CINÉMA

Adeline d'Hermy, hypersensible dans "Maryline"

-AFP/Archives

Tour à tour réservée, paumée, amoureuse, exubérante: dans le nouveau film de Guillaume Gallienne, "Maryline", en salles mercredi, la comédienne Adeline d'Hermy laisse affleurer avec délicatesse toute la palette des sentiments que son personnage, avare de mots, peine à exprimer.

Rien ne destinait la jeune femme à devenir actrice. Elevée à Noyelles-Godault, une bourgade du Pas-de-Calais "que personne ne connaît", un père cadre et peintre amateur et une mère directrice d'une garderie, elle s'est passionnée très tôt, dès l'âge de cinq ans, pour la danse. A 15 ans, elle intègre le conservatoire de Lille en danse contemporaine.

"Je voulais vraiment être danseuse", se souvient-elle. Brillante en interprétation, elle pèche en revanche par la technique et ses professeurs l'aiguillent vers le théâtre. "Je ne connaissais absolument rien au monde du théâtre, je n'y avais jamais été", avoue-t-elle.

Mais l'idée fait son chemin. Elle entend parler du cours Florent. "Ni une ni deux, j'ai tout abandonné" pour intégrer la célèbre école privée de formation d'acteurs à Paris, raconte Adeline d'Hermy.

Un professeur, Bruno Blairet, la pousse alors à se présenter au concours du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. La première tentative est la bonne, en dépit d'une sélection impitoyable. "Ma vie a beaucoup changé", explique la jeune femme, yeux clairs, chevelure blonde remontée en chignon, traits fins, silhouette gracile. "C'est une école vraiment prestigieuse", estime-t-elle.

Du coq à l'âne

Pendant ces années de formation, tout en travaillant comme serveuse, "j'essayais de rattraper le temps perdu, de lire beaucoup". "J'ai tout appris en arrivant à Paris, j'ai tout découvert, c'était génial, c'est toujours génial", s'exclame-t-elle.

Adeline d'Hermy n'a pas fini la formation de trois ans au Conservatoire qu'elle est déjà repérée et contactée par Muriel Mayette, alors directrice de la Comédie-Française. "ça a été une énorme surprise", reconnaît la comédienne.

Entrée fin 2010 dans la vénérable institution, elle est vite devenue sociétaire. Elle savoure le travail au sein de la troupe -"on est très proche, c'est très fort"-, la stabilité -"on sait ce qu'on va jouer l'année qui suit", la richesse de la programmation -"on rencontre des metteurs en scène de tous horizons", la transmission des savoirs entre comédiens.

Après des petits rôles dans des films comme "Camille redouble" de Noémie Lvovsky ou "Yves Saint Laurent" de Jalil Lespert, elle crève l'écran dans le deuxième long-métrage de Guillaume Gallienne, lui aussi de la Comédie-Française.

"Guillaume c'est comme un parrain" qui lui a fait un "énorme cadeau" en lui confiant le rôle principal dans "Maryline", confie Adeline d'Hermy.?

Elle interprète une jeune femme qui part de son petit village pour devenir comédienne à Paris, sans être bien armée pour se défendre dans ce monde nouveau, pas toujours tendre.

"J'ai écrit ce scénario en pensant à Adeline dès le début parce que Adeline est modeste, humble. Cela ne se crée pas, on ne peut pas le composer", explique Guillaume Gallienne.

De ses années de danse, elle a gardé une grande expressivité et une aisance corporelle qui lui permettent de transmettre ce que l'héroïne ressent, avec peu de mots. "Elle est très impressionnante" dans son rôle de taiseuse, poursuit le réalisateur.

Le patron de la Comédie-Française, l'acteur Eric Ruf, qui lui donne la réplique dans "Maryline", tout comme Vanessa Paradis, voit en elle "une des grandes promesses du théâtre", dans les fiches de présentation du film.

Au théâtre, elle alterne les rôles entre "Les Fourberies de Scapin" de Molière, "Les Damnés" d'après Luchino Visconti et bientôt "Le Petit-Maître corrigé" de Marivaux et "Les Créanciers" d'August Strindberg.

"J'ai la chance de jouer des choses complètement différentes", se réjouit-elle. "J'adore passer du coq à l'âne."

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