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Comment 250 djihadistes ont réussi à quitter Raqqa sous le nez de la coalition internationale

-Photo News

L’État islamique et les Forces démocratiques syriennes (FDS) auraient conclu un accord secret permettant à environ 250 combattants de l’EI et leurs familles de quitter Raqqa par camion le 12 octobre, selon une enquête de la BBC à laquelle les médias français font écho mardi.

Au total, 4 000 personnes auraient été transportées dans le même convoi de camions et de bus le 14 octobre dernier, en direction de la frontière entre la Syrie et l’Irak.

L’enquête de la BBC, intitulée «le sale secret de Raqqa», a pu être réalisée grâce à plusieurs témoins-clés, dont le chauffeur d’un des camions du convoi. Il raconte au journaliste Quentin Sommerville que les combattants, portant armes et ceintures explosives, menaçaient de faire exploser les camions si l’accord n’était pas respecté. Certains parlaient français, d’autres anglais ou dans une langue étrangère. Ce chauffeur a finalement décidé de tout dévoiler car il n’a pas touché la rémunération qui lui avait été promise par les Forces démocratiques syriennes.

Le convoi, long de cinq ou six kilomètres, a roulé durant trois jours sous la surveillance des avions de la coalition internationale, ce que celle-ci reconnaît, selon la BBC. Différents témoins voient dans cet accord une manœuvre des FDS pour limiter les pertes humaines. Comment 250 djihadistes ont réussi à quitter Raqqa sous le nez de la coalition internationale -Photo News

La majorité des combattants exfiltrés se sont repliés dans des zones à la frontière entre la Syrie et l’Irak, ou dans la région d’Idlib, tandis que des dizaines d’entre eux auraient réussi à franchir la frontière avec la Turquie.

Il est «possible» que des djihadistes étrangers du mouvement État islamique (EI) aient pu s’échapper de Raqqa juste avant sa chute, a admis mardi la coalition internationale dirigée par les États-Unis, après la publication du reportage de la BBC.

Interrogé mardi à ce sujet lors d’une téléconférence au Pentagone, le porte-parole de la coalition, le colonel Ryan Dillon, a reconnu que «sur les 3.500 civils qui ont quitté Raqqa à ce moment-là, moins de 300 ont été identifiés comme de possibles combattants de l’EI». L’accord avec les FDS était que les photos et les empreintes digitales de tous les hommes en âge de combattre seraient vérifiées pour éviter que des djihadistes connus puissent s’échapper, a ajouté le colonel Dillon. Mais «je ne peux pas dire avec 100% de certitude que chaque combattant ait été identifié à son départ de Raqqa», a-t-il ajouté. «Que certains de ces combattants aient pu évoluer parmi les civils ou se faire passer pour un affilié local à l’EI, c’est possible», a précisé le porte-parole.