BELGODYSSÉE | SÉBASTIEN BAILLET (CANDIDAT 4/8)

La publicité ne s’affiche plus, elle se piétine

Lancée par deux jeunes entrepreneurs de la région de Charleroi, Eco’Street Communication porte un autre regard sur l’affichage publicitaire.

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des jeunes entrepreneurs. Cette semaine: Sébastien Baillet.

 

«Regardez où vous marchez.» Cette phrase s’applique aux piétons tentant (notamment) d’éviter les cadeaux canins intempestifs. Elle est aussi devenue le leitmotiv de la jeune start-up carolo Eco’Street Communication. Depuis un an et demi, les deux jeunes entrepreneurs que sont François Wartel, 28 ans, et Géry Bochenski, 30 ans, sillonnent les rues belges afin de proposer une autre forme de publicité. Rencontre avec François Wartel.

 

«On ne s’adresse qu’aux piétons»

 

La publicité ne s’affiche plus, elle se piétine Eco’Street Communication travaille à travers toute la Belgique, comme ici à Bruxelles.-Sébastien Baillet Une ville propre, c’est tellement plus agréable à vivre, mais moins pour gagner sa vie. En effet, le service que propose la jeune start-up nécessite des trottoirs sales. Du moins, c’est le cas pour la technique dite du Clean Ad. Concrètement, à l’aide d’un nettoyeur haute-pression et d’une sorte de pochoir, les deux hommes vont venir «imprimer» le message publicitaire sur un trottoir ou tout autre pan de l’agglomération emprunté par les piétons.

Le contraste entre la saleté et la propreté devient une affiche temporaire à même le sol. En moyenne, la publicité met une quinzaine de jours avant de s’effacer en se salissant de nouveau. «Plus les gens la piétinent, plus elle va s’effacer rapidement», ajoute François. Cette technique ne demande aucune autorisation au préalable auprès des communes (lire ci-dessous).

 

Une peinture à base de craie

 

La publicité ne s’affiche plus, elle se piétine Il est important de poser le marquage à des endroits très fréquentés par les piétons.-Sébastien Baillet Pour ce qui est du Clay Tag, la technique repose aussi sur un système de pochoir, mais on utilise une peinture à base de craie. Puisqu’il s’agit d’un affichage plus conventionnel, une autorisation communale est requise. Lorsque la période octroyée est terminée, les deux hommes viennent nettoyer la surface.

Ces deux systèmes nécessitent une préparation assez minutieuse, comme l’explique François Wartel: «Avec l’aide de différentes ASBL, nous nous sommes créé une base de données des centres-villes wallons et néerlandophones. Nous avons ainsi établi un Top 10 des rues les plus fréquentées par centre-ville et nous avons également répertorié tous les arrêts de bus, les gares et bouches de métro du pays.»

 

Un géologue des temps modernes

 

Au volant de sa camionnette, François Wartel a déjà sillonné une bonne partie du pays, malgré l’existence assez courte de sa start-up. Si les exigences des clients peuvent être bien différentes en fonction de la campagne publicitaire à couvrir, une chose reste systématique: l’observation du sol. «Je suis un peu devenu un géologue des temps modernes, car je dois connaître les revêtements sur lesquels je veux travailler. Par exemple, les pierres bleues ou les vieux pavés ne sont pas bons.»

Aujourd’hui, ce système d’expression est assez novateur en Belgique et encore assez peu exploité par d’autres sociétés. Le but premier est de proposer quelque chose de différent aux gens rompus aux codes publicitaires traditionnels. Cependant, grâce à sa start-up Eco’Street Communication, François veut également apporter sa pierre à l’édifice écologique. «Ce n’est peut-être pas LA réponse, mais il s’agit en tout cas d’une bonne réponse écologique au gaspillage de papiers, d’encre, etc.»

Plus d’explications sur la technique grâce à cette photo interactive, avec notamment une vidéo qui résume bien la facilité du système.

 

 

Une activité basée (en partie) sur un vide juridique

 

Le Belge est connu pour son art du compromis ou tout du moins pour sa capacité à contourner certaines lois. Dans ce domaine, François Wartel et Géry Bochenski ont parfaitement su exploiter une faille existante dans leur secteur d’activité. « La loi stipule qu’il est interdit d’apposer des publicités sur le domaine public. Or, avec notre système Clean Ad, nous ne faisons que retirer de la crasse sans rien apposer. C’est le contraste entre la saleté et le propre qui va provoquer l’apparition de la publicité. Et il n’est pas interdit de nettoyer le domaine public», sourit François Wartel.

Dans le futur, la jeune start-up aimerait trouver un accord avec les Communes pour être encadrée par ces dernières. Si ce système d’affichage n’est pas illégal à l’heure actuelle, le vide juridique sera peut-être un jour comblé. De ce fait, les deux jeunes entrepreneurs aimeraient anticiper un tel cas de figure. «Grâce à ce vide juridique, nous ne demandons jamais d’autorisation, sauf si le client l’exige. Cependant, notre but n’est pas de se fâcher avec les Communes même si nous sommes dans notre droit. Si l’une d’entre elles n’accepte pas ce que nous faisons, nous n’allons pas insister, mais plutôt essayer de trouver un terrain d’entente.»

 

 

PORTRAIT

Sébastien Baillet, Nivelles

La publicité ne s’affiche plus, elle se piétine -© Frank Toussaint Né le 4 août 1986, je me suis mis sur mon 31 pour cette année. Mon pied-à-terre estudiantin se situe au centre de Bruxelles, à l’Ihecs, en Master 2. Originaire de Nivelles, j’ai baigné dans les folklores locaux. Ceux-ci m’ont amené à rencontrer beaucoup de monde et à prendre goût aux contacts avec les gens.

Passionné par la langue de Molière ainsi que par le sport depuis mon plus jeune âge, c’est tout naturellement que je me suis dirigé vers le journalisme. Je suis également un grand amateur de jeux de mots en toutes circonstances.

 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c’est chaque samedi sur VivaCité, dans l’émission «Grandeur nature» d’Adrien Joveneau, de 16 h à 18 h.