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Naufrage de l’Amoco Cadiz il y a 40 ans: une des pires marées noires de l’histoire

La nuit est noire, le vent souffle, la mer gronde: l’Amoco Cadiz, pétrolier libérien gorgé de 227.000 tonnes de brut, s’éventre tout près des côtes bretonnes, provoquant l’une des pires marées noires de l’histoire. C’était il y a 40 ans, le 16 mars 1978.

Des centaines de kilomètres de côtes souillées, des oiseaux englués et agonisants: les images du drame sont restées dans toutes les mémoires.

«Quand on a vu ce géant-là, tous feux allumés, au début on n’a même pas réalisé», se souvient Jean-Yves Letard, restaurateur depuis 32 ans non loin du petit port de Portsall, à l’ouest de la France, face auquel s’est échoué l’Amoco.

Le pétrolier, récent mais mal entretenu, transporte vers Rotterdam sa cargaison de brut chargée dans le golfe Persique, lorsqu’il subit une avarie de barre. Après de trop longues négociations avec un remorqueur allemand, puis plusieurs tentatives infructueuses de remorquage, l’Amoco Cadiz s’échoue à 22H00 à deux kilomètres seulement des côtes déchiquetées de Portsall.

Naufrage de l’Amoco Cadiz il y a 40 ans: une des pires marées noires de l’histoire
AFP

À bord du monstre de 334 mètres de long, 34 hommes et une femme. Ils seront tous sauvés, malgré le peu d’information à disposition des autorités. «Les seules indications que l’on avait c’était “un pétrolier s’est échoué au large de Portsall, allez voir ce que vous pouvez faire”», raconte à l’AFP Michel Le Gall, 67 ans, ancien chef cargo à bord du Super Frelon de la Marine arrivé le premier sur les lieux.

«La mer était noire, le bateau on ne le voyait pas», se souvient Yves Dagorn, 71 ans, copilote de cette mission, expliquant avoir repéré le pétrolier grâce au phare du remorqueur allemand. «Il a fallu qu’on trouve où était l’équipage».

«Le phare a éclairé l’aileron gauche de l’Amoco et là, ils étaient tous entassés les uns derrière les autres», enchaîne Guy Le Nabat, 70 ans, descendu à bord depuis l’hélicoptère. «Tout le monde voulait être hélitreuillé en premier», se souvient-il.

Le Super Frelon, assisté d’un second hélicoptère, récupérera finalement tous les naufragés.

Vision apocalyptique

«L’Amoco Cadiz c’est une catastrophe naturelle, mais il n’y a pas eu de victimes, on a réussi à sauver tout le monde», se réjouit encore l’ancien pilote Dagorn.

Progressivement, au contact des écueils, le navire se disloque et ses cuves commencent à se vider: au petit matin, alors que l’odeur âcre du pétrole pénètre jusque dans les maisons à des kilomètres à la ronde, la vision est apocalyptique.

Naufrage de l’Amoco Cadiz il y a 40 ans: une des pires marées noires de l’histoire
AFP
«Quand on a vu les conséquences… c’était dramatique!» se souvient Jean-Yves Letard, âgé de treize ans à l’époque. «Il y avait du mazout partout, les oiseaux tombaient dans l’eau et n’en ressortaient plus, c’était abominable».

Poussé par vents et courants, le magma visqueux souille quelque 360 kilomètres de littoral, sans compter les milliers de galettes de brut éparpillées bien au-delà. Entre 19.000 et 37.000 oiseaux meurent.

Pendant trois mois, 35.000 militaires et des milliers de volontaires de tout le pays nettoient sans relâche rochers et plages souillées, évacuant des milliers de déchets parfois avec de simples pelles et seaux.

Des images d’époques, du site de la Sonuma, montrent les moyens dérisoires des volontaires face à l’ampleur de la catastrophe.

Moins de 10% du pétrole sera récupéré. Le reste va s’évaporer ou se disperser dans la mer au gré des courants et des marées.

Au désastre environnemental s’ajoutent les conséquences économiques du sinistre: 1.300 pécheurs restent à terre pendant des semaines entières et près de 7.000 tonnes d’huîtres sont détruites.

Les récoltes d’algues et de coquillages sont gravement affectées, tout comme la saison touristique.

Plusieurs mois après la marée noire, on mesure encore mal l’ampleur du phénomène, alors que ce n’est pas la première catastrophe du genre, comme le rappelle un expert (vidéo ci-dessous).

Un géant attaqué en justice

La colère des Bretons est vive. Rapidement, 90 élus s’unissent au sein d’un syndicat mixte. Malgré les réticences du gouvernement français, ils attaquent devant la justice américaine la Standard Oil Of Indiana, géant mondial du pétrole et armateur de l’Amoco.

«C’était un peu naïf, comme on disait, quand on voit face à qui on était», se souvient Joseph Patinec, ancien élu local.

Après 14 années de lutte, la compagnie américaine est reconnue seule responsable et doit verser l’équivalent de 35 millions d’euros aux communes bretonnes et 160 millions à l’État français.

La catastrophe conduira à la mise en place progressive en France de mesures destinées à réduire les risques d’accident et à se doter de meilleures armes contre les pollutions. Les États Unis adopteront eux aussi des normes plus strictes après l’échouement de l’Exxon Valdez sur la côte de l’Alaska (1989).

Mais le risque demeure, alors que le trafic mondial ne cesse d’augmenter: en 1999 le naufrage du pétrolier Erika venait une nouvelle fois souiller les côtes bretonnes, suivi trois ans plus tard par celui du Prestige (2002), au large de l’Espagne.

Plus d’archives vidéos sur www.sonuma.be