Facebook veut vos photos de nu pour vous protéger

 Le «revenge porn» fait des ravages sur les réseaux sociaux et Facebook teste une méthode controversée pour lutter contre le phénomène.
Le «revenge porn» fait des ravages sur les réseaux sociaux et Facebook teste une méthode controversée pour lutter contre le phénomène.-Focus Pocus LTD - stock.adobe.com

Très critiqué, le réseau social explique comment il entend lutter contre la vengeance pornographique.

L’histoire fait jaser aux quatre coins du monde.

En Australie, Facebook teste une méthode controversée pour lutter contre le «revenge porn» (vengeance pornographique).

Le «revenge porn», c’est ce moment odieux et humiliant où une personne partage sur les réseaux sociaux des images sexuellement explicites vous mettant en scène.

L’exemple type: l’ex qui balance de rage des photos intimes sur Facebook juste après la rupture.

Intervenir en amont

Même si les équipes du site interviennent souvent rapidement pour supprimer ces contenus, les dégâts sont immédiats et violents.

Pire, des groupes et des pages se spécialisent dans l’accueil de ces publications dégradantes.

Est-il possible d’intervenir en amont plutôt qu’en aval?

Cette question est au cœur du test mené en Australie par le réseau de Mark Zuckerberg et l’agence gouvernementale eSafety.

Principe, dans les grandes lignes: transmettre à Facebook vos images compromettantes pour qu’elles soient fichées et supprimées automatiquement si un tiers devait essayer de les publier.

Facebook se justifie

Visiblement, ce projet pilote a été au mieux mal compris, au pire mal perçu.

Certains articles et commentaires se montrent critiques, très critiques.

Pour le site français Clubic, la méthode consiste à «envoyer du porno à des inconnus pour éviter que des inconnus ne voient ce porno.»

La polémique est telle qu’Antigone Davis, responsable de la sécurité en ligne de Facebook, vient de s’expliquer dans une longue lettre.

«Avec ce nouveau petit projet pilote, nous voulons tester une option d’urgence permettant aux gens de fournir une photo de manière proactive à Facebook, afin qu’elle ne soit jamais partagée en premier lieu.»

La procédure

Voici comment fonctionne cette méthode anti «revenge porn»:

- La victime potentielle remplit un formulaire sur le site de l’agence gouvernementale eSafety

- La victime potentielle se transmet à elle-même sur Messenger les photos qu’elle craint de voir apparaître sur Facebook, Messenger ou Instagram

- L’agence eSafety prévient Facebook, mais n’a en aucun cas accès aux fichiers

- Un employé de Facebook spécialement formé pour traiter ces cas visionne les images et crée des balises d’identification pour chacune d’entre elles

- Si une personne essaie de publier ces clichés, ces derniers seront repérés grâce aux balises et automatiquement refoulés

- Une fois les balises créées, Facebook demande à la victime potentielle d’effacer les images. Dans la foulée, le réseau social efface à son tour les fichiers de ses serveurs

Prévenir l’humiliation

La méthode pose question, évidemment.

À un moment précis, l’humain prend le relais des automatismes et des algorithmes.

Un employé de Facebook regarde vos photos compromettantes et vérifie si oui ou non elles correspondent aux critères du «revenge porn».

Même si ce modus operandi est loin d’être idéal, «c’est une bien meilleure option que le partage de ces images avec les amis, la famille, les collègues ou le grand public, avec l’intention de vous humilier et de vous embarrasser, avec toutes les horribles conséquences qui s’ensuivent.»

Dixit Cindy Southworth, fondatrice de Safety Net Technology Project, qui soutient l’initiative de Facebook et des autorités australiennes.

«Si vous n’avez jamais essayé de rompre avec un partenaire violent, autoritaire et injurieux, il n’y aucun moyen pour que vous compreniez la terreur que les victimes ressentent suite aux dommages qu’un abuseur provoquera en partageant des photos intimes. Cette option volontaire offre un autre outil aux victimes pour prévenir cette souffrance.»