MONS

Les cyclistes montois veulent «mettre le nez des responsables dans leur m...»

A Mons, les cyclistes en ont assez d'être gentils. Face à 30 ans d'inaction et de politiques aléatoires vis-à-vis de la mobilité douce, certains ont décidé d'appuyer là où ça fait mal et de mettre les responsables face à "leur paresse intellectuelle".

La patience, c'est fini du côté des cyclistes montois. Preuve en est la manifestation qui s'est déroulée hier matin à la Porte du Parc, où débouchent les automobilistes en provenance de l'autoroute E19-E42. Elle visait à souligner le manque d'infrastructures encourageant les écoliers à prendre le chemin de l'école à vélo.

S'ils sont moins de 1% à le faire, ce n'est pas parce qu'ils sont paresseux, mais bien parce que les responsables politiques le sont intellectuellement pour imaginer une politique de mobilité douce cohérente, clamaient-ils hier. Cette action de ce groupe informel baptisé "Cyclistes gonflés à bloc pour l'action" n'est que la première d'une longue série visant à remuer le landerneau de la mobilité qui ronronne depuis bien trop longtemps à leur goût.

Leur ras-le-bol est né il y a un mois, lors de la présentation du mémorandum du Gracq exposant ses solutions concrètes pour améliorer la mobilité cyclable à Mons. "La première remarque de l'échevin à la mobilité a été de dire que Mons n'était pas faite pour le vélo à cause de sa topographie."

Aïe. Voilà qui passe bien mal auprès de Luc Leens, cycliste depuis des décennies. "C'est une réflexion complètement absurde pour un cycliste. Dans le Grand Mons, le dénivelé est majoritairement plat, le plus grand dénivelé pour accéder à une école est de 24 mètres" clame-t-il. Autre cause d'étranglement: lire dans un hebdomadaire un article consacré à Mons et affirmant que la mobilité douce y avait la cote, "alors que la situation est absolument catastrophique", clame-t-il.

A ce point? Oui, et pour le prouver, les cyclistes gonflés à bloc sortent les images, que Luc Beeusaert, spécialiste des voies RAVeL, collectionne.

Voiries impraticables ayant l'air d'avoir subi un bombardement, RAVeL mal entretenus, inondation sous le pont de l'autoroute, végétation obstruant les pistes cyclables recouvertes de feuilles mortes, signalisation aléatoire, voire contradictoire (sur l'Avenue de la Gare, 5 panneaux se contredisent sur 15 mètres!), les exemples semblent infinis. "Et encore, je ne photographie pas tout, sinon, je ne roulerais plus", lâche Monsieur RAVeL.

Ces dernières années, des pistes cyclables et aménagements ont tout de même vu le jour. Les cyclistes gonflés à bloc ne noircissent pas un peu trop le tableau? Non, car rien n'est coordonné rétorquent-ils. "Tout est tellement décousu, incohérent, que cela n'a aucun effet." "Ce qui est fait, c'est comme de construire des petites digues parsemées n'importe où, mais la montée des eaux peut se faire ailleurs", renchérit Marc Ghuisoland, père et grand-père de cyclistes.

Rouler à vélo, une angoisse

Qui a interpellé mardi soir le Conseil communal de Mons concernant l'insécurité des cyclistes et le manque d'infrastructures. "Une fois par semaine, je conduis mes petites filles à l'école à vélo, mais c'est une angoisse de les accompagner."

"On s'est habitué à ce que tous les jours les cyclistes et piétons soient en danger de mort et tout le monde trouve ça normal, on s'est résigné", renchérit Luc Leens, pour qui l'objectif des actions des Cyclistes gonflés à bloc est clair: "il faut mettre aux responsables le nez dans leur caca! A l'avenir, nos actions seront basées sur la mise en évidence des manquements des aménagements, sur le manque de sérieux et la paresse intellectuelle des responsables."

Qui doivent se ressaisir d'urgence. "Chaque année, on compte une augmentation constante d'environ 1,3 ou 1,4% de voitures en Belgique, ce qui équivaut à minimum 60.000 voitures en plus par an. Pour une ville comme Mons, cela équivaut à 600 voitures en plus!" Mons qui en ce moment étouffe dans sa circulation à toute heure du jour, et dont le centre-ville meurt à petit feu. 

Logique pour nos cyclistes remontés: "c'est impossible de venir à nous entre 16h ou 17h. Plus aucun Montois ne va fixer un rendez-vous avec quelqu'un d'extérieur à ces heures-là. "Pour remédier à la situation, les cyclistes gonflés à bloc ne se posent pas en porteurs de solutions, ils sont là pour la partie coup de gueule. "Pour les solutions, les autorités peuvent voir avec le Gracq qui leur réexpliquera tout gentiment."

Pascal Lafosse: "Tournons-nous vers l'avenir"

Suite à l'interpellation de Marc Ghuisoland, l'échevin à la mobilité a défendu son bilan sur la mobilité douce "Plutôt que de reparler du passé lointain et de ce qui n’a pas été fait, je vous propose de regarder vers l’avenir et de repartir des travaux de notre commission vélo qui existe depuis 2006", a-t-il rappelé.

Une commission qui a permis de mettre en place tout un ensemble "de mesures volontaristes en matière de mobilité douce et durable." Parmi les réalisations, Pascal Lafosse cite l'entretien du réseau existant, l'intégration des aménagements cyclables lors de réfection de voiries, 60 range-vélos dans le centre-ville...

"Notre volonté a également été de retracer l’ensemble des pistes cyclables existantes, via un budget mobilité en 2017, que l'on espère reconduit en 2018. Environs 20 km de pistes seront tout prochainement retracés. Nous répondons ainsi à une forte demande des cyclistes quotidiens."

Il se dit également à l'affût de toute subvention: "nous avons également reçu, ce 3 novembre, l’accord du Ministre Di Antonio pour recevoir une subvention (plafonnée à 75% de 100.000 euros) pour empierrer la liaison entre le Chemin des Moutons et la rue du Travail à Cuesmes qui constitue un sentier très fréquenté par les cyclistes."

Pour la suite, l'échevin indique sa volonté de poursuivre la procédure du plan d'actualisation du Plan Communal de Mobilité, d'intégrer des parkings à vélos dans les parkings en infrastructures, où encore de réserver une enveloppe budgétaire consacrée à la formation et aux déplacements des écoliers, en travaillant sur les axes formation, itinéraire et sensibilisation.

De quoi calmer les cyclistes remontés? Pas sûr: "un catalogue de mesurettes qui représentent à peine un centième de ce qu'il faudrait faire. Le véritable drame intellectuel de la Ville de Mons est qu'elle est convaincue qu'elle a concocté là un "plan global et cohérent" pour le vélo, alors que ces annonces ne comportent ni programme, ni objectif, ni échéance" rétorque Luc Leens.