LIÈGE

Entre l’Afrique, l’Équateur et Liège, Geneviève donne du sens au chocolat

 Geneviève Trépant
Geneviève Trépant-ÉdA Hermann

Geneviève Trépant, qui a longtemps vécu en Afrique, a ouvert la Chocolateria voici un an, au centre de Liège. Plus qu’une boutique, il s’agit d’un projet solidaire et participatif, qui respecte les producteurs de chocolat.

Certains magasins apparaissent, d’autres disparaissent, au centre de Liège. De temps à autre, il en est un qui est doté d’un supplément d’âme, qui se distingue du «simple» commerce. C’est assurément le cas de la Chocolateria, nichée au n°3 de la rue du Palais, entre les pittoresques rues Pierreuse et Hors-Château.

On y croise une carte de chocolats chauds, des pralines et autres douceurs chocolatées. Mais surtout Geneviève Trépant, celle qui a imaginé et créé la Chocolateria, sur base de son histoire, de son parcours et de ses expériences.

De Ciney à Liège, en passant par l’Afrique

Originaire de Leignon, un patelin de l’entité de Ciney, Geneviève Trépant s’est dirigée vers le Congo – le Zaïre, à l’époque – à l’âge de 23 ans, après des études universitaires de biologie. «Immédiatement, l’Afrique m’a happée», se souvient-elle. «Par contre, j’ai été déçue par les systèmes des aides au développement. Peu importe la manière, au final, sur place, on se rend compte que ce sont toujours des intérêts personnels qui sont privilégiés», glisse-t-elle avec amertume.

L’envie de faire des affaires, avec son mari, s’est installée. Les années ont passé et, «en 1996, ça n’allait plus au Congo», poursuit-elle. C’était la fin de l’ère Mobutu, les temps étaient troublés et le couple a pris la direction du Zimbabwe, pays où l’aventure du chocolat a commencé.

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Nous étions des Belges, en Afrique. L’idée d’y importer du chocolat belge est alors apparue.

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«Nous étions des Belges, en Afrique. L’idée d’y importer du chocolat belge est alors apparue», raconte Geneviève. Le couple a mis son affaire sur pied, fournissant en chocolat les hôtels de la région. «Il y a eu la réforme agraire en 2000, les blancs sont retournés à la ville», ce qui constituait une opportunité pour vendre du chocolat. Geneviève a ouvert sa boutique, attenante à l’atelier. Une autre boutique s’est ouverte à Johannesbourg, en Afrique du Sud, avec succès. «Mais la formule était compliquée, avec ce magasin à 1200 km de chez nous», se souvient-elle.

Les ingrédients, au fil des années, s’étaient en tout cas rassemblés: le chocolat, l’Afrique, la Belgique, le commerce, l’éthique. Autant de dimensions qui caractérisent aujourd’hui le projet de Geneviève Trépant.

«Je suis revenue en 2012 en Belgique», raconte la Cinacienne d’origine. Entre-temps, elle a collaboré avec une amie à l’ouverture d’une boutique, The Pittenweem Chocolate Company, dans cette bourgade de l’est de l’Écosse.

La Chocolateria, née en novembre 2016

Son véritable bébé est né à Liège, en novembre 2016. Après avoir participé à la création de la coopérative Cocoa Tree, prônant l’entrepreneuriat social et l’engagement éthique autour du chocolat, dans la commune de Gembloux, elle a choisi cette ancienne auberge de la rue du Palais pour La Chocolateria.

«Ceci est le début d’une histoire. J’ai une certaine vision de ce que je veux faire, mais il y a encore du chemin à parcourir», insiste Geneviève Trépant, avec humilité. Ses chocolats sont éthiques, respectueux des producteurs. Mais on sent d’emblée qu’elle ne souhaite pas s’inscrire dans un cadre traditionnel, fait de labels équitables par exemple. Entre l’Afrique, l’Équateur et Liège, Geneviève donne du sens au chocolat -ÉdA Hermann

«Le modèle que je défends est celui de la franchise solidaire et participative. Participative, avec une transparence complète sur tous les flux financiers. Solidaire, parce qu’on rémunère correctement les producteurs et les artisans.» Le système de franchise lui permettra dès lors d’avoir une liberté d’action et de transmettre son savoir. «En anglais, on parle d’empowerment. C’est cette idée qui consiste à transmettre le savoir aux gens, à valoriser leurs compétences, à leur donner de l’autonomie», le système de franchises permettant de se baser sur de telles valeurs.

Du chocolat fabriqué ailleurs, transformé ici

À l’heure actuelle, la majorité des chocolats vendus à la Chocolateria proviennent d’Équateur. Détail important: Geneviève Trépant n’est pas chocolatière, ni cacaofévière. «Le chocolat est produit sur place, je souhaite que soient valorisés les artisans locaux. Moi, j’achète donc du chocolat pour le transformer et le vendre», en réduisant les intermédiaires, avec le souci de la juste rémunération.

Mise à l’épreuve de la réalité, Geneviève Trépant mesure aujourd’hui la difficulté de survivre dans le monde du chocolat, fait de cynisme, de mondialisation et de production industrielle. «Ce n’est pas facile», concède-t-elle, tout en espérant pouvoir donner naissance à des boutiques franchisées. Non pas pour s’emparer de la Belgique. «Mon rêve, c’est l’Afrique et l’Amérique. Je suis marquée par ce triangle entre les trois continents. Je ne sais pas pourquoi.» Peut-être parce qu’ils conjuguent à la fois son parcours personnel et celui du chocolat.

www.la-chocolateria.com