TOURNAI

Le Tournai d’avant: les Bastions, la pierre fut sa richesse (1)

Le calcaire dit «Tournaisien» affleure dans le Pays blanc, ce qui ne manqua pas d’attirer bien des convoitises au long des siècles. Un site, parmi tant d’autres, méritait un coup d’œil sur son passé: les Bastions…

Le roi Soleil conquiert la ville en 1667, victoire si facile qu’il fortifie sa nouvelle conquête avec redoutes, demi-lunes et ouvrages à cornes en avant des vieux remparts. Ainsi naît le bastion d’Antoing, une gigantesque et colossale demi-lune qui se trouvera en partie sur le boulevard Walter de Marvis (inexistant alors) et sur le site du centre commercial d’aujourd’hui. Pour les moellons nécessaires, la carrière est toute proche.

Dès 1863, Tournai exerce son droit de démolir son carcan. Fin du XIXe il ne reste que quelques pans des murs d’escarpe du bastion, le long du boulevard nouveau.

L’industriel Alexandre Dapsens y voit une opportunité, en 1870, il reprend l’exploitation de la pierre qu’il clôt en 1905 tout en restant propriétaire. Les clichés de 1920 en montrent les vestiges: carrière et fours.

Le trou, que les eaux d’exhaure remplissent, devient alors une décharge publique pour la ville. Mais la cavité est loin d’être pleine lorsque souvient le désastre de mai 1940. La ville sinistrée s’y déverse.

Revenons à Alexandre Dapsens.

Ce banc calcaire inexploité attise les convoitises des carriers surtout après 1918, afin de reconstruire les cités dévastées. Sur le site, l’industriel érige une cimenterie moderne dite «à voie sèche». L’endroit est parfait car voie d’eau, de fer et de routes sont à proximité (sauf pour les riverains, incommodés par bruits et poussières).

La cimenterie elle-même s’élève à gauche de la rue de la Lys (Vieux chemin d’Antoing alors), la centrale électrique à droite. Les procédés les plus nouveaux sont utilisés, la célérité est exceptionnelle: en 1922, c’est encore le désert, le 1er janvier 1926 l’extraction et la cuisson démarrent avec un premier four; un second arrive en 1929.

Ce grand projet amène des changements collatéraux. Ainsi, le bassin de natation, niché en amont de l’Ac des Chaufours, doit disparaître au profit de la centrale et des quatre premiers silos (1922). Qu’à ce la ne tienne, A. Dapsens l’échange en 1924 contre un terrain situé en bordure du boulevard Walter de Marvis et y construit à ses frais le bassin ouvert fréquenté jadis l’été par nombre de Tournaisiens.