SCHAERBEEK

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube

Le renard, le faucon, le chevreuil, le sanglier: des personnages de fables? Pas pour Thomas Jean. Le Bruxellois lance «La Minute Sauvage», une capsule animalière filmée chez nous. À la Ville ou à la campagne, dans les parcs et les forêts, le youtubeur de Schaerbeek vous fera voir la faune belge les yeux exorbités.

«Regardez! Là-haut! Au-dessus des arbres: un épervier d’Europe. Il poursuit les passereaux dans les sous-bois, comme un avion de chasse».

Nous ne sommes pas dans le massif ardennais, mais au parc Josaphat, à Schaerbeek. Les seules rivières qu’on entend sont celles des voitures à flux tendu, sur le très dense boulevard de Lambermont. À une portée de flèche des bosquets, Thomas Jean pointe l’oiseau du doigt. Le rapace cherche son goûter. Nous, on aurait été infoutu de le distinguer d’un pigeon.

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube «Pas besoin de se déguiser en ranger pour photographier des chevreuils».-EdA - Julien RENSONNET Le jeune homme n’a pas la dégaine d’un baroudeur des forêts équatoriales. Chemise tendance, moustache à l’avenant, baskets équitables plutôt que bottes Aigle, le Schaerbeekois a davantage le look du milieu culturel dans lequel il gagne sa vie que celui du Bourlingueur qui nous écœure chaque été sur la RTBF en bouffant des scorpions.

«Tout est filmé depuis les chemins»

Pourtant, le grand Bruxellois se lance dès le premier septembre dans l’exploration animalière. Avec «La Minute Sauvage», il publiera toutes les trois semaines 2 à 5 minutes d’images tournées chez nous. Sa saison 1 comptera 15 épisodes. Chevreuils, écureuils, batraciens, sangliers, renards, faucons et même mouflons et castors ont tous eu le bon goût de passer devant son objectif, alors que Thomas s’était levé aux aurores pour avoir l’honneur de les croiser.

«Tout est filmé depuis les chemins, pas loin des sentiers battus par les Hollandais», insiste le documentariste amateur. «C’est le concept de “La Minute Sauvage”: faire comprendre au public que les animaux peuvent s’observer depuis les chemins forestiers. Pas besoin d’un safari au Kenya ni d’une tenue de ranger ou d’une attente interminable dans un affût: il faut un peu de bol mais en se renseignant sur leur comportement, leur milieu de vie, leur régime alimentaire, tout le monde peut observer des espèces sauvages».

Avant le lancement de «La Minute Sauvage», Thomas nous guide en primeur pour quelques pas dans les traces des animaux.

 

+ AILLEURS | Abonnez-vous à la chaîne YouTube de « La Minute Sauvage ». Premier épisode prévu le 1er septembre 2017, centré sur les chevreuils de la Forêt de Soignes

 

Bruxelles

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube Un faucon pèlerin à Uccle. -Thomas JEAN - La Minute Sauvage

«J’ai choisi de filmer Bruxelles pour des raisons sentimentales, mais aussi pratiques. J’adore me promener dans les fagnes, mais c’est plus facile d’aller au parc ou en Soignes.

«Et puis, Bruxelles est particulière. Bien sûr il n’y a pas de cerfs, mais une de mes plus belles rencontres a eu lieu à deux pas de chez moi. C’était en pleine journée, ici à Schaerbeek. J’ai vu du sable sur les rails. Je me suis dit: “un terrier!” Puis j’ai vu une tache bouger sur le sable: c’était un renardeau. Un tout petit truc! à côté de chez moi, en pleine ville! Tout le monde peut voir les renards mais personne ne les voit. C’est le plus gros mammifère sauvage de Bruxelles évidemment. Le miracle, c’est qu’il utilise le chemin de fer comme corridor écologique: il a colonisé toute la ville».

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube «Je voudrais sublimer le pigeon, qui dégoûte tant». -EdA - Julien RENSONNET «Bruxelles héberge aussi des fouines, d’autres mustélidés. On les voit tard, la nuit, quand on revient de soirée. Et puis il y a les oiseaux qui nichent dans les maisons communales, les clochers, les combles: les faucons pèlerins. Ils sont très rares, une dizaine de couples à Bruxelles, mais très médiatisés, dans des endroits emblématiques. Les éperviers sont plus fréquents, dans les parcs».

«Enfin, la ville me permet d’explorer des thématiques. Je peux aborder le problème des espèces exotiques invasives comme toutes ces tortues de Floride qu’on retrouve dans les étangs et bouffent tous les jeunes batraciens, les écureuils ou les perruches. Il y a le problème des rats, aussi. Et puis, je voudrais tenter de sublimer le pigeon, tellement ordinaire qu’il en dégoûte les gens. Tout ça, ça pourrait faire une saison 2».

La forêt de Soignes

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube Un chevreuil en Soignes. -Thomas JEAN - La Minute Sauvage

«Je vais très souvent en Forêt de Soignes. C’est plus facile que d’aller dans la Pampa. J’y ai une grande tendresse pour le chevreuil. C’est un des premiers grands mammifères que j’ai pu voir en vrai et celui que je préfère. Ce que je trouve magique avec lui, c’est qu’il est bien plus grand qu’un chien mais que la plupart des gens ne le voient pas. On le confond aussi très souvent avec la biche, qui est plus grande, de la taille d’un cheval ou presque».

«Dans la Forêt de Soignes, les animaux sont habitués à l’homme. Elle est ceinturée d’autoroutes, les joggeurs et promeneurs s’y baladent... Donc là-bas, on peut voir les chevreuils à toute heure. Même à midi, qui est vraiment le pire timing. D’autres gros mammifères reviennent, comme le sanglier ou le blaireau. Mais là, je peux courir pour les croiser: ils sont nettement plus frileux. Il faudrait placer des pièges photo, ce que je ne fais pas. Le blaireau, je ne l’ai vu qu’une seule fois, la nuit».

Ailleurs: mouflons, castors, sangliers

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube Des mouflons à Herbeumont, en province de Luxembourg.-Thomas JEAN - La Minute Sauvage

«La Belgique est vraiment propice pour voir des animaux. J’adore bien sûr promener en fagnes. Mais ailleurs aussi, dans les grandes forêts d’Ardenne, on peut observer des espèces incroyables. J’ai surpris des mouflons dans la forêt d’Herbeumont. Une fois, j’ai vu 15 biches d’un coup! C’était magnifique».

«Autre rencontre qui m’a marqué: le castor. On croirait qu’il faut aller dans le grand nord canadien, mais il est là en Wallonie. J’avais entendu qu’il était de retour. C’est une gamine de 12 ans qui m’a mis sur la piste en Brabant wallon. Je me pointe un jour à 5h du matin avec mon matos. J’avance dans le noir, sans lampe de poche pour ne rien effrayer. J’étais persuadé que je ne verrais rien. Mais là, j’entends grignoter: je le vois accroché à l’arbre avec ses deux bras: on aurait dit un Gremlins ou un leprechaun. J’ai pu l’observer un quart d’heure! J’en ferai un épisode».

«Les villes belges sont aussi devenues un territoire particulier car la nature se la réapproprie. On leur a bouffé du territoire, on l’a morcelé, alors les espèces s’adaptent. C’est pour ça que les riverains du Namurois sont assaillis par les sangliers qui viennent défoncer les jardins».

 

Vous aussi, vous voulez photographier?

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube Thomas Jean recommande surtout une bonne paire de jumelles. Quant à l’objectif 300mm idéal, lui-même a attendu 35 ans pour se l’offrir. -Frédérique De Norman

Pas besoin d’investir des milliers d’euros pour s’improviser photographe animalier. D’après Thomas Jean, «une bonne paire de jumelles à 100€ suffit déjà pour observer». Si vous voulez revenir avec un souvenir en jpeg, alors «munissez-vous d’une focale aux alentours de 300mm. Là, ça se chiffre autour de 1000€».

Surtout, la gonflette technologique ne sert à rien sans «l’approche éthique et la connaissance minimale sur les espèces, leurs mœurs, leurs territoires». Pour parfaire vos basiques, «La Minute Sauvage» vous aidera puisque son tenancier compte y instiller ressenti et subjectivité. Plutôt qu’une voix off sentencieuse «et un peu ringarde, qui flirte avec la poésie» des docus de papas, le Bruxellois compte vous embarquer au-dessus de son épaule. «Ça sera immersif et informatif». La BO devrait bouder les airs new age libres de droits: ouf!

Quoi d’autre? «Le courage de se lever tôt. Et un peu de bol: on revient souvent bredouille, même quand on se gèle dans les bois à 5h du matin».

Bientôt des lynx et des loups filmés ailleurs?

«La Minute Sauvage»: la faune belge sort du bois sur YouTube Le parc Josaphat est l’un des terrains de jeu préféré du youtubeur animalier Thomas Jean: il y est dans son jardin et y croise des renards tard le soir, en revenant de soirée. -EdA - Julien RENSONNET

Thomas Jean observe les animaux depuis toujours. Chez ses grands-parents, qui possèdent une maison dans les Gorges du Verdon, il lui suffit «d’ouvrir les rideaux pour voir des sangliers ou des chevreuils». Si son concept marche, le réalisateur de 35 ans consacrera peut-être quelques épisodes de «La Minute Sauvage» à sa retraite d’enfance.

France, Suisse, Allemagne?

Mais pour l’instant, il se concentre sur la Belgique. Photographe animalier depuis 10 ans, il s’est mis à filmer notre faune il y a 3 ans. C’est sa fiancée, l’artiste carolo Madame La Belge, qui le pousse à goupiller une petite capsule test. Séduite, elle soutient son mec dans l’ambition de décliner ses prises de vues en série.

«Il y a une tendance au docu animalier amateur qui émerge sur YouTube. Mais en Belgique, ça ne fait que balbutier: je connais deux autres youtubeurs», modère le Schaerbeekois. «En France, ça décolle bien, en Suisse aussi. Je me renseigne pour la Hollande et l’Allemagne. J’aimerais échanger mes connaissances avec des alter ego étrangers: j’adorerais troquer les castors belges contre les loups allemands ou les lynx français. Mais pour filmer à l’étranger, il faudrait des moyens».

«Jardin extraordinaire»

Le néo-réalisateur se concentre donc d’abord sur son territoire. «Il faut d’abord que ça prenne pour attirer vues et sponsoring éventuel. De là à en vivre, il y a du chemin. Je réfléchis au financement ceci dit. Et au format, pour intéresser une chaîne de télé. Qui sait? Ça pourrait me permettre de déboucher sur d’autres projets. Coucou, Tanguy Dumortier!»

Si les chasseurs de têtes sont sur sa piste, Thomas Jean ne sera donc pas difficile à débusquer, «tant qu’il peut rester à photographier des animaux».