CINÉMA

George Romero est mort, vive les zombies: 10 œuvres à (re)découvrir

 Simon Pegg est «Shaun of the Dead», cet improbable survivant qui se réfugie dans son bar préféré.
Simon Pegg est «Shaun of the Dead», cet improbable survivant qui se réfugie dans son bar préféré.-Rogue Pictures

Le «père des zombies» laisse derrière lui un mythe. Un demi-siècle après le film de zombies «originel» en a inspiré plus d’un. Voici 10 œuvres qui donnent vie aux morts à leur façon.

1. «La nuit des morts-vivants», le pionnier — George A. Romero, 1968

Chaque année, Barbara et Johnny vont fleurir la tombe de leur père. La route est longue, les environs du cimetière déserts. Peu enclin à prier, Johnny se souvient du temps où il était enfant et où il s’amusait à effrayer sa sœur en répétant d’une voix grave: «Ils arrivent pour te chercher, Barbara.»

La nuit tombe. Soudain, un homme étrange apparaît. Il s’approche de Barbara puis attaque Johnny, qui tombe et est laissé pour mort. Terrorisée, Barbara s’enfuit et se réfugie dans une maison de campagne. Elle y trouve Ben, ainsi que d’autres fugitifs. La radio leur apprend alors la terrible nouvelle: des morts s’attaquent aux vivants.

C’est le film qui fait entrer George Romero dans l’histoire du cinéma. Un budget rachitique et des acteurs anonymes lui suffisent pour faire le homerun: son film rapporte plus de 30 millions de dollars et ouvre la voie à cinq prochains films dans la même veine. S’il n’a pas donné vie aux zombies, Romero a donné à leurs râles une connotation politique.

Vous êtes peut-être tombé sur ce film à une heure de basse écoute sur une chaîne secondaire. Vous avez sans doute davantage souri devant les marques des années que porte la pellicule que sursauté de terreur. Mais en y prêtant attention, vous remarquez les ficelles usées et réusées par les prochains films de zombies, y compris ceux dont il est question dans la suite de l’article.

2. «Zombie», la plénitude — George A. Romero, 1978

Des morts-vivants assoiffés de sang ont envahi la Terre et se nourrissent de ses habitants. Un groupe de survivants se réfugie dans un centre commercial abandonné. Alors que la vie s’organise à l’intérieur, la situation empire à l’extérieur…

George Romero transforme l’essai et réalise un véritable pamphlet contre la société de consommation, qui prend pour son grade alors que l’horreur se déplace du cimetière au centre commercial. Une situation reprise par maintes fictions de zombies, jusqu’à devenir un indémodable. Ce film aussi marque son âge, mais l’oeuvre de Romero serait incomplète sans ce long-métrage.

3. «Evil Dead», le gore — Sam Raimi, 1981

Cinq jeunes vacanciers s’installent dans une baraque au cœur d’une sinistre forêt. En descendant dans une cave lugubre, les deux garçons de la bande découvrent un vieux magnétophone qui, une fois remis en marche, émet une incantation magique. Laquelle réveille les forces du mal, déclenchant ainsi une horreur sans nom…

Sam Raimi était encore un inconnu du grand public à l’époque. Après ce monument, Evil Dead deviendra une trilogie, et un remake déterrera l’original en 2013.

Une surenchère de l’horreur arrosée abondamment de sang. Ce huis clos vous laissera hors d’haleine, avec le goût métalique de l’hémoglobine en bouche. Après ceci, Sam Raimi deviendra un grand ponte du cinéma horrifique. Un maître des effets spéciaux «artisanaux», qui renvoie à leurs études les indécrottables des effets numériques.

4. «L’armée des morts», l’héritier — Zack Snyder, 2004

Personne ne peut expliquer comment tout cela est arrivé, mais ce matin, le monde n’est plus qu’un immense cauchemar. La population de la planète se résume désormais à une horde de morts vivants assoiffés de sang et lancés à la poursuite des derniers êtres humains encore en vie. Après avoir miraculeusement réussi à s’échapper de son quartier, Ana Clark se barricade avec un petit groupe de survivants dans un centre commercial. André et sa femme enceinte, Michael et Kenneth, officiers de police, vont tout faire pour rester vivants. Alors que dehors, la situation est de pire en pire, à l’intérieur, il faut aussi faire face aux peurs et aux démons de chacun.

Rien d’original dans le synopsis ni dans la mise en scène. Et pour cause, Zack Snyder signe un remake de «Zombie». L’image et les effets spéciaux bénéficient d’un coup de jeune, sous la houlette du spectaculaire réalisateur. Très fidèle et donc sans surprise, cette nouvelle mouture n’a pas d’autre prétention que de réanimer les morts-vivants. Et comme il le fait sans fioriture, les fans apprécient.

5. «28 jours plus tard», le post-apocalyptique — Danny Boyle, 2003

Un commando de la Protection Animale fait irruption dans un laboratoire top secret pour délivrer des dizaines de chimpanzés soumis à de terribles expériences. Mais aussitôt libérés, les primates, contaminés par un mystérieux virus et animés d’une rage incontrôlable, bondissent sur leurs «sauveurs» et les massacrent.

28 jours plus tard, le mal s’est répandu à une vitesse fulgurante à travers le pays, la population a été évacuée en masse et Londres n’est plus qu’une ville fantôme. Les rares rescapés se terrent pour échapper aux «Contaminés» assoiffés de violence. C’est dans ce contexte que Jim, un coursier, sort d’un profond coma…

Un film qui marquera surtout par son premier chapitre, une contemplation de Londres dévastée par l’épidémie. L’horreur se lie au post-apocalyptique pour délivrer une aventure réaliste et haletante. Donnera lieu à la bien nommée suite «28 semaines plus tard». Moins marquante, cette itération continue de dérouler la bobine de la fin du monde, au travers de l’exil d’un survivant à la recherche de sa famille. Un temps envisagé, «28 mois plus tard» tombera à l’eau.

6. [Rec], la caméra embarquée — Paco Plaza et Jaume Balagueró, 2008

Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit.

Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D’horribles cris ont été entendus dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine… Elle n’imagine pas à quel point!

Une pépite horrifique venue d’Espagne, ce film redonne une dynamique au genre du «found footage», ces vidéos retrouvées sur la scène finale et visionnées comme les images d’une caméra embarquée. L’escalade de la peur va crescendo dans ce qui se présentait comme un banal fait divers. S’il y a un film de «found footage» à voir, c’est celui-ci.

7. «Shaun of the Dead», la parodie britannique — Edgar Wright, 2005

À presque 30 ans, Shaun ne fait pas grand-chose de sa vie. Entre l’appart qu’il partage avec ses potes et le temps qu’il passe avec eux au pub, Liz, sa petite amie, n’a pas beaucoup de place. Elle qui voudrait que Shaun s’engage, ne supporte plus de le voir traîner. Excédée par ses vaines promesses et son incapacité à se consacrer un peu à leur couple, Liz décide de rompre. Shaun est décidé à tout réparer, et tant pis si les zombies déferlent sur Londres, tant pis si la ville devient un véritable enfer. Retranché dans son pub préféré, le temps est venu pour lui de montrer enfin de quoi il est capable…

Bien sûr que l’on peut rire avec les zombies! Il suffisait de les conjuguer avec le surréalisme britannique, en compagnie de ce cinglé de Simon Pegg. Vous l’aurez deviné en lisant le titre, voici un nouvel hommage au film référence «Dawn of the Dead» («Zombie» en français). Un loser se fait plaquer et se retrouve avec son ami loser au beau milieu de l’épidémie de zombies à Londres. Il veut sauver son ex et reconquérir son cœur. Son plan est aussi foireux que drôle. À voir absolument!

8. «Bienvenue à Zombieland», mort-vivant de rire — Ruben Fleischer, 2009

Dans un monde infesté de zombies, deux hommes tentent de survivre. Columbus, le plus jeune, est terrorisé à l’idée d’être dévoré. C’est une poule mouillée, mais sa prudence pourrait bien lui sauver la vie… Tallahassee, lui, est un chasseur de zombies qui ne craint plus rien ni personne. Armé d’un fusil d’assaut, il se donne corps et âme à la seule mission qui compte pour lui: trouver les derniers exemplaires de ses biscuits préférés, des Twinkies, encore disponibles sur Terre.

Dans leur périple, les deux survivants sont rejoints par Wichita et Little Rock, deux jeunes filles. Tous ont désormais deux défis impossibles à relever: affronter les zombies et apprendre à s’entendre…

Ce film est tellement con qu’il en est drôle. Si les zombies se nourrissent de cerveaux, il leur faudra plus que les héros de cette comédie pour se remplir l’estomac. Totalement déluré, «Bienvenue à Zombieland» prouve que les Anglais n’ont pas le monopole du rire zombiesque. N’hésitez pas à proposer ce film à ceux qui n’ont aucune afinité avec les morts-vivants. On n’a pas peur un instant. Pas le temps, entre les crises de fou rire.

9. «The Walking Dead», méfiez-vous des vivants — Comics et série en cours

The Walking Dead se déroule dans un monde envahi par les morts-vivants. L’origine du phénomène demeure inconnue. Rick Grimes, le héros, tente tant bien que mal de faire survivre son groupe de rescapés dans ce monde hostile et effrayant, cherchant le refuge idéal, l’endroit qu’ils pourront appeler foyer. Au fur et à mesure que la série avance, les personnages évoluent, progressent. Certaines affinités vont alors se créer ainsi que certaines tensions.

Quand les vivants sont encore plus terrifiants que les zombies… Des premiers jours de l’épidémie à la renaissance de communautés de survivants, les protagonistes se rendent très vite compte qu’un homme vivant est bien plus redoutable qu’un «marcheur». Si les morts sont prévisibles et dangereux quand on baisse sa garde ou lorsqu’ils forment une horde, les survivants sont des variables bien plus déterminantes dans la vie d’après. À quoi bon survivre aux attaques des morts si on ne parvient pas à se nourrir, ou si un groupe rival nous menace?

Le comics de Robert Kirkman court toujours, ainsi que la série télévisée qui s’en inspire. Pour ne rien gâcher, ces deux œuvres sont complémentaires: les scénaristes de la série TV n’hésitent pas à dévier des chemins battus de la trame principale. Au fil des saisons, on voit donc les trajectoires scénaristiques se séparer pour former deux histoires parallèles, dans le même univers. On peut alors prolonger le plaisir aussi bien sur papier que devant sa télé.

L’adaptation en jeu vidéo vaut aussi le détour, et c’est avec elle que le studio Telltale Games a gagné ses lettres de noblesses. Vous incarnez un survivant qui s’improvise leader d’un groupe et figure paternelle de l’attachante Clementine. Vos choix détermineront le déroulement de l’histoire. À s’arracher le cœur.

10. «World War Z», le carnet de voyage — Roman de Max Brooks (2006) et film de Marc Forster (2013)

Un jour comme les autres, Gerry Lane et sa famille se retrouvent coincés dans un embouteillage monstre sur leur trajet quotidien. Ancien enquêteur des Nations Unies, Lane comprend immédiatement que la situation est inhabituelle. Tandis que les hélicoptères de la police sillonnent le ciel et que les motards quadrillent les rues, la ville bascule dans le chaos…

Les gens s’en prennent violemment les uns aux autres et un virus mortel semble se propager. Les êtres les plus pacifiques deviennent de redoutables ennemis. Or, les origines du fléau demeurent inconnues et le nombre de personnes infectées s’accroît tous les jours de manière exponentielle: on parle désormais de pandémie. Lorsque des hordes d’humains contaminés écrasent les armées de la planète et renversent les gouvernements les uns après les autres, Lane n’a d’autre choix que de reprendre du service pour protéger sa famille: il s’engage alors dans une quête effrénée à travers le monde pour identifier l’origine de cette menace et trouver un moyen d’enrayer sa propagation…

L’apocalypse au travers du rapport d’un agent de l’ONU. Pas de héros ni de scénario: il s’agit d’un panorama du monde et sa façon de réagir à la menace, avant de s’adapter et de rétablir l’ordre. À chaque période de la crise et à chaque pays une nouvelle situation. Ne cherchez pas de suspense, ceci est écrit comme un rapport: concis, sans fioriture, avec des chiffres et des extraits d’interviews.

L’adaptation hollywoodienne donne la part belle au spectacle et n’a pas grand-chose à voir avec l’œuvre originale. L’auteur original l’a d’ailleurs reniée. Mais avec un seau de pop-corn, on ne renie pas son plaisir.