TOURNAI

Le Tournai d’avant: «J’te f’rai monter les escaliers»

La locution n’est plus usitée; il y a un demi-siècle, elle était courante entre personnes que déparait un litige pour héritage, voisinage ou autre motif. Elle signifiait que l’affaire se terminerait au palais de justice qui se profilait au haut de ses imposantes marches.

Rendre la justice, justifier son pouvoir, légaliser l’égalité pour tous devant la loi, c’est une réalité de tous les temps. D’aussi loin que l’on remonte les siècles, les gouvernants s’y sont appuyés et Tournai n’y fait pas exception.

Sans remonter aux Calendes grecques, le tribunal formé de gens du cru et permis par les libéralités de la charte de Philippe-Auguste siège chaque jour en la salle de la géhenne au cœur de l’ancien hôtel de ville place Reine Astrid; puis des juges exercent leur mission au Parlement de Flandres sous Louis XIV, ensuite aux États du Tournaisis de la rue des Orfèvres où s’installe en 1800, dans cet immeuble de 1734, le tribunal civil et correctionnel de l’arrondissement judiciaire s’installe.

Rapidement, il s’avère trop petit pour la charge imposée aux tribunaux. Tant et si bien que quatre sites accueillent les différents services et chambres (NDLR: air connu à ce jour encore). Situation intenable dénoncée bien longtemps avant que, le 21 juillet 1852, le Conseil provincial du Hainaut ne charge sa députation permanente de préparer l’instruction de la construction d’un nouveau Palais de justice.

Question cruciale: où?

Il est question de la caserne des Célestines rue du château, du parc communal en lieu et place du Jardin Botanique (là où sont les jets d’eau), de la place Verte, de la Halle aux Draps – à cette époque en ruines –, le tout agrémenté de discussions souvent oiseuses, d’avis contradictoires notamment de la Commission des Monuments. Cela coûte, d’autant que ces projets sont voués finalement à l’échec.

Au 7 février 1863, il est admis «le déplacement de la Grand’garde et la démolition de la façade de la façade de la Halle-aux-Draps». Ouf, la Commission des Monuments tempère «ce serait un acte déplorable que de détruire l’ancienne Bourse du Travail – patronyme temporaire de la Halle – – et nous nous y opposons». Même avis du ministre de l’Intérieur «le Gouvernement a le devoir de veiller à la conservation de ce monument, un des spécimens les plus remarquables de l’architecture du XVIe siècle de notre pays». Ne chicanons pas, excusons le ministre, la Halle est de 1610. De toute façon, après une visite approfondie des locaux par l’architecte de la ville, leur évacuation était décidée et effective.

Et le Palais? Grâce à une pirouette, la Ville se débarrasse du problème en s’en rapportant à la Province du choix de l’emplacement. Une commission (on dirait à ce jour une task force) s’en vient à Tournai et c’est elle qui désigne le site choisi: sur l’Esplanade, La décision est notifiée au Conseil Communal le 18 janvier 1872.

On ira jusqu’au bout, non sans mal.