Les épisodes caniculaires en Inde et au Pakistan amenés à se répéter

La chaleur accablante qui a frappé ces deux pays ces deux derniers mois est sans précédent.

Afp
 Un jeune homme se rafraîchissant près d’un pipeline, à Islamabad (Pakistan), fin avril.
Un jeune homme se rafraîchissant près d’un pipeline, à Islamabad (Pakistan), fin avril. ©AFP 

Plus d’un milliard d’habitants d’Asie du Sud ont subi en mars et avril des températures extrêmes, bien au dessus de 40°C, avant même le début de la mousson. Et ce n’est pas terminé. "Cette canicule pourrait tuer des milliers de personnes" , alerte Robert Rohde, scientifique au groupe Berkeley Earth, tandis que les experts climats de l’ONU (Giec) prévoient "des canicules plus intenses, plus longues, plus souvent" .

"Avant que les activités humaines ne provoquent le réchauffement, la canicule qui touche l’Inde se serait produite tous les 50 ans" , note Marian Zachariah, de l’Imperial College de Londres. Désormais, on peut s’y attendre "une fois tous les quatre ans" .

Chaleur mortelle

Et selon une étude parue cette semaine dans la revue Science , les choses pourraient s’aggraver encore plus vite qu’estimé.

L’équipe menée par Vikki Thompson, de l’université de Bristol, a classé les pires canicules depuis 1960, sur la base non pas de la température maximale mais de l’écart avec ce qui était attendu. Surprise, l’Asie du Sud n’est pas en haut de la liste. "Quand on regarde l’écart par rapport à la normale locale, les vagues de chaleur en Inde et au Pakistan n’ont pas été si extrêmes jusqu’à présent" , ont expliqué Vikki Thompson et son collègue Alan Thomas Kennedy-Asser. Selon leurs calculs, c’est l’Asie du Sud-Est en 1998 qui gagne la palme. Avec un écart à la normale de même ampleur, l’Inde atteindrait plus de 50°C, et non 40°C, note Vikki Thompson.

"Statistiquement, il est probable qu’une canicule record frappe l’Inde à un moment ou un autre" .

La chaleur extrême est encore plus dangereuse quand elle est combinée avec l’humidité, un phénomène mesuré par le "thermomètre mouillé" ou “TW”, qui prend en compte la capacité du corps à réduire sa température par la transpiration.

Sachant qu’un corps ne peut perdre de chaleur si la température extérieure TW dépasse la sienne, un être humain jeune, en bonne santé, à l’ombre et avec de l’eau à volonté, ne peut survivre plus de six heures à 35 degrés “TW”.

Pendant la canicule de 2015 qui avait fait plus de 4 000 morts en Inde et au Pakistan, le "thermomètre mouillé" avait atteint 30 degrés TW.

C’est pire cette année, avec un pic de 32,2 degrés TW la semaine dernière à Nagpur, dans le centre de l’Inde, selon Thibault Laconde, patron d’une start-up spécialisée dans l’adaptation au réchauffement.