IRCHONWELZ

Un investissement légendaire

Dix millions d’euros pour une extension de 3 000 m2. La Brasserie des Légendes peut désormais quadrupler sa production.

C’est dans un projet titanesque s’est lancée la Brasserie des Légendes. Quadrupler sa production grâce à un nouveau site de 3 000 m2 de bâti bien intégré dans le village. Un défi relevé de main de maître par Pierre Delcoigne, son épouse Vinciane Wergifosse et toute leur équipe. Ils inauguraient hier officiellement ces nouvelles installations en présence de tous les partenaires, pour la plupart locaux, qui ont rendu ce rêve possible.

Évoluer ou s’enliser

La genèse de ce projet un peu fou prend ses racines en 2013. «On se rend alors compte qu’avec une croissance annuelle de l’ordre de 15 à 20%, nous sommes pratiquement arrivés à la capacité maximale dans nos deux brasseries», se souvient Pierre Delcoigne. «Ce n’est pas agréable pour le personnel d’être constamment mis sous pression. À ce moment-là, nous avions une entreprise et une équipe encore jeune. C’était un bon moment. Nous avons donc décidé d’investir de façon conséquente pour ne pas devoir à chaque fois redemander des permis et tout recommencer. On a tout analysé et le budget flirtait avec les 10 millions d’euros (bâtiment et matériel compris). Évidemment c’était un challenge!»

Les discussions ont duré plus d’un an. «2014, c’était l’année des réunions. L’objectif de la brasserie, c’était de rester dans le centre du village. On ne voulait pas délocaliser notre production dans un zoning industriel. Et donc, on a discuté longtemps avec la Ville d’Ath pour voir ce que l’on pouvait faire. Et il se fait que l’on a plusieurs terrains ici autour de notre brasserie. Nous avons fait l’acquisition, en 2014, de deux hectares de bois qui se trouvent juste derrière la rivière. Et on se dit alors: pourquoi ne pas faire notre projet là.»

Une zone difficile

Un défi de taille quand on sait que le terrain se trouve en zone forestière, mais aussi en zone inondable et en zone patrimoine (classée). Il aurait donc fallu près de deux ans pour obtenir le permis.

«3 000 m2, cela ne passe pas inaperçu. Nous avons donc beaucoup travaillé sur l’intégration du bâtiment dans le village. C’est pour cela que l’on a imaginé tout un bardage en bois pour l’intégrer au niveau de la zone forestière. Par ailleurs, en compensation de la végétation perdue pour la construction, 800 arbres ont été plantés dans la vallée d’Irchonwelz.»

C’est en 2015 que commence la construction proprement dite de cette extension. «C’était une prouesse technique parce qu’évidemment on était dans un marécage. Il a fallu stabiliser le sol en installant 500 pieux à 15 mètres de profondeur pour soutenir le bâtiment; qui est construit sur “pilotis”. Cela nous permet de garder une surface inondable sous le bâtiment pouvant accueillir entre 4 500 et 6 000 m3 d’eau.»

Du matériel à la pointe

À peu près 13 mois plus tard, le gros œuvre est terminé. «On met alors en place un projet novateur: la récupération d’énergie des fermenteurs; qui couvre 80% des besoins énergétiques pour les chambres chaudes et les bureaux administratifs. On installe également 12 cuves en inox pour augmenter nos capacités en fermentation et une chaîne de mise en bouteille. Cette dernière à elle seule représente un investissement de 3,5 millions d’euros qui nous a permis de passer de 2 500 à 12 000 bouteilles à l’heure.»

Se remettre à flot

En novembre 2016, la chaîne fonctionnait. La Brasserie des Légendes allait alors pouvoir petit à petit rattraper le retard de production pris au fil des mois depuis 2013. Aujourd’hui, les bureaux ont été finalisés et chacun prend ses marques au sein de ce nouvel innovant. De quoi pouvoir poser un regard confiant sur l’avenir. «En 17 ans, on peut dire que l’entreprise a fort évolué. L’équipe aussi. Nous avons commencé à deux. En 2004, on engage une première personne et maintenant on se retrouve à 20. D’une bière, nous sommes passés à 12 références et nous devrions atteindre cette année les 5 millions de bouteilles.»

Une belle réussite qui n’empêche pas Pierre Delcoigne de voir encore plus loin. «Au printemps prochain, on devrait aménager une nouvelle salle de brassage car la nôtre date de 1990 et, c’est un peu comme une vieille voiture, si on la pousse de trop, on risque d’avoir des problèmes.»

En bref

Un peu d’histoire

Le Castel est une ancienne forteresse militaire de 1161 jusqu’à la révolution française. Au XXe siècle, cela devient une ferme. Les lieux sont classés « patrimoine protégé » par la Communauté française en 1971. Les 8 hectares autour du site seront également classés en 1974 afin d’assurer la protection visuelle des alentours.

En 1987, le bâtiment est laissé à l’abandon pendant 10 ans. C’est fin 1997 que Pierre Delcoigne et son épouse le rachètent pour leur projet de brasserie artisanale. Une restauration de taille est nécessaire. Il faudra deux ans pour que sorte, en août 2000, la première bière de la brasserie qui s’appelle alors Brasserie des Géants : la Gouyasse.

En décembre 2006, la Brasserie des Géants reprend la Brasserie Ellezelloise. Il s’agit d’unir leurs forces pour développer leurs produits sur le marché belge et à l’exportation. La Brasserie des Légendes (à l’image des deux riches folklores d’Ath et Ellezelles) était née.

Bières produites

Sur Ath : Gouyasse, Goliath (blonde, triple, Winter), Ducassis (bio et sans gluten, au jus de cassis), Saison Voisin.

Sur Ellezelles : Quintine (blonde, ambrée, bio et nouveauté pour cet hiver Quintine de Noël), Hercule.

Une curiosité : le biéroduc

La fermentation se faisant dans le nouveau bâtiment, il était nécessaire de pouvoir y amener le moult refroidi sans pour autant avoir un va-et-vient de camion. C’est l’idée d’un biéroduc passant en dessous de la Dendre (à 8 mètres de profondeur) qui a été choisie. Il s’agit de 9 tuyaux d’une seule pièce de 200 mètres de long et de 5 cm de diamètre permettant de faire passer le moult, donc, mais aussi l’eau et divers impétrants.

Toute la mise en bouteille se faisant sur le nouveau site, la Brasserie a fait l’acquisition d’un camion-citerne de 27 000 litres afin de ramener toutes les trois semaines la