FRANCE

La victoire d’«En Marche», un raz-de-marée dans un verre d’eau

La victoire d’«En Marche», un raz-de-marée dans un verre d’eau

Le 1er février 2016, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron et le maire du Havre Édouard Philippe. Qui imaginait à l’époque qu’ils seraient aujourd’hui à la tête d’une large majorité? AFP

Le terme «raz-de-marée» a inondé les médias, en référence à la victoire du parti «La République en marche» au second tour des législatives. Mais il faut relativiser au vu de l’abstention record. Un verre à moitié vide ou à moitié plein?

Oui, le score électoral du parti du président Macron est surprenant, quand on voit d’où il est parti. Quelques mois après son départ d’un gouvernement en fin de vie et la fondation de son mouvement «En Marche», le voilà non seulement à l’Élysée, mais à la tête d’une majorité confortable à l’Assemblée.

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En termes de votes récoltés, ces élections ont désigné le plus petit gagnant du XXIe siècle.

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Mais ne confondons pas les effets de ce diptyque électoral présidentiel et législatif avec les résultats chiffrés. Dans les faits, la sensation Macron est très forte. Dans les chiffres, elle l’est aussi, mais moins. Beaucoup moins. Car son Assemblée docile n’est pas pour autant populaire chez ses citoyens.

De tels résultats dans notre pays seraient bien plus représentatifs et donc significatifs car (1) l’obligation de vote resserre les totaux d’inscrits et de votes exprimés et (2) le scrutin majoritaire ne garantit pas un rapport de sièges à l’Assemblée égal à celui des votes exprimés, à l’inverse du scrutin proportionnel. Tâchons de ne pas interpréter le scrutin français comme nous le ferions chez nous.

Les 43% de suffrages rassemblés par La République en marche impressionnent. Mais n’oublions pas qu’un pourcentage, par nature, est relatif. En termes de votes récoltés, ces élections ont désigné le plus petit gagnant du XXIe siècle. Ce contraste s’explique par l’abstention record.

La majorité présidentielle qui se dessine aura donc une assise très large, avec beaucoup, beaucoup de sièges. Mais ces sièges «valent moins» de voix que les sièges désignés en 2012, 2007 et 2002. De quoi voir le verre à moitié vide… Mais en même temps (expression appréciée dans les rangs de la majorité), on peut aussi changer de focale et voir ce verre à moitié plein: si 57,36% de la population n’a pas voulu voter pour le parti de Macron, cette même part n’a pas voulu voter pour ses adversaires.

Qu’il soit dans un verre à moitié vide ou à moitié plein, le raz-de-marée a la même force. Si la République en marche domine le plateau de jeu, ce n’est pas parce qu’il a des cartes exceptionnelles en main, mais parce qu’il en a de meilleures (ou des moins mauvaises) que ses adversaires. Et les nombreux joueurs qui ont quitté la table devront de toute façon reconnaître le vainqueur qui, que ça plaise ou non, est dans les règles.