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Qui était son grand-père, le «gouverneur oublié» de la province du Luxembourg?

 René Greindl a été gouverneur ad interim de la province du Luxembourg avant d’être déporté et assassiné à Buchenwald.
René Greindl a été gouverneur ad interim de la province du Luxembourg avant d’être déporté et assassiné à Buchenwald.-Famille Greindl

Accusé de collaboration, résistant, déporté et assassiné par des communistes belges et réhabilité après deux procès, René Greindl a un parcours complexe. Via les archives, Françoise Greindl cherche à savoir qui était vraiment son grand-père.

En collaboration avec les Archives de l’État, l’historien Koen Aerts propose un guide pour percer le tabou de la collaboration.

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Françoise Greindl fait partie de ces personnes qui cherchent à s’approcher de la vérité quant au rôle d’un parent lors de l’occupation allemande. Elle cherche à aller au-delà de «l’homme idéal qu’on n’a eu de cesse de me présenter dans ma famille. Je veux savoir qui il était vraiment.»

Cet homme, c’est René Greindl. Le seul gouverneur de la province du Luxembourg qui n’a pas son nom inscrit sur la plaque commémorative du palais provincial à Arlon. Officiellement parce qu’il n’a pas prêté serment dans les mains du roi mais a été placé comme gouverneur intérimaire sous l'occupation. Mais officieusement parce que la personnalité de René Greindl fait débat.

Le parcours de l’homme est complexe: alors qu’il accepte le poste de gouverneur que lui propose l’occupant en 1940, il est remplacé par un rexiste en 1943 et rejoint le maquis. Arrêté par la gestapo, il est déporté à Buchenwald où il est assassiné par des communistes belges peu après la libération. Accusé par certains de collaboration, il sera réhabilité au terme de deux procès.

«Mon père est parti à l’étranger très tôt et je n’ai jamais eu l’occasion de parler avec lui de mon grand-père, dit Françoise Greindl. En effectuant des recherches dans les archives, je tente donc de connaître la réalité de la position qu’a tenue mon grand-père, afin de me défaire de l’image d’homme idéal qu’on m’a proposée. Je veux savoir qui était réellement mon grand-père.»

Durant l’occupation, René Greindl a renseigné aux Allemands dans quelles fermes s’approvisionner, sait sa petite-fille. «On le lui a reproché mais c’est aussi parce qu’il savait que dans la ferme de tel village on cachait des juifs, alors il préférait renseigner d’autres fermes. Lui-même a caché un Juif.»

«Ce n’est jamais ni noir ni blanc, c’est plus complexe… Au fil de mes recherches, je pense que mon grand-père était quelqu’un d’honorable et de courageux, même s’il a été proche de rexistes à un moment. Mais les idées peuvent évoluer. On dit aussi qu’il a accepté le poste de gouverneur pour éviter que la province ne soit complètement sous la botte des occupants. C’est tout cela que je veux comprendre, je cherche à connaître la réalité de l’homme qu’il était vraiment.»

Au-delà, la petite-fille du gouverneur oublié (titre d’une pièce de théâtre inspirée de la vie de René Greindlet écrite par l’ancien gouverneur luxembourgeois Bernard Caprasse) s’intéresse à l’attitude de rejet qu’a eue une partie de la population belge vis-à-vis des Juifs. «C’est important de comprendre ce qu’il s’est passé parce que, d’une certaine manière, on vit aujourd’hui à nouveau ce rejet vis-à-vis des migrants.»

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