PSYCHO

ANALYSE | Comment la peur des clowns fait le succès du film «Ça»

Parmi les principales affiches de cette rentrée cinématographique, le film «Ça» doit son succès, en partie, à la peur primale qu’elle suscite auprès du public: la phobie des clowns. Explications.

L’adaptation sur grand écran d’un roman d’épouvante de Stephen King, «Ça», avec le maléfique personnage de Pennywise, fait un carton inattendu. Après les États-Unis où le film écrase la concurrence et accumule les records - 123 millions de dollars en un week-end dans les cinémas nord-américains, une énorme performance pour une sortie en automne et pour un film d’horreur interdit aux moins de 17 ans - c’est au tour de l’Europe de se masser dans les salles obscures pour se faire peur. Un succès qui s’explique par son côté «revival» (à l’image de la série «Stranger Things») mais aussi par la peur assez commune des clowns qu’elle exploite.

En effet, à l’instar de très nombreux films ou séries télé qui ont déjà exploré la coulrophobie (la peur inexpliquée des clowns, NDLR), «Ça» joue efficacement sur la terreur primale qui nous habite tous.

«Comme on a encore pu le voir récemment avec des caméras cachées à succès, c’est une phobie qui touche beaucoup de monde, analyse David Vandenbosch, thérapeute au sein du «Domaine» à Braine-L’Alleud. En fait, ce qui angoisse surtout les gens, c’est le maquillage blanc que les clowns mettent sur leur visage car il fige leurs traits et nous empêche de lire leurs émotions. Et pour l’être humain, être incapable de déceler les sentiments est déstabilisant, voire angoissant ou effrayant dans certains cas.»

Née à l’époque des bouffons de la Cour royale d’Angleterre, au 16e siècle, la coulrophobie, qui est justement passé dans la culture de masse grâce à la série télé des années 90 adaptée... du roman «Ça», peut toutefois également naître de «mauvaises expériences personnelles». «Mais dans ces cas-là, le traitement thérapeutique est différent», assure David Vandenbosch.

Toujours est-il que dans la majorité des cas, «s’exposer à ses angoisses est un bon moyen de mieux gérer ses peurs», assure le thérapeute. De quoi expliquer également l’intérêt du public pour «Ça», «un film qui permet au public de se faire peur tout en restant dans le contrôle, ce qui est très important lorsqu’on se confronte à ses phobies.»

 

L’Association mondiale des clowns s’alarme

L’Association mondiale des clowns, alarmée par la sortie de «Ça», s’est fendue d’un communiqué pour défendre les saltimbanques qui ne veulent que faire sourire les gens: «Tous ces personnages d’épouvante ne sont pas des clowns», et les personnes déguisées en horribles clowns «prennent quelque chose d’innocent pour le pervertir et faire peur».

Stephen King avait déjà appelé tout le monde à arrêter «l’hystérie». Il est encore intervenu dans la polémique en avril en reconnaissant sur Twitter qu’il avait contrarié la communauté des clowns avec son roman de 1986, mais sans s’en excuser: «Désolé, la plupart sont super, Mais...les enfants ont toujours eu peur des clowns. Ne tirez pas sur le messager».