SOCIÉTÉ

Serait-ce possible, une suppression des suppléments d’honoraires?

Serait-ce possible, une suppression des suppléments d’honoraires?

D’après le baromètre de la Mutualité chrétienne (MC), une chambre d’hôpital individuelle coûte en moyenne 639 euros en suppléments d’honoraires, soit près de 10% en plus qu’il y a un an. gilles lougassi – Fotolia

Le secteur hospitalier estime qu’une suppression des suppléments d’honoraires n’est pas possible à court terme. À moins que…

Une suppression des suppléments d’honoraires, comme le recommande ce mercredi la Mutualité chrétienne (MC) sur base de son dernier baromètre sur le sujet, n’est pas possible à court terme, réagit le secteur hospitalier. Santhéa, la coupole francophone des établissements de soin, et son pendant flamand Zorgnet-Icuro se demandent ainsi comment une telle mesure serait soutenable «sans une injection de beaucoup de moyens publics supplémentaires ou une réduction drastique des revenus des médecins».

D’après le baromètre de la MC, une chambre d’hôpital individuelle coûte en moyenne 639 euros en suppléments d’honoraires, soit près de 10% en plus qu’il y a un an. Ceux-ci «ne sont qu’un élément dans un financement complexe des hôpitaux», selon les deux organisations. «Cela fait partie d’un tout. On ne peut pas avoir un élément isolé sans détricoter l’ensemble», renchérit Yves Smeets, directeur général de Santhéa.

Une réforme en profondeur de l’ensemble du système s’impose d’urgence depuis des années, estime encore le secteur hospitalier. «On se débat dans une situation très très compliquée et le secteur est tout à fait à la corde. Il ne suffit pas de dire qu’on va réformer. Il y a un problème de moyens, qui nous empêche d’aller plus loin», explique encore M. Smeets.

«Les hôpitaux reçoivent en effet bien trop peu de moyens publics pour pouvoir payer leurs investissements en infrastructures et leur personnel», abonde Margot Cloet, l’administratrice déléguée de Zorgnet-Icuro. «Pour joindre les deux bouts, ceux-ci doivent faire appel à leurs médecins, qui renoncent à une partie de leurs honoraires», poursuit-elle. Chaque direction d’établissement de soins doit alors négocier avec les médecins qui exercent leur activité de manière indépendante. Ces derniers compensent alors ce geste en demandant des suppléments plus élevés.

Étant donné que ces suppléments sont interdits pour les chambres communes, ce sont ceux des chambres individuelles qui augmentent. «C’est un cercle vicieux pervers qui n’est pas rompu, malgré les nombreuses analyses de professeurs, de centres de connaissance ou du secteur lui-même», relève-t-elle.

Les deux coupoles pointent encore la situation précaire dans laquelle de nombreux hôpitaux ont été plongés à la suite des mesures d’économie de ces dernières années. La marge d’entreprise moyenne des hôpitaux belges atteint ainsi 0,7%.

Les organisations renvoient enfin la balle à la Mutualité chrétienne, qui demandait une transparence financière totale. Celle-ci existe depuis des années, lui répondent-elles. «La transparence doit en effet être la norme. Mais cela vaut tout autant pour les mutuelles et leurs assurances complémentaires», selon Margot Cloet. «Eux aussi font intégralement partie du système. Nous demandons qu’eux aussi jouent franc jeu, en ayant une attitude constructive.»