Avec 3000 vaccins contre la variole du singe, il faut être pragmatique

Yves Van Laethem ne trouve pas que la Belgique agit si mal et si lentement pour vacciner contre la variole du singe. Chez nous, la vaccination n’est pas prophylactique, c’est une stratégie du « coupe-feu ». Explications.

A.S.
 Les vaccins sont utilisés chez les personnes qui ont des comportements à risque, pour les protéger elles, ainsi que leurs partenaires.
Les vaccins sont utilisés chez les personnes qui ont des comportements à risque, pour les protéger elles, ainsi que leurs partenaires. ©Photo News 

En France, plus de 11000 personnes ont reçu le vaccin contre la variole du singe. Ce mardi 2 août 2022, sur la RTBF radio, le Dr Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne de l’hôpital Erasme, critiquait la gestion de la Belgique. Il voudrait que la Belgique aille aussi vite et aussi loin que la France.

Yves Van Laethem, virologue, ne partage pas sa sévérité: " La France a pris la décision d’une vaccination prophylactique, avant le contact avec la maladie parce qu’elle dispose d’une centaine de milliers de doses, alors que nous n’en avons que 3000."

Le Dr Goffard disait encore qu’il y avait beaucoup de candidats à la vaccination en Belgique. Le Dr Van Laethem ne partage pas son point de vue: " Tous les gens ne sont pas candidats. Même si 1200 patients HIV sont suivis au centre de l’hôpital Erasme, tous n’ont pas besoin d’être vaccinés: 40 à 50% des patients sont hétérosexuels, d’autres homosexuels dans des couples stables… Le public à risque, actuellement, c’est une personne homosexuelle qui a des rapports sexuels non protégés. On parle de personnes qui ont eu deux infections sexuellement transmissibles en deux ans, pour donner un critère facilement identifiable. Le fait d’être positif au HIV n’est pas un critère de risque."

Trop peu de vaccins

Même si la Belgique ne vise pas la prophylaxie, 3000 doses, ça reste fort peu. " Je ne suis pas dans le secret des dieux. Je ne sais pas pourquoi notre pays dispose d’aussi peu de doses." Si la recommandation officielle est de deux doses, l’infectiologue dit que le pragmatisme doit être de mise: " Quand deux doses ne sont pas possibles, on se contente d’une dose. La 2eviendra plus tard, en septembre, quand on recevra les 30000 doses. Des données préliminaires laissent à penser qu’on pourrait se limiter à une dose unique, mais là, on n’a pas encore suffisamment d’infos pour prendre les décisions."

Cette stratégie de ne vacciner que les personnes à risque, Yves Van Laethem l’explique comme une stratégie du "coupe-feu". " On protège la personne elle-même, mais aussi les autres. C’est employer les doses que l’on a à meilleur escient." Il recommande aussi de vacciner les travailleurs du sexe. Et les professionnels de la santé? " Pas de façon prophylactique, parce qu’alors, où s’arrêter? Urgentistes, ORL, dermatos, proctologues… On les vaccine dans le cas de contact à risque."

Le spécialiste explique que le taux de mortalité de la variole du singe dans le monde se situe entre 1 et 10% selon l’OMS. " On a 16000 cas dans le monde occidental et 5 décès, c’est beaucoup moins qu’1%. Je ne nie pas la douleur de la maladie, je ne souhaite cela à personne. Mais la mortalité est limitée. Si vous avez un lymphome, que vous êtes la compagne d’un homme bisexuel ayant des rapports à haut risque, il vaut mieux être vacciné. Mais cela ne représente qu’une dizaine de personnes dans le pays. » Jusqu’à l’arrivée des vaccins supplémentaires, il faudra être pragmatique.

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