JUDICIAIRE

Le «diacre de la mort» admet avoir euthanasié 20 personnes au maximum: «Je n’ai jamais voulu tuer»

Le procès d’Ivo Poppe (61 ans) s’est ouvert devant la cour d’assises de Flandre occidentale avec la lecture de l’acte d’accusation par le procureur-général Serge Malefason.

Le président de la cour d’assises de Flandre occidentale Bart Meganck a entamé lundi après-midi l’interrogatoire d’Ivo Poppe, poursuivi pour au moins 10 assassinats.

Le diacre de Wevelgem a déclaré qu’il avait activement euthanasié un maximum de 20 personnes. «Je n’ai jamais voulu tuer, je voulais raccourcir la vie de patients en phase terminale», a-t-il indiqué.

Le «diacre de la mort» admet avoir euthanasié 20 personnes au maximum: «Je n’ai jamais voulu tuer»
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L’accusé est d’abord revenu sur son parcours de vie, évoquant surtout le handicap de sa sœur aînée. «Cela a eu un grand impact sur notre famille, je n’ai pas eu de jeunesse joyeuse.»

L’homme de 61 ans a longtemps travaillé comme infirmer avant d’être consacré diacre en 1996. «Je dois admettre que j’ai toujours été trop sérieux. Pour moi, Dieu était un juge, un maître d’école qui regarde si tu fais ce que tu dois faire. Je suis devenu beaucoup plus doux aujourd’hui, ma pratique religieuse a changé, surtout depuis mon arrestation.»

Le président a détaillé les aveux que l’accusé a livrés à son psychiatre, qui l’a ensuite dénoncé. «Je voulais qu’on m’aide pour mes cauchemars, j’avais grand besoin d’une thérapie. C’est pourquoi j’ai évoqué des dizaines de cas, c’était délibérément exagéré», a ajouté Ivo Poppe. Bart Meganck lui a alors rappelé la gravité des faits. «En effet, chaque cas est un cas de trop», a répondu l’accusé. «Il y en a 20 au maximum.»

Hormis les quatre cas concernant sa famille, Ivo Poppe n’a toutefois pas pu se souvenir du nom des victimes. «Je les ai immédiatement refoulés pour me protéger», a-t-il expliqué. «J’ai aussi euthanasié des personnes qui arrivaient à l’hôpital juste avant de mourir.» Le diacre a souligné qu’il avait agi pour le bien de ses patients et de leur famille. «Je voulais éliminer leur souffrance, ces gens ne vivaient plus.»

L’accusé a également confirmé que ses patients n’avaient pas réclamé leur euthanasie au préalable, puis a exprimé des regrets. «Aujourd’hui, je ferais appel à une équipe de soins palliatifs.»

Les faits

Le diacre de Wevelgem est poursuivi pour au moins 10 assassinats, dont celui de sa mère. L’ancien infirmier a euthanasié la plupart des victimes en leur injectant de l’air dans les veines.

L’affaire a été mise au jour fin 2013, lorsqu’Ivo Poppe a confié à son psychiatre avoir activement euthanasié plusieurs dizaines de personnes. Alors qu’il travaillait comme infirmier puis comme collaborateur pastoral au sein de l’hôpital du Sacré-Coeur de Menin (devenu aujourd’hui AZ Delta), il aurait accéléré la mort de plusieurs patients en phase terminale en leur injectant de l’insuline ou de l’air dans les veines. Il est incarcéré depuis le mois de mai 2014.

Sa première victime était son grand-oncle de 79 ans, Maurice Vanhaverbeke. Ivo Poppe a admis l’avoir étouffé avec un oreiller en septembre 1978. Il aurait également enlevé la vie à trois autres membres de sa famille: son deuxième grand-oncle Leo Vanhaverbeke (81 ans) en mai 1986, son beau-père Gerard Vercamer (80 ans) en 2004 et sa mère Ivonna Vanhaverbeke (90 ans) le 27 janvier 2011. Les victimes étaient en phase terminale, selon l’accusé. Il dit avoir agi «par impuissance et compassion».

En janvier 2017, Ivo Poppe a été renvoyé devant la cour d’assises pour au moins 10 assassinats, mais le nombre de faits dont il s’est rendu coupable reste incertain. Au début de l’enquête, plusieurs listes contenant des dizaines de victimes potentielles ont été dressées avec la collaboration du diacre. Il aurait d’ailleurs euthanasié jusqu’à trois patients par week-end en 1993.

Lors d’une de ses 67 auditions par les enquêteurs, Ivo Poppe a avoué avoir tué Marguérite Blondeel (84 ans) et Irma Parmentier (74 ans), avant de revenir sur ces aveux.

Le diacre a indiqué aux psychiatres avoir agi par «idéalisme excessif», mais aussi que le pouvoir de décider de la mort ou de la vie avait joué un rôle. L’homme ne se voit pas comme un tueur en série et considère que sa place n’est pas en prison.

Pas moins de 77 témoins seront entendus lors du procès. L’accusé risque la prison à perpétuité.