CULTURE

Il y a 126 ans, Rimbaud: ou quand le croassement des corbeaux nous rappelle à son souvenir

 Arthur Rimbaud (1854-1954)
Arthur Rimbaud (1854-1954)-Reporters/Photo12

Poète marquant du 19e siècle et de la littérature française, Arthur Rimbaud est décédé un 10 novembre. 126 ans plus tard, c’est l’occasion de revenir sur l’un de ses 70 poèmes, pas le plus connu, mais peut-être le plus de saison. Hommage.

Il y a 126 ans exactement, un 10 novembre, Arthur Rimbaud disparaissait à l’âge de 37 ans seulement. Son œuvre teintée de génie et sa vie faite de tumulte et d’aventures en ont fait l’un des poètes les plus marquants de la littérature française.

Et si on lui connaît habituellement les titres d’œuvre les plus populaires de ses quelque 70 poèmes, tels «Bateau ivre» ou «Voyelles», d’autres parfois moins établis mais tout aussi denses restent plus que jamais d’actualité en fonction des saisons où ils tombent sous nos yeux.

«

Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angélus se sont tus… Sur la nature défleurie Faites s’abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux.

»

«

Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous Dispersez-vous, ralliez-vous!

»

«

Par milliers, sur les champs de France, Où dorment des morts d’avant-hier, Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver, Pour que chaque passant repense! Sois donc le crieur du devoir, Ô notre funèbre oiseau noir!

»

«

Mais, saints du ciel, en haut du chêne, Mât perdu dans le soir charmé, Laissez les fauvettes de mai Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne, Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir, La défaite sans avenir.

»

Présences imagées de la mémoire face à l’oubli, Les Corbeaux ont ainsi été mis en vers par l’amant de Verlaine dans un poème qui évoque, notamment, un mémorial aux morts, notamment ceux de la guerre franco-allemande de 1870.

Témoins du souvenir chez Rimbaud, les corbeaux annonçant l’hiver peuplent aujourd’hui les branches effeuillées de nos bois, comme pour nous rappeler au souvenir de ceux enfouis sous nos pieds. À commencer par Arthur Rimbaud lui-même, dont le souvenir a perduré plus d’un siècle après son décès. Grâce au murmure des corbeaux, entre autres.