Le shutdown menace de nouveau les institutions américaines

Le leader de la majorité Mitch McConnell mène des négociations au pas de course pour éviter le shutdown. AFP

Les parlementaires américains étaient engagés jeudi dans une course contre la montre pour éviter une paralysie de l’État fédéral en votant un compromis budgétaire avant minuit malgré l’opposition de certains élus.

Plusieurs votes étaient prévus au Sénat, où il devrait avoir les 60 voix nécessaires sur 100, puis à la Chambre des représentants au milieu d’intenses tractations pour convaincre les plus réticents, qui s’inquiètent notamment d’une explosion de la dette américaine.

Signe des divisions persistantes, le scrutin était bloqué en milieu d’après-midi par le sénateur libertarien Rand Paul qui demandait un vote sur un amendement remettant en place le plafond de la dette.

Sans vote, ce sera le «shutdown»: le gouvernement ne disposera plus de crédits et devra mettre au chômage technique des centaines de milliers de fonctionnaires, ce qui serait la seconde fois cette année.

Le chef de la majorité sénatoriale, Mitch McConnell, et son homologue démocrate, Chuck Schumer, ont trouvé mercredi un terrain d’entente sur les montants des budgets 2018 et 2019. L’accord mettrait fin au rythme de financements de court terme qui étaient devenus la norme et empêchaient le gouvernement de planifier à long terme ses dépenses et investissements.

Il offre au président Donald Trump la possibilité de tenir une des promesses de campagne, le gonflement du budget militaire, en augmentant le plafond de la dette jusqu’en mars 2019. L’accord est «trop important pour notre grande armée. Républicains et démocrates doivent soutenir nos soldats et soutenir cette loi!», a salué M. Trump sur Twitter.

L’opposition démocrate a de son côté obtenu une augmentation comparable pour les portefeuilles non-militaires comme la lutte contre les opiacés, la couverture maladie des enfants pauvres, les investissements dans les infrastructures, ou une aide de 90 milliards de dollars pour les États ravagés par les ouragans et incendies en 2017.

Au total, la hausse pourrait atteindre 300 milliards de dollars par an, de source sénatoriale.

Armée et classe moyenne

«Ce budget fait les deux, financer notre armée et la classe moyenne (qui a) depuis des décennies souffert d’une austérité inutile que le Congrès s’est lui-même imposée», a affirmé Chuck Schumer devant les sénateurs.

En attendant, il faut parer au plus pressé: éviter un nouveau «shutdown» jeudi à minuit. Le dernier, le 20 janvier, avait bloqué le gouvernement pendant trois jours et gâché le premier anniversaire de l’arrivée de M. Trump à la Maison Blanche.

Le Congrès, contrôlé par le Républicains, veut ainsi voter six semaines de crédits, jusqu’au 23 mars, afin de donner du temps aux élus pour transcrire l’accord budgétaire en proposition de loi.

Mais certains parlementaires grincent des dents. Des républicains estiment que le texte va considérablement augmenter la dette du pays, alors qu’une loi sur une baisse massive des impôts a été votée en décembre.

«Je n’ai pas encore décidé», a affirmé le représentant de la droite radicale Ted Yoho sur CNN. «Est-ce qu’on s’occupe de l’immédiat ou est-ce qu’on regarde à long terme?», s’est-il interrogé.

Elle tient le crachoir pendant 8 heures

Les démocrates grondent car il ne mentionne pas la régularisation à terme des centaines de milliers de clandestins appelés «Dreamers» (rêveurs).

Ces jeunes, entrés illégalement dans le pays alors qu’ils étaient enfants, étaient protégés de toute expulsion par le programme Daca, créé en 2012 par l’ancien président Barack Obama. Donald Trump a abrogé le décret de son prédécesseur et a donné au Congrès jusqu’au 5 mars pour trouver une issue législative.

La cheffe des démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi, a prévenu qu’elle voterait non si un débat sur l’immigration n’était pas mis à l’ordre du jour. Battant un record de durée, elle s’est exprimée mercredi dans l’hémicycle pendant huit heures et sept minutes sans discontinuer, debout, lisant des témoignages de «Dreamers».

«Les deux partis sont vraiment engagés pour trouver une solution au défi du Daca», a rassuré le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, affirmant: «nous présenterons une solution que le président signera».