JUDICIAIRE

Procès rue du Dries: fin des débats, la suite le 29 mars

Procès rue du Dries: fin des débats, la suite le 29 mars

Reporters/GYS

Les principaux débats se sont terminés, jeudi vers 17h20, dans le procès de Salah Abdeslam et de Sofien Ayari, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

La présidente du tribunal Marie-France Keutgen a mis les débats en continuation au 29 mars prochain afin de statuer sur la demande de constitution de partie civile de V-Europe, qui rassemble des victimes des attentats de Bruxelles.

Me Sven Mary a plaidé en premier lieu l’irrecevabilité des poursuites pour son client, Salah Abdeslam, jeudi en début d’après-midi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Salah Abdeslam et Soufien Ayari sont prévenus devant le tribunal pour tentative de meurtre dans un contexte terroriste et pour possession illégale d’armes à feu, à la suite de la fusillade de la rue du Dries à Forest le 15 mars 2016.

Sofien Ayari a déclaré qu’il ne souhaitait pas être présent à l’audience du 29 mars, où il ne sera donc question que de la recevabilité d’une partie civile. Invité dès lors à prendre la parole en dernier lieu, Sofien Ayari a affirmé: «mon avocat a tout dit. Je n’ai plus rien à ajouter en plus de ce que mon avocat a dit», a-t-il déclaré via son interprète.

Salah Abdeslam ne sera a priori pas non plus présent à l’audience du 29 mars prochain, a indiqué Me Mary au tribunal. La présidente a toutefois demandé à l’avocat de l’avertir, ainsi que le parquet fédéral, au cas où son client changerait d’avis, afin d’organiser les mesures de sécurité.

Un vice de procédure typiquement belge

Me Sven Mary estime qu’il y a eu violation de l’article 12 de la loi sur l’emploi des langues en matière judiciaire et demande donc que les poursuites soient déclarées irrecevables concernant son client, Salah Abdeslam.

Selon le pénaliste, les premières ordonnances délivrées dans ce dossier l’ont été par le juge d’instruction Patrick De Coster, lequel est établi auprès du tribunal de première instance néerlandophone de Bruxelles. Or, les ordonnances ont été délivrées en langue française.

Il s’agit là d’un vice de procédure qui doit conduire à l’abandon des poursuites dans ce dossier, a soutenu Me Sven Mary.

L’avocat a demandé au tribunal de «prendre ses responsabilités», «aussi impopulaires ces décisions soient-elles».

«Jugez pour rester le dernier bastion de l’État de droit. Mon intervention devrait se terminer ici, mais je ne peux pas me le permettre», a-t-il conclu sur cet aspect, avant de passer au fond des faits reprochés à son client.

«Ce procès a été pollué» par les médias

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Sven Mary est l’avocat le plus médiatisé du pays. BELGA
«Ce n’est pas un hasard qu’une semaine avant ce procès arrive l’information selon laquelle la ceinture de Salah Abdeslam était défectueuse», a affirmé jeudi Me Sven Mary, avocat de Salah Abdeslam, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Salah Abdeslam et Sofien Ayari sont prévenus devant le tribunal pour tentative de meurtre dans un contexte terroriste et pour possession illégale d’armes à feu, à la suite de la fusillade de la rue du Dries à Forest le 15 mars 2016.

«Ce procès a été pollué, je pèse mes mots, par tout ce que vous avez vu, lu, entendu sur Salah Abdeslam, avant même que celui-ci ne soit attrapé», a avancé Me Mary à l’attention des juges. «Et ce n’est pas un hasard qu’une semaine avant ce procès arrive de Paris l’information selon laquelle la ceinture de Salah Abdeslam était défectueuse», a ajouté le pénaliste.

«Ce serait hypothétique de dire qu’il n’y a rien eu avant le 15 mars 2016 bien sûr, mais vous n’êtes pas là pour juger de ça aujourd’hui. Néanmoins, la folie médiatique, sociale, sécuritaire qui entoure ce procès pourrait donner l’impression du contraire. Mais Salah Abdeslam lui-même ne vous demande rien de moins que cela, lorsqu’il vous dit de ne vous baser que sur les preuves scientifiques», a-t-il poursuivi.

«Jugez Salah Abdeslam comme vous jugeriez Dupont. Vous devez vous extraire de tout ce qui ne sort pas des cartons», a dit Me Mary.

Pour l’avocat, il aurait même été plus logique de juger ces faits relatifs à la fusillade rue du Dries après le procès des attentats de Paris, voire de juger ces faits en France comme une continuité des attentats de Paris.

«Je vais vous démontrer qu’une seule personne a tiré, et c’est Mohamed Belkaïd»

«Même si selon le parquet fédéral Salah Abdeslam n’a pas tiré, affirmant que c’est sûrement Sofien Ayari qui s’est servi de la seconde arme, moi je vais vous démontrer qu’une seule personne a tiré et c’est Mohamed Belkaïd», a exposé Me Sven Mary.

L’avocat a soutenu que les deux kalachnikovs qui ont été retrouvées, l’une à côté du cadavre de Mohamed Belkaïd dans l’appartement de la rue du Dries et l’autre dans un bâtiment rue de l’Eau, abandonnée par Sofien Ayari et Salah Abdeslam, ont été utilisées tour à tour par Mohamed Belkaïd seul.

«Il ressort des auditions des policiers qu’un seul tireur a été aperçu. Et il ressort des expertises balistiques que l’arme retrouvée rue de l’Eau avait été utilisée la première mais aussi que les douilles ont été retrouvées sur le palier, dans la pièce centrale et dans la chambre. Cela correspond au mouvement de retraite du tireur selon le récit des policiers. On peut affirmer que ce tireur est Mohamed Belkaïd. Il a commencé à tirer sur le palier avec la première arme, puis s’est retiré vers la pièce centrale et enfin s’est replié dans la chambre où il a tiré avec la seconde arme», a avancé Me Mary.

Abdeslam n’a pas cherché la confrontation

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Sur le refus d’Abdeslam de se lever lors de sa première audience: «J’ai trouvé ça très grave, vous n’imaginez pas à quel point j’ai été gêné.» Reporters/GYS
Que ce soit à Paris le 13 novembre 2015, le 15 mars 2016 à la rue du Dries ou trois jours plus tard lors de son arrestation à Molenbeek, Salah Abdeslam n’a «jamais cherché la confrontation avec les policiers», a fait remarquer jeudi Me Sven Mary lors de sa plaidoirie devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Pour le parquet, Salah Abdeslam et Sofien Ayari doivent être reconnus comme co-auteurs de la fusillade de la rue du Dries. Pour être considéré comme tel, il faut qu’il y ait «connaissance de tous les éléments et volonté de s’associer», a souligné Me Mary. «Salah Abdeslam savait-il que Mohamed Belkaïd comptait commettre des assassinats? Il savait qu’il allait y avoir une résistance à l’intervention de la police» mais pas qu’il serait question de tuer, a nuancé son avocat.

Lors du procès, des parties civiles et le parquet ont insisté sur le fait que les trois individus étaient prêts à l’arrivée des agents, qu’il n’y avait pas eu de «surprise». Mais «être prêt à l’arrivée de la police, ce n’est pas être prêt à tuer des policiers», a insisté Me Mary.

«Je constate que, malgré tout ce que l’on peut penser de Salah Abdeslam, ce que l’on sait c’est qu’à Paris, il n’a pas cherché la confrontation avec qui que ce soit. À l’arrivée des policiers à la rue du Dries, il a fui. Puis, trois jours plus tard, à Molenbeek, il sort et s’encourt, mais il ne va pas vers les policiers, il part de l’autre côté. Il n’affronte pas les policiers pour tenter d’en tuer encore un et de finir en martyr.»

Un peu plus tard, Me Mary a par ailleurs fait une incise dans sa plaidoirie pour dire à la présidente du tribunal à quel point il avait déploré le fait que son client ait refusé de se lever lorsqu’il a été invité à le faire lundi matin. «J’ai trouvé ça très grave, vous n’imaginez pas à quel point j’ai été gêné.»

«Faut pas jouer au djihadiste quand on n’en a pas la capacité»

Procès rue du Dries: fin des débats, la suite le 29 mars
«S’il a fui, ce n’est pas par conviction, c’est avant tout par lâcheté, par couardise», pense l’avocate des policiers constitués en partie civile. Photo News
Me Maryse Alié, qui représente des policiers constitués partie civile au procès de la fusillade de la rue du Dries, a paraphrasé le texte de la chanson «Ces gens-là», de Jacques Brel, pour faire part de son sentiment à l’égard de Salah Abdeslam. «S’il a fui, ce n’est pas par conviction, c’est avant tout par lâcheté, par couardise», a-t-elle indiqué jeudi lors de sa réplique devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Après la plaidoirie de Sven Mary, conseil de Salah Abdeslam, Me Alié a entamé les répliques.

Elle a répété que les prévenus devaient être considérés comme co-auteurs des faits. «Ils savaient tous. Ils avaient peur que la police débarque à tout moment», a-t-elle rappelé sur base des interrogatoires d’Osama Krayem. «Et malgré cela, ils n’avaient pas de plan?»

Si Salah Abdeslam ne s’est pas fait exploser à Paris, c’est par «lâcheté», estime l’avocate. «Vos clients ne sont pas à votre hauteur», a-t-elle également adressé à ses confrères de la défense.

Me Tom Bauwens, qui représente deux agents des forces spéciales, s’est lui fait ironique, en déclarant que Sofien Ayari, sur base du portrait dressé par ses avocats jeudi matin, pourrait recevoir le Prix Nobel. «Ils sont gentils parce qu’ils n’ont pas été tirer sur le palier de l’appartement, parce qu’ils n’ont pas essayé de faire un plus grand carnage. La défense veut qu’on pousse sur ‘pause’au moment de la rue du Dries» sans envisager le reste, et notamment le contexte de fuite après les attentats de Paris, s’est-il insurgé.

L’avocat s’est opposé à la défense sur plusieurs points, et notamment sur le fait que l’importance du drapeau de l’État islamique retrouvé rue du Dries ait été selon lui minimisée par les conseils de Salah Abdeslam et Sofien Ayari. Ce n’est pas un objet que l’on peut se procurer n’importe où, a objecté Me Bauwens, en soulignant que si quelqu’un en cherchait un sur internet, il susciterait rapidement l’attention des forces de l’ordre.

Salah Abdeslam ramené dans sa prison près de Paris

Salah Abdeslam a regagné jeudi après-midi la prison de Fleury-Mérogis, près de Paris, après avoir refusé de retourner à Bruxelles, où il est jugé depuis lundi pour la fusillade de la rue du Dries en mars 2016, a-t-on appris de source proche du dossier.

Le seul membre encore en vie des commandos djihadistes du 13 novembre 2015 à Paris avait comparu au premier jour de son procès mais avait ensuite déclaré qu’il ne souhaitait plus revenir au tribunal. Il était depuis incarcéré à la prison de Vendin-le-Vieil, dans le nord de la France.