BRUXELLES

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques

19 créateurs floraux se partagent ors, marbres et boiseries de l’Hôtel de Ville de Bruxelles pour le 3e Flowertime. En 2017, l’événement floral se décline aussi en nocturne gastronomique. Et certaines mains vertes y viennent même... d’Indonésie, pour se frotter à l’expertise belge.

«Les fleuristes belges sont connus dans le monde entier. On voit leurs créations dans les magazines, dans les compétitions internationales, et avec le Tapis de Fleurs à Bruxelles. En tant que fleuristes, on voulait vraiment apprendre auprès d’eux».

Alors Wendy Mandik et ses collègues Riana, Rita et Lili ont débarqué de... Jakarta pour donner un coup de main aux 19 créateurs qui fleurissent l’Hôtel de Ville de Bruxelles jusqu’au 15 août. L’événement Flowertime, qui alterne avec le fameux tapis, y revient pour la 3e fois sur le thème de l’agriculture urbaine. Vous y verrez donc des haricots, des vignes, des poivrons ou des melons dans les mêmes bacs que les orchidées, glaïeuls, amaryllis et roses. Mais pas de feuilles de coco, même si Wendy nous assure qu’elle en maîtrise les montages typiquement indonésiens.

 

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Wendy (au centre) et ses collègues indonésiennes Rita et Lili viennent de Jakarta. -EdA - Julien RENSONNET

De cages d’escalier en cabinets d’échevins, de la prestigieuse salle gothique aux bustes des bourgmestres précédents en passant par la salle du Conseil ou celle des Mariages, les fleuristes se répartissent 13 pièces de l’édifice. «50.000€ de fleurs sont exposées », relève Annette Katz, grande ordonnatrice de l’ASBL Tapis de Fleurs. «Sur la Grand-Place, des enfants planteront des tapis de fruits, légumes et fleurs. L’endroit sera animé durant tout l’événement».

Pour la première fois, Flowertime se décline aussi en nocturne gastronomique: la visite s’agrémente alors d’une dégustation due au Maître Claude Pohlig, spécialiste, on vous le donne en mille, de la cuisine des fleurs.

Geste appréciable: les légumes exposés qui n’auront pas trop souffert seront redistribués à une association œuvrant pour les sans-abri. De quoi fleurir aussi les cœurs.

 

En pratique

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Même Manneken Pis a enfilé son bonnet fleuri. -EdA - Julien RENSONNET + PHOTOS | Flowertime en 12 Instagram que vous ne pourrez pas prendre vous-mêmes

+ LIRE AUSSI | 5 choses à savoir sur Flowertime 2017

+ Flowertime, le 11 août de 13 à 19h et jusqu’au 15 août de 10 à 22h sur la Grand-Place et à l’Hôtel de Ville de Bruxelles. 7€, gratuit pour les enfants de moins de 10 ans. Tickets en ligne sur Flowertime.be ou à la caisse le jour même.

+ Cette année, l’événement se décline aussi en soirée lors des Flowernights, des nocturnes avec un menu de dégustation gastronomique concocté par le chef Claude Pohlig. Réservation 35€, uniquement via flowertime.be

 

«La nature reprend ses droits, comme dans une ruine»

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Samantha vient d’Aubange pour fignoler sa création de branchage «naturel». -EdA - Julien RENSONNET

Repérée lors du concours Euroskills par le défunt Stijn Simaeys, grande figure de la création florale belge, Samantha Authelet a mis deux semaines à assembler les arabesques de branchages qui enrobent les piliers de l’escalier monumental de l’Hôtel de Ville.

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Samantha s’inspire des forêts de sa région. -EdA - Julien RENSONNET Après une coupe dans les bois autour d’Arlon, la jeune fille a peaufiné son installation dans son garage d’Halanzy, à Aubange. «L’idée m’est venue subitement lors d’une insomnie», relate la fleuriste de 24 ans. «Sur cette rampe, qui m’a tout de suite inspirée, on a l’impression que la nature reprend ses droits, comme dans une ruine». Pas faux.

Pour ne pas multiplier les longs allers-retours entre l’Ardenne et la capitale, Samantha a pris une chambre à Bruxelles. Comme ça, elle gagne du temps pour peaufiner son œuvre sur les deux jours alloués. Et chaque heure compte. Sur son montage aux arabesques romantiques, loin d’une modernité géométrique qu’elle laisse à ses collègues, l’Arlonaise ajoute «des roses aqua assez communes, de l’amarante pour accentuer le côté “pleureur”, des guirlandes d’hypericum et des orchidées vanda, parce que c’est “ma” fleur ».

Flowertime sera une jolie carte de visite. Mais Samantha, épaulée d’amies et de son copain pour les finitions, insiste: « J’y fais des rencontres, j’échange sur l’art floral, c’est surtout ça qui compte ».

4000 pics à brochettes assemblés devant la télé

 

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Joëlle est une habituée des concours et expos florales. Elle a déjà décoré l’Hôtel de Ville d’Anvers. -EdA - Julien RENSONNET

Elle n’en est pas à son coup d’essai dans les expos florales, Joëlle Ghion. Cette souriante fleuriste de Limelette a commencé dans les concours à 22 ans. Depuis, elle s’exporte partout en Flandre, «ou les expos florales sont plus répandues».

Pour Flowertime, la patronne de «La Fleur de Celle...» confectionne un décor de structures verticales basé sur le bambou et piquetée de 4000... pics à brochettes! Tout ça, sous les yeux impassibles de l’ancien bourgmestre Freddy Thielemans, dont le buste ne perd rien de la création.

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Gaëlle et son employée travaillent sous le regard de Freddy Thielemans. -EdA - Julien RENSONNET «Mon employée et sa maman ont assemblé ces 10 guirlandes à coups de soirées devant la télé, à raison de deux jours par ensemble! » Gros travail, qui est parsemé de baies de roses, de fruits de viburnum au rouge intense «semblable à celui des groseilles» et d’orchidées «à la palette de fuchsia à mauve». De quoi épouser au mieux les fresques de ce hall baroque, dont le marbre scandé de tableaux relie le cabinet du nouveau bourgmestre Philippe Close et l’époustouflante salle gothique.

Si le rire de Joëlle résonne dans les couloirs de l’Hôtel de Ville, c’est surtout pour s’offrir une escapade créative. «Le rêve, c’est qu’un jour, le client me fasse 100% confiance. Mais généralement, il vient avec ses idées, même pour les plus gros mariages, et il faut s’y tenir. Alors qu’en expos, je peux créer comme je le sens». Et forcément, avec les fleurs, ça sent toujours bon.

«Des nuages, des barbes-à-papa»

 

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Jolien et Angelo s’entendent nettement mieux que majorité et opposition, qui animent d’habitude la salle du Conseil de l’Hôtel de Ville de Bruxelles. -EdA - Julien RENSONNET

Le tandem travaille là où la politique bruxelloise se décide. Heureusement, dans la salle du Conseil, la Woluwéenne Jolien Vanderstappen («Fleuriste Movaert», à Woluwe-Saint-Lambert) et le Namurois Angelo Giuffrida («Le Jardin des Antilles», à Wépion), s’entendent bien mieux que majorité et opposition.

Flowertime: glaïeuls, raisins et grosses légumes politiques Des glaïeuls choisis aussi pour leur durée de vie. -EdA - Julien RENSONNET Les jeunes designers étagent le stipa, graminée blanchâtre à la touffe entre nuage et barbe à papa, et les verticaux glaïeuls. Le montage veut atténuer la pesante atmosphère baroque des banquettes capitonnées et des ors omniprésents qui se dédoublent dans les miroirs. «C’est un challenge, mais surtout un honneur», explique la jeune femme, qui détaille comment certaines associations de couleurs étaient à bannir, «comme le jaune et le blanc».

Leur ensemble sera assorti de haricots rouges et de poivrons, pour s’insérer dans le thème de l’agriculture urbaine. «Mais aussi parce que leur rouge colle parfaitement au décor», glisse Angelo. L’homme confesse un certain stress de se voir confier cette salle importante. «On a toujours peur de ne pas avoir assez de fleurs ou de temps. Mais on gère: on est habitués à collaborer».

Et les voilà disparus derrière un mur de glaïeuls.