WALLONIE

cdH: pourquoi maintenant? Un calcul électoral pur

-BELGA

Pourquoi le cdH lâche-il son partenaire socialiste maintenant? La réponse centrale est claire: c’est sa seule possibilité d’avoir une chance de gouverner en 2019.

La surprise est de taille. Enfin pas tant que ça. L’interview de Maxime Prévot ce week-end dans l’Echo laissait subodorer ce qui se tramait. En substance, le ministre cdH estimait que le PS était de plus en plus à gauche, poussé dans le dos par le PTB.

Mais de là à lâcher le PS maintenant, il y avait un pas. Qui visiblement a été franchi. Mais pourquoi maintenant? Pourquoi ne pas avoir attendu 2018 ou 2019?

La réponse tient en plusieurs points.

1. Un calcul purement électoral en Wallonie et à Bruxelles

Les sondages pour le cdH sont très mauvais. Il se retrouve régulièrement 4e voire 5e parti en Wallonie. Benoît Lutgen le sait: les prochaines élections risquent fort de sonner le glas de son parti qui pourrait se retrouver dans l’opposition en Wallonie et à Bruxelles pour des lustres.

En appelant le MR et Écolo (et Defi à Bruxelles) à faire un nouveau pacte de majorité, Lutgen prend les devants. Il pense que, ce faisant, il pourra sans aucun problème reconduire sa nouvelle majorité lors des régionales de 2019. Et se débarrasser ainsi du PS qui, lui, se prendra aussi la dégelée en 2019. Coup double: le cdH s’écarte d’un canard noir et se raccroche au wagon qui devrait tirer les marrons du feu dans deux ans.

De l’opportunisme pur. Parce que Lutgen le sait aussi: s’il attend, et même si le PS sera en chute en 2019, une alliance MR-PS ne serait pas à exclure. Parce que Di Rupo et Magnette avaient encore deux petites années pour négocier avec Chastel et le MR. Lutgen a joué l’électrochoc.

2. Un boulevard au fédéral

Cela dit, on imagine mal le cdH faire un cadeau pareil au MR en Wallonie et à Bruxelles. Car Lutgen sait que le MR rêve de gouverner. Et il lui en donne, maintenant, l’opportunité.

Mais tout ça se paye aussi. Et il est plus que probable que le Bastognard a négocié avec Chastel avant même son annonce fracassante. Le deal? Faire monter le MR au régional… et se garantir une place au fédéral en 2019… sans le PS.

La coalition actuelle pourrait alors être reconduite au fédéral en y ajoutant le cdH. De Wever n’y verra pas d’inconvénient. Ce qui compte pour lui, c’est de gouverner sans le PS. Et on imagine bien que le CD&V non plus.

Le MR, lui, se sentirait moins seul, et les critiques qui le pointent régulièrement du doigt comme n’étant pas assez représentatif des francophones au fédéral, pourraient alors (un peu) se taire. Bref tout le monde y trouverait son compte. Enfin sauf le PS.

3. L’effet Macron

La sortie de Lutgen au lendemain des législatives françaises est tout sauf anodine. Le président du cdH veut prendre l’exemple de l’Hexagone qui opère une véritable révolution politique en faisant croire que c’est possible en Wallonie aussi.

Avec, évidemment le cdH au centre… du jeu. Ah le centre, c’est l’avenir ma bonne dame. Et ce n’est pas avec un PS radicalisé qu’on fera avancer le Schmilblick. Lutgen pense sans doute que, comme en France, le PS est mort en Wallonie et à Bruxelles. Et n’est donc plus fréquentable. C’est un peu la tique qui change d’hôte parce qu’il n’y a plus rien à sucer.

4. Les affaires, moment opportun

Les affaires se multiplient au PS. Qui devient virtuellement inaudible auprès d’une bonne partie de la population. C’est donc le bon moment, juge Lutgen. La bête est à terre, il faut l’achever. Et se nourrir sur sa carcasse.

Omettant au passage de dire que, notamment dans l’affaire Publifin, le cdH est mouillé jusqu’au-dessus de la tête.

Bref, c’est un momentum. Une opportunité politique unique et salvatrice pour un parti croupion appelé à vivoter dans les années à venir.. Un cynisme noir. Et qui ne grandit pas la politique.