Propos « limites » en vidéo : une mise en avant voulue par le MR

« Bruxelles, on dirait le Congo », a déclaré une passante interviewée par le service communication du MR, en présence de son président. Un passage qui semble bien moins spontané que ne le laisse entendre Georges-Louis Bouchez, et qui a malgré tout été sciemment mis en avant dans une vidéo publiée lundi soir.

Clément Boileau
 Georges-Louis Bouchez au siège du MR à Bruxelles, il y a moins d’un mois.
Georges-Louis Bouchez au siège du MR à Bruxelles, il y a moins d’un mois. ©EdA Mathieu Golinvaux 

Une discussion »sans filtre »; c’est ce que promet le format vidéo « GLBintown » (abréviation de : Georges-Louis Bouchez en ville), dans lequel le président du MR apparaît par surprise alors que son service de communication interroge des passants au hasard sur des sujets divers.

Dans la dernière capsule vidéo de ce format, publiée lundi soir et consacrée au taux d’emploi dans la capitale, une passante a effectivement oublié son "filtre" chez elle : visiblement interviewée à l’entrée du métro de la porte de Namur, près de Matonge, où vit une importante population d’origine congolaise, celle-ci y déclare que"pour un étranger qui vient de n’importe quel pays, et qui vient en capitale de Bruxelles, moi je dis : on dirait qu’on est au Congo ou quelque part d’autre (sic)"… après quoi, madame loue la Flandre, où"la loi, c’est la loi"… Certains mots sont visuellement renforcés par quelques touches de bleu vif. Pas n’importe lesquels : "Étranger", "Bruxelles", "Congo", et "Flandre".

Une «honte»

Ces propos ont heurté sur les réseaux sociaux, suscitant un véritable tollé."En effet les propos de cette dame sont une honte. Était-il vraiment nécessaire de [les] publier?", demande ainsi cet internaute.

Le président du MR n’a pas tardé à réagir sur sa page Facebook, décrivant le concept du format mis en cause. »Notre interviewer, Qassem Fosseprez, arrête des gens en rue de façon aléatoire. Il invite les gens à dire ce qu’ils pensent de la politique et de la gestion de notre Pays. La personne pose sa question en toute liberté et ensuite, initialement caché derrière, j’aborde l’interviewé pour lui répondre directement. Le but étant de pouvoir parler sans filtre. »

Le président du MR l’admet toutefois : lui-même n’aurait pas"utilisé"pareille"comparaison". Mais il assume ce passage, au nom des vertus d’une"discussion non formatée".

Passage hors interview

Les arguments du président du MR s’entendent, mais il y a un léger problème : le passage en question ne faisait manifestement pas partie de l’interview-discussion qui a effectivement eu lieu entre Georges-Louis Bouchez et cette passante. Ce qui signifie que ce passage a sciemment été mis en avant par la communication du parti en début de vidéo.

C’est en tout cas ce que révèle une simple analyse du montage de cette vidéo: les propos polémiques sont tenus alors que Georges-Louis Bouchez se trouve dans le champ de la caméra (il acquiesce plusieurs fois par ailleurs). S’ensuit le générique du format, puis le début de l’interview, à l’issue de laquelle M. Bouchez apparaît effectivement "par surprise".

Or, au cours du passage qui précède l’arrivée de M. Bouchez, les propos auxquels celui-ci s’apprête à réagir ne comportent en réalité aucune allusion au Congo :"Bruxelles, c’est la capitale de l’Europe, on est tout à fait d’accord. Mais si on vient, on prend une photo, on ne dirait même pas!", explique la dame. L’interview se poursuit (toujours sans allusion au Congo), à l’issue de laquelle l’interviewée explique qu’elle votera pour le MR."C’est très gentil, Madame", conclut M. Bouchez, après quoi les intervenants se séparent.

Si l’on s’en réfère au timing de "l’apparition surprise" du président du MR, les propos polémiques sur le Congo ont donc été tenus après l’interview (ce qui interroge sur le caractère "spontané" de la discussion). Dans le cas contraire, ni l’intervention de M. Bouchez ni les propos de la dame ne sont spontanés, puisqu’il n’y aurait pas, dans ce cas, "d’apparition surprise".

Zone grise

Interrogé sur les questions préalablement posées à l’intervenante (coupées au montage), ainsi que sur le montage lui-même, l’intervieweur du service de communication du MR, Qassem Fosseprez, a dans un premier temps accepté de donner des précisions. Avant de décliner, renvoyant vers la réponse officielle du président du parti via Facebook.

Interrogée sur le tollé qu’a suscité la vidéo, l’organisme de lutte contre les discriminations, UNIA, n’a pas souhaité réagir, estimant que " ce type de propos se situe dans une zone grise"et renvoyant vers une étude commanditée à la VUB et à l’UCL en 2019. Celle-ci s’intitule :"Des messages à la frontière entre opinion et discours de haine: une analyse de la communication des personnalités politiques belges francophones sur les réseaux sociaux".

Du côté des politiques, François de Smet (Défi), ou Ahmed Laaouej, entre autres, se sont émus de ce »Bruxelles bashing »(De Smet) doublé d’une »intention nauséabonde »(Laaouej) en matière de communication.