NIMY

Mons: quand le petit patrimoine wallon touche le fond

Depuis hier le long du canal du Centre, on peut observer un bateau en drôle de posture. Les Deux Sœurs, bateau historique garé depuis des années à Nimy, semblait en train de couler.

C’est une vieille péniche rouillée que les promeneurs habitués du Grand large et du Canal du Centre ne remarquent même plus. Son nom: Les Deux Soeurs, amarrée à Nimy (Mons) le long du canal, à deux pas de la place du village. Mais depuis hier, sa posture a de quoi interpeller: sa proue est pointée vers le ciel tandis que l'arrière du bateau, inondé, touche le fond. 

Le navire est-il en train de couler? Non: "il ne flotte en réalité déjà plus. C'est sans doute un support qui est parti", nous explique Marc Michaux, directeur des voies hydrauliques de Mons, à qui nous apprenons la nouvelle. Ce bateau, inapte à la navigation, est mis en cale et repose sur des supports de 7 à 8 tonnes, depuis une bonne dizaine d'années. 

Le SPW en hérita quand la Compagnie du Canal du Centre, ancien partenaire touristique, a connu des difficultés financières. Il fut stocké à Nimy et ne bougea plus depuis. En attendant d'avoir les moyens de s'occuper de ce bateau historique.

Un bateau historique

Car Les Deux Soeurs, ce n'est pas un quelconque rafiot abandonné. Il s'agit d'un des derniers "sabots", ou "baquets de Charleroi". Ce sont des péniches qui avaient été construites spécialement pour la navigation sur le premier canal Charleroi-Bruxelles, de petit gabarit. Elles furent conçues par un certain Jean-Baptiste Vifquain, s'inspirant des "narrowboats" du réseau des canaux d'exploitation des houillères anglaises.

Les Deux Soeurs a été construit en 1912 à Willebroek. Il mesure 19,50 m de long sur 2,66 m de large, d'une capacité de 300 tonnes et transportait de tout, allant du charbon aux céréales. 

Dans les années 1900, environ 1500 baquets navigaient en Belgique. Il n'en reste plus que cinq exemplaires: deux à Bruxelles, un en Flandre, exposé au MAS à Anvers, et deux en Wallonie: Les Deux Soeurs et un autre sabot placé à l'écluse de Thieu, en aval de l'ancien ascenseur hydraulique, à côté de la maison éclusière de Thieu.

Pas une priorité

Que va-t-il advenir du Deux Soeurs? Pas question de le retaper pour la navigation: la cale sèche n'est plus en état, nous indique Marc Michaux. "Ce que nous pouvons faire, c'est le sortir complètement de l'eau, le dérouiller et l'exposer tel quel. Je verrai bien ce bateau près du Grand Large et d'une ancienne écluse, qui n'est plus utilisée également".

Mais ce ne sera pas pour tout de suite: la restauration d'un des derniers sabots wallons n'est pas du tout à l'ordre du jour du côté des Voies hydrauliques. "Nous avons d'autres dossiers bien plus urgents pour le moment. Ce n'est même pas un manque de budget, mais plutôt un manque de moyens humains."

Les Deux Soeurs est condamné à rouiller quelques années encore. Symptomatique finalement du sort réservé au petit patrimoine en Wallonie, qu'on ne détruit pas, parce que c'est du patrimoine, mais qu'on laisse pourrir, parce qu'il est petit et que l'on manque toujours de moyens ou de volonté pour s'en occuper...