FRASNES-LEZ-ANVAING/RENAIX

«Des impacts pour les Frasnois»

«Des impacts pour les Frasnois»

Un spécimen devenu rare (et encore, il ne tient plus que sur un pied): un panneau bilingue à l’entrée de Renaix. Eda

La proposition de loi visant à supprimer les facilités linguistiques à Renaix, «c’est du vent!» estime le ministre Crucke. Mais Il faut réagir.

C’était il y a tout juste dix ans: en commission des Affaires intérieures, le député (alors fédéral) frasnois Jean-Luc Crucke avait interrogé le premier ministre sur les velléités de suppression des «facilités» d’une partie du conseil communal de Renaix.

«C’est totalement impossible»

En vertu de l’équilibre constitutionnel et des compromis linguistiques de 1962-1963, Yves Leterme avait renvoyé le bourgmestre CD&V Dupont à ses chères études.

Le ministre wallon du Budget a des attaches avec la ville de Renaix, où il est né, où il a pratiqué le hockey, dont son oncle Orphale a été bourgmestre… et où il ne manque jamais de participer à la fête des Bommels, le cortège coloré du samedi précédant le… lundi des fous: «Cette année, le seul ministre resté présent à la réception en l’hôtel de ville venait même de Wallonie! », sourit ce parfait bilingue.

On sait que deux députés Peter De Roover et Kristien Van Vaerenbergh, N-VA, soutenus par le CD& V, l’Open VLD et le Vlaams Belang, viennent à nouveau de déposer une proposition de loi spéciale au parlement fédéral visant à supprimer les facilités linguistiques – déjà réduites au minimum, diront certains – dans une cité où la plupart des panneaux bilingues placés aux entrées ont disparu, comme celui signalant l’arrivée en garde ne le fait plus que dans la langue de Vondel. Ce système, ils trouvent, comme Luc Dupont, dépassé. Et discriminatoire dans la mesure où des minorités autres que la population francophone sont présentes à Renaix tout en empêchant une éventuelle fusion avec les entités flamandes voisines (mais encore faudrait-il que celles-ci soient intéressées).

La position du bourgmestre frasnois empêché n’a pas changé. «Ce n’est que du vent, il faudrait avoir un vote des deux tiers pour modifier la Constitution. C’est impossible, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas réagir.»

L’exode des écoliers francophones vers le sud

Le ministre Jean-Luc Crucke croit cependant que cette nouvelle tentative aura des conséquences pour Frasnes-lez-Anvaing: «Il est vrai que tout est fait actuellement pour enquiquiner les deux écoles francophones (une en maternelles et une autre en primaires) qui perdent en conséquence des élèves. Et il y a un transfert de plus en plus grand d’enfants vers notre école communale de Dergneau, ce qui se fait d’autant plus facilement pour les familles que certains grands-frères ou grandes-sœurs suivent leurs humanités à Anvaing. On dépose les plus jeunes à Dergneau tout en conduisant les secondaires à l’athénée.»

La Commune a justement l’intention de construire une nouvelle école à Dergneau: «Si celle-ci s’avère trop petite à cause des élèves renaisiens, il faudra que la Ville de Renaix assume ses responsabilités au niveau du financement.Je suis sûr que les facilités légales ne seront jamais abandonnées, mais les facilités de type pratique pour les francophones renaisiens vont disparaître. Il ne reste déjà pratiquement plus que les écoles. Je pense en plus que l’exode va continuer vers les Communes wallonnes.

Ce que j’entends aussi beaucoup dans notre entité, ce sont des gens qui disent: “Nous ne voulons plus aller faire nos courses à Renaix…»

Le groupe PS au Parlement fédéral a décidé de se pencher sur la question afin de prendre position.

Le parti politique DéFI a par ailleurs annoncé qu’une grande campagne allait être menée prochainement à Renaix «afin de rappeler à ses habitants la légitimité de leurs droits et l’importance de les faire valoir.»