MONS

De cadavre à compost: l'humusation fait débat à Mons

De cadavre à compost: l'humusation fait débat à Mons

Bientôt des terrains consacrés à l'humusation en plus des cimetières? Ecolo Mons plaide pour Jean-Pol Grandmont / Wikimedias

Faire du compost avec les morts, c'est l'idée portée par Ecolo à Mons, dans une motion déposée au conseil communal. Mais l'idée ne plaît pas à tout le monde.

Faut-il valoriser nos défunts en compost? C'est la question qui devrait faire débat ce soir au conseil communal de la ville de Mons. Le groupe Ecolo y a déposé une motion relative à la reconnaissance de l’humusation comme mode légal de sépulture.

L'humusation? Un nouvelle pratique funéraire portée par un Dinantais qui permet de transformer le corps humain en humus et qui fait de plus en plus parler d'elle ces derniers mois. Le défunt repose dans un monument funéraire végétal et est transformé en humus au bout d'un an, pouvant servir à planter un arbre du souvenir ou pour régénérer les sols appauvris. Créer de la vie après sa mort, plutôt que d'être traité comme un déchet, c'est le plaidoyer des promoteurs de l'humusation.

Des inhumations polluantes

Une pratique actuellement interdite par la législation, la Région wallonne n'autorisant que deux modes de "traitement" des défunts: l'inhumation et la crémation. Deux modèles qui ne sont pas l'idéal d'un point de vue environnemental, estiment les verts: "l’inhumation est un mode de sépulture qui ne permet pas d’éliminer tous les produits métalliques (plombages, prothèse, pacemaker) et chimiques (médicaments, pesticides, nanoparticules,perturbateurs endocriniens) accumulés dans le corps", peut-on lire dans la motion.

Quant à la crémation, "[elle] est également néfaste pour l’environnement dans la mesure où elle est très coûteuse en énergie fossile et produit des rejets atmosphériques qui participent à la pollution de l’air et au réchauffement climatique."

Le débat sur l'humusation a déjà été porté au niveau communal dans d'autres communes comme Walhain, Chaumont-Gistoux et Ottignies-Louvain-la-Neuve, qui ont marqué un intérêt en sa faveur. Ecolo aimerait que la ville de Mons soit la première du Hainaut à en faire de même, en sollicitant une étude du procédé de l’humusation en vue de son éventuelle reconnaissance comme mode légal de sépulture.

La dépouille humaine, trop sacrée pour du compost?

Avant même le débat au conseil communal, le cdH, partenaire de majorité, a fait part de sa défiance vis-à-vis de cette idée. "Cela nous parait un sujet trop important que pour le traiter au niveau d’un conseil communal", réagit Yves André, chef de groupe cdH à l'assemblée communale. "Sur le principe la démarche me heurte. On touche là à un élément sacré qu’est la dépouille humaine", poursuit-il. 

Yves André s'interroge aussi sur le principe de cette méthode, dont le caractère écologique n'est confirmé par aucune étude. "On peut dès lors s’interroger sur le parcours alimentaire et médicamenteux de nos défunts puisque celui-ci influence les risques de pollution des sous-sols par les liquides organiques ou par les risques de pollution gazeuse."

"Il me semble qu’il y a bien d’autres sujets sur lesquels on peut agir en vue de limiter l’empreinte écologique de notre existence avant de transformer nos proches en compost. De plus, ce n’est certainement pas aux citoyens montois de financer ce genre d’expérimentation au nom d’une idéologie «particratique»" poursuit-il.

Si cette motion trouvait un écho favorable auprès des conseillers communaux montois, le cdH souhaite que la question soit soumise à une consultation populaire qui pourrait s’organiser en même temps que les élections communales d’octobre 2018 "afin de limiter le coût de cette démarche" conclut Yves André.