BELGIQUE

Décès de l’ancien ministre d’État Philippe Maystadt

Décès de l’ancien ministre d’État Philippe Maystadt

Philippe Maystadt était aussi président de la BEI (Banque d’Investissement Européenne) ÉdA

L’ancien ministre des finances social démocrate est décédé à l’âge de 69 ans. Il a été ministre des Finances de 1988 à 1998.

Philippe Maystadt, quand il a découvert la politique, l’a fait en tant qu’économiste, au début des années septante au cabinet PSC de ce qui s’appelait alors «les Affaires wallonnes», que gérait le Couilletois Alfred Califice. Le jeune conseiller ministériel n’était pourtant pas un politique. On dit même qu’à l’époque, il ne détenait pas la carte du parti, mais cela importait peu. Un soir, une assemblée d’arrondissement du PSC, au Cercle Saint-Charles de Montignies-sur-Sambre, a choisi Philippe Maystadt pour tête de liste, ce qui en faisait l’héritier présomptif d’Alfred Califice, qui détenait alors le record des voix de préférence de l’arrondissement. Député, Maystadt a plu: gendre idéal, et il ne se prenait pas pour un homme politique. Il en est pourtant rapidement devenu un, et de quelle trempe. Pour ses électeurs, il était l’élu proche, l’homme des permanences sociales, de la proximité. Et puis celui qui expliquait si bien les choses les plus compliquées, parce qu’il aimait cela: la pédagogie, c’était son art, et son talent, celui de convaincre aussi. Il s’est vite fait respecter, dans les autres partis d’alors: les libéraux d’Etienne Knoops et de Jacqueline Mayence, le PS de Philippe Busquin s’en souviennent, qui avaient en face d’eux un homme politique capable de les manœuvrer et de les persuader.

De scrutin en scrutin, il a élargi ce que les sociologues appellent la base électorale. Il inspirait confiance, désormais en figure de proue d’un parti qui pesait à l’époque, d’un poids certain, à tous les niveaux de pouvoir. Il avait installé, en période électorale, ses locaux à la Ville-Basse, dans une rue appelée, par dérision sans doute, la rue Peine Perdue. Son image rassurait, qui était celle d’un homme sérieux sans être austère, convaincant sans marteler. En expliquant, parce que, au-delà des idées, c’était expliquer les idées qu’il aimait.

On a pu lui reprocher, pendant ces années septante et quatre-vingts, de ne pas s’être impliqué dans la vie communale: c’est qu’il avait choisi, avant que ce soit une mode obligée, de ne pas cumuler, ni même de tenter de le faire avec sa carrière de parlementaire, ministre, vice-Premier, aux Affaires économiques, à la Fonction publique, aux Finances surtout.

Parce qu’il avait cette carrure et cette force, le PSC d’alors a fait appel à lui le temps d’un intérim à sa présidence qui flageolait. Il n’y est pas allé de gaieté de cœur. Il s’en serait bien passé. Mais bon, il y est allé, mais c’est peut-être bien la pire année de sa vie politique. On connaît la suite, et sa présidence de la Banque européenne d’investissement. Là, il lui est arrivé de se pencher sur des dossiers carolo: son compagnon de route Jean-Jacques Viseur, alors bourgmestre, avait fait appel à lui et ils avaient parcouru ensemble quelques rues de la ville, avant d’apporter au dossier le soutien de la finance européenne espéré.

Pas drôle, Maystadt? Peut-être l’a-t-on cru, à tort. Il savait l’être, gommer les finances, l’économie et le reste, et s’offrir quelques fous rires, parfois, en petit comité. Joyeux drille? Sans doute pas de l’espèce qui fraternise pour le plaisir des voix, aux soirées boulettes frites. Homme de dossiers. Une tête, disait-on déjà chez les Jésuites de Charleroi, pendant ces humanités qu’il a franchies bille en tête. Depuis une semi-retraite dont il sortait quand on lui demandait son avis de sage, il s’occupait de micro-crédit et il était venu, à Charleroi, en inaugurer une agence, créée pour soutenir ceux que les grandes banques n’aidaient guère. Un retour aux sources, en somme, et un circuit bouclé de la finance européenne au petit crédit de proximité. Et tout bilan fait, un homme d’Etat, une espèce rare dans la région, soit dit sans vexer personne.