Des millions pour les soins de santé, insuffisants...

Le ministre de la Santé met en avant 600 millions de revalorisation salariale négociés pour le secteur.  Mais le plus gros reste à faire...

Jean-Christophe HERMINAIRE
 «Nous avons investi beaucoup d’argent, oui.Est-ce suffisant?, non», estime Frank Vandenbroucke.
«Nous avons investi beaucoup d’argent, oui.Est-ce suffisant?, non», estime Frank Vandenbroucke. ©Photo News 

"Nous tournons une page et nous ouvrons un nouveau chapitre" , résume Frank Vandenbroucke. Le ministre de la Santé annonce vouloir débuter, avec les partenaires sociaux, "une réflexion en profondeur sur l’avenir du travail dans les soins de santé." Rendez-vous est pris le 14 juin.

"Il faut préparer une nouvelle étape, réfléchir sur les enjeux, penser un plan global, un agenda de l’avenir pour le personnel soignant, avec la participation de tous les partenaires du secteur, élaborer des solutions concrètes." Le ministre a en projet un calendrier, pour préparer, dit-il, "tout ce qui devra être fait" … pendant la prochaine législature. C’est l’échéance pour le prochain accord social.

Il n’exclut pas pour autant "de prendre des mesures à court terme pour pouvoir faire face à la rareté et aux manques de personnel. Et pas nécessairement des choses qui coûtent."

177 lits fermés faute de personnel

Pas moins de 177 lits de soins intensifs sur les 2232 que comptent les hôpitaux en Belgique sont actuellement fermés, faute de personnel suffisant.Si ce n’est pas la cause unique, et qu’ "on n’arrivera jamais à zéro" , souligne Frank Vandenbroucke, le ministre s’en inquiète et entend faire diminuer ce chiffre.

"Aujourd’hui, nous constatons un grand manque de personnel soignant de qualité et qualifié.Pour beaucoup, un emploi dans le secteur des soins de santé n’est pas suffisamment attrayant." Il voudrait à la fois investir dans l’arrivée de nouveaux soignants, et continuer à soutenir le personnel actuel, "pour que les intéressés rentrent chez eux satisfaits après leur journée de travail." Il faudra assurer la formation de ceux qui n’ont pas les qualifications requises.Et pourquoi pas faire revenir ceux qui ont déserté la profession.

En attendant, le ministre de la Santé n’est pas resté les bras croisés, estime-t-il, et dresse un bilan, chiffres à l’appui, de ce qui a été réalisé ces derniers mois.

6,1 milliards

"En 2022, un montant total de 6,1 milliards supplémentaires aura été investi dans nos soins" , assure le ministre.Si on exclut les 729 millions d’euros de dépenses liées au Covid, cela représente une augmentation nominale de 20% par rapport à 2019 (7% en termes réels, tenant compte de la hausse des prix).

Depuis la mi-2021, 500 millions d’euros sont consacrés à l’augmentation structurelle des salaires via la nouvelle classification de fonctions, dénommée "IFIC". En plus de ce demi-milliard, le gouvernement investit 100 millions d’euros pour améliorer les conditions de travail. C’est sur l’affectation de ce montant qu’un accord est intervenu la semaine dernière avec les partenaires sociaux, et qui doit encore être validé par les membres des organisations représentatives..

Tous les membres du personnel fédéral du secteur des soins de santé (IFIC ou non) recevront ainsi une prime de fin d’année (secteur privé) ou une prime d’attractivité (secteur public) de 400 euros brut pour les temps-pleins. La prime sera versée annuellement en décembre, cette année pour la première fois, au prorata du temps de travail. Elle sera accessible aux personnes qui travaillaient déjà dans le secteur au 1er septembre de l’année concernée.

Outre la prime de fin d’année et la prime d’attractivité, les travailleurs du secteur privé bénéficieront de deux jours de congé (non-consécutifs) pour raisons impérieuses, avec maintien du salaire. Enfin, 7 millions d’euros seront consacrés au renforcement du personnel en ressources humaines, qui sont restés eux-aussi sur les genoux après ces temps de pandémie difficiles, moralement.