Après le coup de chaud polonais, la pression retombe

L’Ukraine reconnaît à demi-mot son implication dans les projectiles tombés en Pologne. La Russie jubile, menace, et continue de bombarder.

Clément Boileau (Avec AFP)
 Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ce 16 novembre, à Kiev.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ce 16 novembre, à Kiev. ©Photo News 

"Je ne sais pas ce qu’il s’est passé", a admis ce jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, par voie de communiqué. Son incertitude porte bien évidemment sur les projectiles tombés mardi sur le territoire polonais, causant la mort de deux personnes. Jusqu’ici, le président ukrainien n’en démordait pas, malgré les analyses préliminaires de l’OTAN, des États-Unis et même des Polonais, tous penchants pour l’hypothèse d’une interception ratée (d’un missile russe) du fait de la défense aérienne ukrainienne.

Zelensky « ne sait pas »

Toutefois, les alliés de l’Ukraine ont été très clairs: même si la responsabilité finale devait incomber aux Ukrainiens, l’accident tragique ne serait pas arrivé sans la pluie de missiles russes qui s’abat quotidiennement sur le pays.

S’il reste convaincu que le projectile tombé en Pologne "est un missile russe", Zelensky ménage ses troupes, cultivant une forme d’ambiguïté alors que l’hiver s’annonce rude pour la population ukrainienne: "Je suis sûr que c’était un missile russe, je suis sûr que nous avons tiré depuis des systèmes de défense aérienne", a-t-il encore déclaré ce jeudi, estimant que "ce n’est qu’après l’enquête qu’il sera possible de tirer des conclusions".En attendant, la Russie jubile et en profite pour se montrer menaçante envers les alliés de l’Ukraine : "L’incident (...) ne prouve qu’une chose: en menant une guerre hybride contre la Russie, l’Occident se rapproche de la guerre mondiale", a notamment déclaré, mercredi, le numéro 2 du régime, l’ancien président Dmitri Medvedev, avant que les frappes sur l’Ukraine ne reprennent de plus belle, ce jeudi.

Ironiquement, cet "incident", qui aurait pu s’avérer catastrophique si les alliés de l’OTAN étaient entrés en guerre ouverte avec la Russie, intervient alors qu’un tribunal néerlandais a condamné ce jeudi trois hommes à perpétuité (un autre a été acquitté) pour la destruction du vol MH17 de Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine en 2014, dans un contexte de montées des tensions autour de l’invasion russe actuelle.

Les Russes Igor Guirkine et Sergueï Doubinski, ainsi que l’Ukrainien Leonid Khartchenko ont été reconnus coupables de meurtre et d’avoir joué un rôle dans la destruction d’un avion. Ces derniers ont été condamnés par contumace car les quatre hommes ont refusé d’assister au procès, qui a duré deux ans et demi.

La décision néerlandaise a réjoui les autorités ukrainiennes, dont Zelensky et son ministre des Affaires Étrangères Dmitro Kouleba, lequel avait fait référence à ce drame pour soutenir la version d’un missile russe envoyé intentionnellement en territoire polonais.

Scénario russe rejeté

Pour rappel, les 298 passagers et membres d’équipage azvaient été tués lorsque l’avion reliant Amsterdam à Kuala Lumpur (Malaisie) a été touché au-dessus de l’est de l’Ukraine tenue par les séparatistes pro russes, par ce que le parquet dit être un missile fourni par Moscou.

"Le tribunal est d’avis que le crash du vol MH17 a été provoqué par le tir d’un missile BUK depuis un champ agricole près de Pervomaïskyi (dans l’est de l’Ukraine), tuant tous les passagers", a déclaré le juge président Hendrik Steenhuis.

La cour a ainsi rejeté un scénario alternatif avancé par la défense qui évoquait l’éventualité de l’implication d’un avion de chasse ukrainien.

Par ailleurs, les magistrats ont conclu que la République populaire de Donetsk était bien "sous le contrôle de la Fédération de Russie" au moment de la destruction du MH17.