BRUXELLES

«Possibilité limitée de valorisation du cinéma belge francophone» au Nova? Le petit cinéma bruxellois perd 20.000€ et rétorque

«Possibilité limitée de valorisation du cinéma belge francophone» au Nova? Le petit cinéma bruxellois perd 20.000€ et rétorque

Le Nova ne se voit pas comme un cinéma d’exploitation «dont le travail est de mettre à l’affiche, semaine après semaine, des films édités, sous-titrés et promotionnés par des sociétés de distribution». Reporters

Le Nova, petit (par la taille) cinéma engagé bruxellois, perd 20.000€ de subvention annuelle. La salle d’art et essai rétorque à la Fédé Wallonie-Bruxelles et à sa Ministre Greoli.

50 cinémas, festivals ou distributeurs de films seront soutenus pendant les prochaines années par la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est ce qu’annonce cette dernière ce 12 janvier. Au total, 3,37 millions d’euros par an leur seront accordés, un montant stable par rapport aux années précédentes (lire cadrée ci-dessous).

Mais la liste des heureux destinataires de cette dotation ne fait pas que des heureux. C’est notamment le cas à Bruxelles du Cinéma Nova, la petite salle d’art et essai engagée de la rue d’Arenberg 3. Celle-ci perd 20.000€ de subvention (sur ses 90.000 annuels). Le Nova estime que «perdre une telle somme aura des conséquences négatives sur l’activité du cinéma. Pour l’équipe du Nova, c’est une décision incompréhensible et inconsidérée, basée sur une vision comptable de la culture et sur un décalage avec la reconnaissance réelle du public».

«4 jours semaine» seulement?

Sur un post Facebook adressé à la Ministre de la Culture Alda Greoli (cdH), le Nova critique principalement le mode d’attribution de ses soutiens financiers. Ceux-ci sont basés sur les avis de la Commission d’aide aux Opérateurs Audiovisuels (COA) du Centre du Cinéma. Celle-ci a été récemment appelée à se prononcer sur les dossiers de tous les opérateurs audiovisuels de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Et le Nova de s’étonner du verdict: «Dans cet avis, la COA reconnaît la spécificité du Nova et sa complémentarité avec les autres salles, mais elle n’en tire pas les conséquences (...), notamment en termes de volume d’activité et de rythme d’ouverture».

C’est le passage suivant en particulier qui heurte l’équipe du Nova: «En ce qui concerne l’intérêt culturel du projet pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, le projet du Nova a suscité des avis partagés au sein de la Commission. Si la plupart des membres adhèrent aux objectifs énoncés en termes de promotion du cinéma d’art et essai, certains d’entre eux émettent des réserves sur la possibilité limitée de valorisation et diffusion du cinéma belge francophone dans le cadre d’un projet aussi particulier. (...) Le Nova exploite une salle unique dont l’ouverture au public est limitée à 4 jours par semaine.»

«Laissez bronzer les cadavres»

La coupe semble pleine du côté de la salle du centre bruxellois. Qui énumère les contre-arguments. «Le Nova dispose d’une salle de 200 places et ouvre ses portes 35 semaines par an, du jeudi au dimanche. Ce rythme atypique est le corollaire d’un travail se situant entre celui d’un cinéma d’essai, d’un distributeur, d’un festival, d’un centre culturel (...)». À ce titre, le Nova refuse d’être comparé à un cinéma d’exploitation «dont le travail est de mettre à l’affiche, semaine après semaine, des films édités, sous-titrés et promotionnés par des sociétés de distribution». Et le Nova de plaider que «son intérêt culturel ne pourrait se calculer uniquement en jours d’ouverture, en quantité de séances ou en nombre de salles».

Sur «la possibilité limitée de valorisation et diffusion du cinéma belge francophone», argument qui semble irriter le Nova au plus haut point, celui-ci rétorque sèchement. «Le Nova est l’une des salles diffusant le plus de films belges, qui ne se borne pas à la promotion des films belges francophones subventionnés. Ironie du hasard: les doutes de la COA s’expriment au moment où le Nova met à l’écran, dans une salle comble, un film belge francophone (“Laissez bronzer les cadavres” d’Hélène Cattet & Bruno Forzani) acclamé dans de nombreux festivals internationaux, mais qu’aucun distributeur belge ne voulait sortir».

Sous-titrage maison et sans pub

Le Nova enfonce le cloup et multiplie alors les questions rhétoriques, assurant «sortir son propre journal, diffuser dans les formats originaux, sous-titrer les films lorsque c’est nécessaire, se passer de pub, ouvrir son écran aux étudiants et réalisateurs en herbe, projeter des premiers films, ne diffuser qu’en VO, assurer des stages, permettre l’éclosion de festivals (Pink Screens, Filem’on, Offscreen, PleinOPENair)...»

Finalement, le Nova «demande à la Ministre Greoli de reconsidérer sa décision pour ramener au premier plan la dimension culturelle et non faire preuve d’une vision étriquée de la culture audiovisuelle à Bruxelles et plus largement, en Belgique».

+ AILLEURS | Lisez la lettre ouverte du Nova à la Ministre Greoli et à la Fédé Wallonie-Bruxelles

50 opérateurs audiovisuels soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Cinquante cinémas, festivals ou distributeurs de films seront donc soutenus pendant les prochaines années par la Fédération Wallonie-Bruxelles, annonce cette dernière ce 12 janvier. Au total, 3,37 millions d’euros par an leur seront accordés, un montant stable par rapport aux années précédentes.

Sur les 60 demandes reçues, la Commission d’aide aux opérateurs audiovisuels (COA) de la FWB a sélectionné 50 projets qui seront soutenus pendant deux ou quatre ans. Neuf d’entre eux reçoivent une aide pour la première fois.

Dix-huit organisateurs de festivals ont été repris (719.000 euros au total), dont le Ramdam Festival (Tournai), À Travers Champs (provinces de Namur et Luxembourg), le Festival International de Comédie de Liège ou le Pink Screen Festival (Bruxelles).

Dix exploitants de salles de cinéma seront également aidés à hauteur de 1,01 million d’euros. Une aide supplémentaire de 110.000 euros a été dégagée pour l’ouverture du cinéma Palace à Bruxelles, prévue fin février après plusieurs reports.

Quatre distributeurs de films bénéficient de 161.000 euros de subvention annuelle.

La Commission a octroyé ensuite 1,29 million de subventions à 14 ateliers d’école, d’accueil et de production. Des structures de diffusion sont aidées pour la première fois (22.500 euros): Screen Box et Vidéothèque Nomade. La plateforme de diffusion numérique Universcine obtient par ailleurs 60.000 euros dans le cadre d’une convention de deux ans.

La COA clôture une session importante, puisqu’une échéance commune a été instaurée pour tous les opérateurs audiovisuels. L’ensemble des dossiers sera dorénavant évalué tous les quatre ans, visant une meilleure répartition des fonds entre les acteurs.

Mais cet équilibrage ne fait pas que des heureux, à l’image des cinémas Nova ou Galeries, à Bruxelles, qui perdent tous deux quelque 20.000 euros par an. Les aides aux exploitants Quai 10 à Charleroi et Caméo à Namur sont en revanche augmentées à respectivement 135.000 et 100.000 euros.

(Belga)