peule au lourd secret, et ses enfants.

Le géographe brouille les cartes et son intrigue convient finement au 9e Art. On se laisse embarquer.

15Majnoun et Leïli

Le résumé de l’éditeur

Qaïs et Leïli sont deux amants éperdument amoureux. Si amoureux que le jeune homme, incapable de contenir sa passion, la chante à tous les vents avec tant de ferveur qu’il reçoit le surnom de "Majnoun" (le fou). Très vite, sa réputation le précède, si bien que le père de Leïli refuse de donner la main de sa fille à ce personnage si extravagant.

Brisé, le poète se laisse dépérir, chantant sans cesse son amour perdu. Tel Orphée, ses paroles apaisent le cœur des désœuvrés et celui des animaux les plus féroces qui, bientôt, le suivent en cortège. Leïli, quant à elle, se lamente sur sa condition de femme assujettie, qui ne peut même pas, à la différence de son amant, laisser éclater publiquement son désarroi !

Notre avis en un mot (puis quelques autres): POÉTIQUE

La couverture colorée et donnant matière à rêver, n’est pas un leurre. Le contenu est à son image: un coffre aux trésors, au cœur d’une des plus célèbres romances orientales.

Yann Damezin en livre un poème graphique, persan, inspiré et évocateur, long mais soutenu, désespéré et irrésistible.

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