MONS

«Soutenez-nous!», l’appel d’une commerçante du centre-ville de Mons

Une commerçante pousse une gueulante sur internet et tout Mons s'emballe. Quand même ceux qui croyaient en des jours meilleurs jettent l'éponge, c'est un peu le coup de grâce estime Barbara Nowak, auteure du billet d'humeur multi-partagé.

Hier (jeudi), le téléphone de Barbara Nowak n’arrêtait pas de biper. Les notifications pleuvaient suite au coup de gueule que la commerçante située Rue des Fripiers a balancé sur Facebook, mercredi soir.

« Alors que j'essaye d'être optimiste, motivée, d'encourager mes voisins, de me donner à fond pour trouver des choses à faire pour redynamiser notre rue avec mes voisins... voilà un mercredi 2 août à 16h30 » écrit-t-elle. En illustration : un cliché de la rue, déserte.

Barbara, poursuit son message en balançant quelques piques teintées d’ironie, envers ceux qui ont toujours une excuse pour déserter leur centre ville.  : « La faute aux politiciens, investisseurs, à la météo, à John Snow, à Flipper le dauphin...Mais aussi à vous chers clients! (Parkiiiiing on sait, insécurité, insalubrité, miaulements des chats, ... et vous aussi qui avez fui au nom de la facilité). Quand la ville se réveillera un jour, vous reviendrez dans le centre mais nous, les plus anciens commerçants et les plus récents, ne seront plus là. »

Les édiles en prennent également pour leur grade : « Les politiques nous balancent de la magie "pour dans deux ans". La plupart ne tiendront pas 2 ans », assène-t-elle, en référence au récent plan de revitalisation du commerce de centre-ville, invitant l’échevin du commerce Nicolas Martin à passer « à la boutique si tu veux en parler ».

 

Quand les positivistes dépriment aussi...

 

Pourquoi ce coup de gueule ? « C’est suite à un confrère commerçant qui m’a annoncé qu’il allait peut-être déposer le bilan. Ça m’a choquée car c’est mon gros soutien. C’est le premier à dire que ça va aller mieux, qu’il faut se soutenir les uns les autres, que si on tient jusque Primark ça ira mieux…Mais on est de plus en plus dans le doute. »

Alors mercredi, "Babette" craque et crie son ras-le-bol. Le message tourne rapidement sur les réseaux sociaux et dans la foulée, "surprise" : « Je reçois un long sms de Nicolas Martin qui me propose une rencontre ». Histoire de partager des idées, car il y a toujours plus d’idées dans deux têtes que dans une comme on dit.

Mais des idées et des plans, elle n’en veut plus. Ce qu’elle veut, c’est du concret, tout de suite. « La première chose que je lui dirai, c’est "montrez-moi la preuve que Primark s’installera bien dans le piétonnier" ». Les annonces ? Y en a marre. New Yorker et Basic Fit annoncés depuis des mois ? Elle attend les enseignes de pied ferme. Les longues procédures, les investisseurs qui mettent du temps à concrétiser leurs promesses (comme City Mall), ce sont des justifications qu’elle ne veut plus entendre.

 

Comment aide-t-on ceux "qui ont la corde au cou"?

 

Car en attendant, les loyers, les charges et les précomptes immobiliers, c’est tout le temps qu’il faut les payer. Et ce n’est pas avec la recette de ce jeudi, où Barbara a vendu son premier article de la journée à 16h30, que ce sera possible. «Et encore, je ne suis pas dans une mauvaise situation par rapport à d’autres. Je connais des commerçants qui ont mis leur baraque en garantie» s’énerve-t-elle.

Avant d’enchaîner sur les fameuses maternités commerciales et le fonds d’impulsion du commerce destiné aux nouveaux commerces. «Et ceux qui ont la corde au cou aujourd’hui, comment les aide-t-on?» Même interrogation chez sa voisine, qui tient une boutique de prêt-à-porter.

Et qui vu la fréquentation au ras-des-pâquerettes hésite à renouveler son assortiment. « Les clientes me demandent quand je rentre de nouvelles collections, mais avant de rentrer de la marchandise, il faut vendre celle qu'on a déjà », rappelle-t-elle sagement. Les soldes n’ont pas l’air d’avoir cassé la baraque, la rue des Fripiers, relativement épargnée par les cellules vides, est considérée par les autorités montoises comme assez dynamique. Mais certains y tirent quand même la gueule.

Ce jeudi, à la sortie des bureaux, la rue est toujours aussi déserte. Les vacances? Sans doute en partie,  «mais quoi, tout Mons a pris le même avion le même jour?» s'interroge Barbara.

«Je ne veux pas qu’on nous plaigne, je ne veux pas partir en guerre contre quelqu’un, mais je demande qu’on nous apporte un minimum de soutien.» Appel est lancé aux Montois. Manque de parking ? Mauvaise excuse. «Je me suis garée à 8 minutes à pied aujourd’hui!» 

 

Le premier échevin réagit

 

Dans les colonnes de la Province, Nicolas Martin a réagi. S’il comprend « le désarroi » ressenti par certains commerçants, « il faut reconnaitre que la période d'été est habituellement calme sur le plan commercial, à Mons comme ailleurs »

L'échevin au commerce regrette par ailleurs la méthode du coup de gueule Facebook de Barbara, qui « aurait pu prendre contact directement avec son association de commerçants ou avec la Ville, ou encore directement avec moi », afin de dialoguer « dans un état d’esprit constructif ». Nicolas Martin rappelle que c’est du dialogue avec des professionnels que le plan d’investissement de 60 millions d’euros a été mis sur pied.

Concernant la réaffectation de l’ex-Media Markt, elle sera effective en octobre, assure-t-il. Quant à Primark, « il est en cours de construction. Je reste cependant stupéfait de voir certaines personnes assez crédules pour remettre en cause la réalité de cet investissement, mais les faits leur donneront de toute manière tort ».

Enfin, l’échevin refuse d’endosser toute la responsabilité du marasme commercial du centre-ville. «Le comportement des consommateurs a largement évolué, le repositionnement du centre-ville prend du temps et passera également par un repositionnement de certains commerçants, tant en ce qui concerne les heures d’ouverture, que l’accueil du client, ou encore l’utilisation des nouvelles technologies et même…la communication. (…) Le commerce reste une matière privée, un métier qui n’est pas celui d’une administration communale en dépit de toute l’aide et le soutien que l’on développe en la matière. Et à Mons comme ailleurs, aucun échevin n'a le pouvoir de forcer les chalands à entrer dans certains commerces. »

Le problème, c'est que les chalands sont toujours de moins en moins nombreux...