BRUXELLES

Stade national: entre désaveu et échec, les réactions du monde politique

Stade national: entre désaveu et échec, les réactions du monde politique

BELGA

«Triste spectacle» pour les uns; manque d’ambition pour les autres. Découvrez les réactions de différents acteurs politiques suite à la décision de l’UEFA de retirer à la Ville de Bruxelles l’accueil de matches de l’Euro 2020 de football en raison de l’incertitude entourant la construction d’un nouveau stade national.

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Rudi Vervoort: «Un triste spectacle»

«Un tel projet ne peut clairement pas aboutir sans volonté politique de la part de l’ensemble des parties concernées», a regretté jeudi le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort.

«Bruxelles doit prendre acte de cette décision et se demander s’il est encore nécessaire d’entreprendre des actions qui peuvent bénéficier à l’ensemble de la Belgique. Toutes les grandes capitales disposent d’un stade digne de ce nom. Notre pays a offert un triste spectacle en montrant notre incapacité à unir nos forces autour d’un projet, qui aurait pu générer de l’activité économique et contribuer à augmenter le rayonnement de Bruxelles et de la Belgique», a poursuivi le chef de l’exécutif régional.

Rudi Vervoort (PS) a par ailleurs rappelé que son gouvernement avait soutenu la construction d’un nouveau stade car le stade Roi Baudouin n’est plus conforme aux normes actuelles.

Alexander De Croo: «Un dossier national»

«Ceci n’est pas un dossier bruxellois ou flamand, mais au minimum d’ampleur nationale, voire même européenne. S’il apparaît que, dans des dossiers comme le stade national, les nuisances aériennes de l’aéroport de Bruxelles ou les normes d’émission GSM, on bascule d’un problème à un autre, alors il faut voir s’il ne vaudrait pas mieux gérer tout cela au niveau national», a souligné le libéral flamand.

L’Open Vld a pourtant, en la personne du ministre bruxellois du Budget Guy Vanhengel, l’un des plus ardents défenseurs du projet de stade national avorté jeudi. «J’ai parfois une opinion différente de Guy Vanhengel; à un certain moment, il faut pouvoir trancher dans un dossier qui dépasse les intérêts d’une Région», ajoute M. De Croo, pour qui la capitale de l’Europe «a droit à une telle infrastructure». «Sur le territoire de Bruxelles ou en dehors, nous devons dépasser cette question en tant que pays».

Alain Courtois: «Belgique, où est ton ambition?»

«Après 30 ans, on en est toujours au même point. Rénovation par le public: NIET. Nouveau stade en partenariat avec le privé: NIET. Belgique, où est donc passée ton ambition? «, a commenté M. Courtois sur Twitter, alors que la Ville s’était contentée d’un communiqué laconique prenant acte de la décision de l’UEFA.

Le projet de stade national sur un terrain de la Ville de Bruxelles en territoire flamand (Grimbergen), sur le parking C du plateau du Heysel, avait été critiqué jeudi matin par le chef de file des réformateurs à Bruxelles, le ministre fédéral Didier Reynders, candidat déclaré à la présidence du gouvernement bruxellois.

«Un terrible désaveu pour la crédibilité internationale de la Belgique», selon DéFI

L’échec de la candidature de Bruxelles pour accueillir des matches de l’Euro 2020 de football constitue «un terrible désaveu pour la crédibilité internationale de la Belgique, résultat d’un mauvais choix stratégique dans l’emplacement du projet», estime jeudi le député bruxellois Fabian Maingain (DéFI).

«La stratégie d’Alain Courtois (MR) de piloter le dossier uniquement depuis la Ville de Bruxelles, l’aveuglement face à la succession d’avis négatifs émis dans le cadre de la procédure administrative, l’incapacité de monter un projet en adéquation avec les règles en vigueur et compatibles avec l’espace urbain dans lequel il s’insère et l’entêtement à refuser d’établir un plan B face à des délais aujourd’hui jugés comme intenables par l’UEFA sont les principales causes de cet échec», poursuit l’élu amarante.

D’après lui, la fin de l’aventure de l’Euro 2020 marque «la nécessité de remettre à plat le dossier du stade».

Le cdH déplore la «chronique d’un échec annoncé»

Pour les centristes, le dossier était vicié dès que les autorités bruxelloises ont décidé de faire construire le futur stade national en dehors de la Région bruxelloise, où elles n’avaient aucune possibilité de réellement pouvoir agir.

«Même la condition sine qua non, à savoir la garantie qu’un club résident – le RSC Anderlecht en l’occurrence – y prenne ses quartiers, n’a jamais été bétonnée», rappelle le cdH bruxellois, qui dénonce les coups de canif successifs portés à la promesse que le projet ne coûterait pas un centime au contribuable bruxellois.

Toutefois, la décision de l’UEFA de se passer de Bruxelles en 2020, «aussi déplorables qu’en soient les raisons, peut malgré tout être une opportunité pour repartir sur des bases nouvelles qui s’appuieraient sur une relocalisation de la future enceinte en Région bruxelloise – les solutions de rechange sont multiples – et qui maintiendraient dans la capitale de l’Europe l’organisation du Mémorial Van Damme», indiquent Benoît Cerexhe, Joëlle Milquet et Hamza Fassi-Fihri, chefs de file du cdH à Bruxelles.

Écolo dénonce l’affairisme et propose une Cité des sports autour du stade Roi Baudouin

«Le projet d’Eurostadium est bancal depuis le début et doit être abandonné», a affirmé Arnaud Pinxteren, député bruxellois Écolo. La décision de l’UEFA est à ses yeux une occasion de mettre à plat le projet au-delà du calendrier de l’Euro 2020.

«Ce projet n’a pas encore été réalisé, tout simplement parce qu’il est mauvais. Les responsables, (le ministre bruxellois du Budget) Guy Vanhengel et (le Premier échevin de Bruxelles) Alain Courtois en tête, doivent dès aujourd’hui assumer cet échec et travailler à une meilleure alternative», exhorte-t-il.

Pour les Verts, la Belgique et Bruxelles ont déjà un stade national: le stade Roi Baudouin. Avec Groen, ils appellent à un projet de stade pensé avec les citoyens, au cœur d’une Cité des Sports sur le plateau du Heysel. «Les pouvoirs publics prévoient d’investir 300 millions d’euros dans le projet d’Eurostadium. Cet argent devrait être investi dans un projet plus rassembleur. Faisons du Stade Roi Baudouin rénové l’écrin bruxellois pour notre équipe nationale, ses supporters, mais aussi pour les amateurs de tous les autres sports», conclut Arnaud Pinxteren.

Les défenseurs du projet se sont pris pour Messi ou Ronaldo (N-VA)

«L’approche des partisans de l’Eurostadium, qui se sont pris pour Messi et Ronaldo, fait payer un lourd tribut à notre pays et aux Bruxellois», commente le chef de groupe N-VA au parlement bruxellois Johan Van den Driessche. Il juge qu’il est désormais temps de repartir d’une page blanche en inscrivant à l’agenda la rénovation du stade Roi Baudouin.

Les promoteurs du projet auraient dû savoir depuis le début qu’un chemin vicinal et la compatibilité avec les règles flamandes d’aménagement du territoire constitueraient d’importantes pierres d’achoppement, mais les démarches adéquates n’ont pas été opérées, pour éviter de fournir des arguments supplémentaires aux opposants, analyse-t-il. Le nationaliste flamand dénonce aussi des mensonges entretenus sur la capacité du stade et son coût pour la collectivité, et critique chaque étape du dossier.

«Notre pays paie ici le prix d’une politique d’antichambre, d’un manque de transparence et d’une approche hautaine au caractère mégalomane», selon le député N-VA, qui appelle à donner une nouvelle destination au parking C du plateau du Heysel.