TOURNAI

Le Tournai d’avant: à proscrire, le Lundi perdu…

Sacrilège: comment oser écrire qu’il faut abandonner cette tradition? Largement répandue jadis en France et Angleterre, ignoré là-bas, bien vivante à Tournai.

Lundi perdu, lundi parjuré, que nous enseigne l’Histoire? Elle demeure peu prolixe, plutôt sans preuves tangibles, rappelant que sous les Francs déjà, des litiges étaient jugés entre propriétaires et locataires, les baux à ferme renouvelés ou rompus. À Tournai, la rue des Maux en tirerait son origine.

Revenons au XIXe siècle. Le Lundi perdu est jour chômé, en tout ou partie et, selon bureaux e/ou ateliers, jusqu’au milieu du XXe siècle. Le comportement des ouvriers justifie ces commentaires acerbes lus dans les journaux du XIXe. «Exempts de présence à l’atelier, l’ouvrier n’a de cesse de fréquenter les innombrables estaminets de la ville où, en jouant aux cartes ou au fer, en braillant des chansons grivoises, il dépensera son maigre avoir et rentrera ivre à son foyer. Là, l’attendent femme et enfants qui n’auront que leurs yeux pour pleurer et s’en iront au lit le ventre vide».

La «Feuille de Tournai» du 7 janvier 1865 ne dit pas autre chose mais conseille «à tous de refuser les étrennes aux ouvriers, aux ouvriers de faire bon usage, au souper de famille par ex., des sommes accordées par le patron car l’ivresse dégrade l’artisan».

Heureusement, ces débordements appartiennent au passé. En cause, l’obligation scolaire (loi du 19 mai 1914, en application après l’Armistice) et la loi dite «Vandervelde» interdisant la vente de boissons spiritueuses dans les lieux publics. Émile Vandervelde ne se fera pas que des amis mais il aura gain de cause.

Quant au menu traditionnel du Lundi perdu, il s’explique aisément:

1. Le lapin: il est nourri avec les déchets de légumes du jardin ou de la table, surtout de l’herbe et pissenlits cueillis ici et là. L’hiver stoppe cet approvisionnement, on tue les lapins excédentaires au futur élevage en profitant d’un jour chômé.

2. La saucisse: de la «petite». Le boucher qui la donne en étrennes utilise des boyaux plus minces qu’habituellement et la quantité offerte dépend de l’assiduité de la cliente à la boutique.

3. La salade: est faite avec ce qui reste disponible. Dans un récit imagé, Henri Thauvoye énumère «salade de blé, choux rouges, oignons». Menu assez maigre auquel s’ajoutent alors des noix et des pommes. Le chicon n’y figurera que bien plus tard.

Que vous soyez Roi ou savetier, chantez les billets des Rois et l’un ou l’autre de ces refrains d’Albert Coens, Achille Viart, Charles Perthame, Anselme Dachy… Bon appétit.