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Neige carbonique et boules de cotons pour fêter les nouvelles «rasta rockets» nigérianes

Quoi de mieux qu’une fête pour sceller une union? Les bobsleigheuses nigérianes qui vont offrir à leur pays une première participation aux Jeux d’hiver ont été célébrées avec les honneurs vendredi soir à Lagos, au moment de partir pour les JO-2018 de Pyeongchang.

Seun Adigun, Ngozi Onwumere et Akuoma Omeoga ont été ovationnées à une semaine du début des JO (9-25 février) lors d’une réception organisée dans un hôtel de luxe de la ville.

Les trois sportives - toutes nées de parents nigérians mais qui ont grandi aux États-Unis - seront ainsi les premières Africaines de l’histoire présentes aux Jeux en bobsleigh.

Leur qualification obtenue en fin d’année dernière a soulevé l’enthousiasme... mais aussi provoqué un intérêt croissant des annonceurs dans le monde entier, jusqu’à atteindre les plus grandes marques. Pas mal pour celles qui ont dû avoir recours au financement participatif au début de leur aventure.

Beaucoup de personnes vivant au Nigéria ne savaient même pas que leur pays, le plus peuplé d’Afrique, possédait une équipe de bobsleigh.

«Alors comme ça, vous êtes la conductrice?», s’est amusé au micro le comédien chargé de présenter les nouvelles héroïnes à leur public, vendredi soir lors de la réception, en désignant Adigun.

«Et vous vous êtes les... utilisatrices des freins?», a-t-il ajouté promptement en se tournant vers Onwumere et Omeoga, comme s’il cherchait le bon terme.

«Et qu’elle est cette chose que vous poussez? Une brouette?», s’est-il encore amusé auprès de Simi Adeagbo, qui deviendra également à Pyeongchang la première Africaine inscrite en skeleton.

Neige carbonique et boules de coton

Bien que novices dans l’art de descendre une piste glacée à plus de 100 km/h, les Nigérians, passionnés de football, sont heureux de pousser leur équipe de bobsleigh.

Sur le toit de l’hôtel, alors que les températures sont encore supérieures à 30°C, la réception prend des allures de mariage.

Les invités dégustent du champagne et des petits fours. De la musique dansante occupe l’espace sonore et beaucoup d’invités arrivent tard. Tout le monde en rejette la faute sur les habituels problèmes de circulation.

Mais tout a été fait pour que les pionnières se sentent dans leur environnement, avec des guirlandes lumineuses et des flocons de neige décoratifs qui scintillent au-dessus des têtes, ainsi qu’une bâche de plastique blanc qui habille le sol.

Pour compléter cette idylle de glace, un adolescent au regard blasé actionne d’une main gantée de rouge une machine à neige carbonique, qui envoie du brouillard à l’odeur d’humidité sur des tas de neige formés de boules de coton. À proximité, des climatiseurs ont été réglés sur 16°C, bien en dessous des températures normales.

L’équipage du bobsleigh accepte de bonne grâce ces petites marques d’affection, tout en évitant les comparaisons avec l’équipe jamaïcaine de bobsleigh qui s’était qualifiée pour les Jeux de Calgary de 1988, les fameux «Rasta Rockett» immortalisés au cinéma.

Elles répondent poliment aux questions parfois basiques qui leur sont posées sur leur sport (quel chrono, quel est le nombre de participants...).

Mais dans un pays où l’autosuffisance est une question de vie ou de mort pour la plupart des gens, leur travail et leur farouche volonté de parvenir à leurs fins reçoivent un écho très chaleureux.

Adigun a expliqué qu’elle espérait que leur aventure pourrait «inspirer les jeunes filles» en leur montrant que tout est possible.

Elle a ainsi raconté qu’un jour, elle s’était dit à haute voix qu’elle participerait aux jeux Olympiques d’hiver, et que dès lors, elle n’avait pas pu faire demi-tour.

«Une fois que vous l’affirmez oralement, que vous lui donnez naissance, c’est un engagement que vous devez accomplir», a-t-elle expliqué.

«Pouvez-vous donner naissance à de l’or», s’est alors amusé le présentateur. Adigun a souri. Puis la fête a véritablement commencé.

Phil HAZLEWOOD (AFP)