WOLUWE-SAINT-LAMBERT

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love

Concept novateur: une ferme urbaine propose des parcelles potagères bios de 3m3 sur le toit d’un grand magasin de Woluwe. Les particuliers peuvent louer ces espaces pour y couper leurs légumes. Il en sort «2 grands sacs par semaines» pour quelque 400€ annuels.

La blonde de Laeken: non, ce n’est pas le surnom d’une tête couronnée, mais bien une variété de laitue pommée de chez nous. Avec ses cousines batavia, roquette, melina et rouge romaine, vous pouvez la cueillir sur les 200 microparcelles de la ferme urbaine Peas & Love. D’une superficie de 700m2, celle-ci s’étend sur le toit du magasin de vêtements Caméléon, une adresse bien connue de l’avenue Ariane, à Woluwe-Saint-Lambert.

Ces petites parcelles poussent verticalement sur du terreau engoncé dans le géotextile. Des particuliers les louent à l’année autour de 400€ (lire ci-dessous). Le but: permettre aux citadins de cueillir eux-mêmes leurs légumes sans trop devoir s’en occuper (en gros: leur seul job est de venir couper les plantes), tout en valorisant les toitures bruxelloises. Des espaces trop souvent couverts de roofing plutôt que de pelouses ou de rangées de fraises gariguettes, madame moutot ou mara des bois, les belles rouges qu’on chipe ici.

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Étonnant: ces plants de lavande avec les tours bruxelloises en arrière-plan. -EdA - Julien RENSONNET

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Mathias Coursin s’occupe d’entretenir toutes les parcelles de l’ «urban farm» Peas&Love: vous n’avez plus qu’à cueillir vos légumes. -EdA - Julien RENSONNET Alignement est-ouest

Savamment agencées selon un «plan de plantation» au cordeau, ces parcelles individuelles étagent leurs 60 variétés de salades, légumes et aromatiques sur 3m2. Des bacs «collectifs» hébergent aussi aubergines, potimarrons, bettes et courgettes. Le tout est cultivé en bio.

C’est l’ensoleillement qui a orienté leur alignement, en diagonale, où la lavande éclaboussée des giboulées de ce 6 juin semble presque irréelle. «Il y a plus de lumière côté ouest: c’est donc là que grimpent les aromatiques: thym, romarin, origan, sauge...», explique Mathias Coursin, ingénieur horticole et «community farmer» de cette première bruxelloise. «Du même côté, on trouve aussi le piment ou les physalis, ces petits fruits orange qui décorent souvent les assiettes des traiteurs».

Côté est, plus ombragé donc, s’accrochent les salades, mais aussi les fraises. Au sommet de cet empilement de terreau bardé de géotextile rougissent les tomates. Chaque parcelle dispose enfin de quelques bacs au sol où radis, épinards et kale ancrent leurs racines. Chaque cm3 de terre est maximalisé. «C’est pourquoi on ne plante pas de carotte: elle met 6 mois à pousser. On privilégie des plantes au développement plus rapide», détaille le jeune urban farmer, chargé de l’entretien, du repiquage et de l’irrigation de la ferme.

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Des parcelles collectives complètent l’offre individuelle: on y trouve par exemple des bettes. Originalité du panier chez Peas&Love: la plante huître et son goût salin (2e photo). -EdA - Julien RENSONNET «Toute la production agricole a été sortie des villes»

L’idée, que ses initiateurs promettent bon marché, séduit: les 200 parcelles de Peas&Love sont louées. Et devraient se multiplier ailleurs dans Bruxelles (lire ci-dessous). Comme la ferme des abattoirs de Cureghem ou l’initiative de circuit court d’une chaîne de supermarchés, elle s’inscrit dans la tendance qui ramène l’agriculture en ville tout en tenant compte des spécificités urbaines, qui empêchent le champ.

«Toute la production agricole a été sortie des villes», contextualise Mathias Coursin. «La dernière vache a quitté Paris en 1974. On a délégué l’alimentation à la campagne, ce qui contraint à tout importer. Quand des architectes de renom imaginent des tours de verre munies de serres, c’est pour expérimenter l’idée d’un potager par quartier. Notre concept aussi propose de rapprocher le légume de Bruxelles. Certains pays arabes valorisent déjà très bien leurs toitures. Des villes comme Detroit, aux USA, le font aussi. Le maraîchage en périurbain, où les habitants cueillent librement, s’implante en France. J’y ai travaillé».

À Woluwé, le job de l’ «urban farmer» tient autant à l’agriculture qu’à la vulgarisation. «Certains retraités proposent de m’aider quelques heures. Des parents veulent que leurs enfants replantent. Il y a ce côté didactique. Le rythme des saisons n’est pas toujours une évidence». Ni la délicatesse nécessaire aux mains vertes. Et puis, tout le monde ne connaît pas la saline plante huître «qui a disparu des côtes normandes tellement on l’a cueillie» ou la séduisante «amour-en-cage» à la rondeur orange. «On me dit souvent: “eh, elle goûte rien, cette plante”. Je dois alors rappeler que les feuilles de physalis ne se mangent pas: c’est un fruit».

«Il faut trouver des toits qui supportent le poids d’une ferme»

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Avant de se lancer dans la ferme urbaine Peas&Love, Jean-Patrick Scheepers a animé et géré les cours de cuisine bien connus de Mmmmh!-EdA - Julien RENSONNET

Jean-Patrick Scheepers, vous êtes initiateur de la ferme urbaine Peas&Love. Pourquoi avoir opté pour le toit du magasin Caméléon?

D’abord parce que les gens qui l’ont conçu et l’exploitent ont une démarche durable et responsable. Ils nous ont accueillis à bras ouverts. Ensuite, il y a les facteurs techniques. Pour héberger une ferme urbaine, une toiture doit supporter 300kg/m2. Enfin, il fallait un accès facile au toit et une zone de chalandise.

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Les fermes urbaines restent rares à Bruxelles.-EdA - Julien RENSONNET Avez-vous d’autres fermes en projet?

Nous exploitons déjà une autre ferme à Paris. Nous allons en ouvrir 5 l’an prochain, également à Paris et Bruxelles. Nous ne pouvons encore rien en dire car les analyses techniques sont en cours mais il s’agira de toitures de grosses entreprises et de retailers.

Les espaces de toitures semblent infinis mais on compte les projets sur les doigts d’une main...

Il y a trois ans que je m’intéresse aux fermes urbaines et je m’étonnais du peu d’initiatives qu’on voyait surgir. Je pense que cette relative lenteur est due au manque de technologie: on se contente de reproduire les techniques agricoles utilisées à la campagne. Ensuite, il n’y a pas de réel modèle économique, ce alors que nos agriculteurs tirent déjà la langue. Nous, notre idée est de reconnecter les urbains aux plantes en leur donnant accès aussi à une alimentation saine.

Sur le toit du Caméléon, offrez-vous votre ferme urbaine de 3m2 pour 400€ par an chez Peas&Love Une parcelle produit environ deux gros sacs par semaine. -EdA - Julien RENSONNET Combien peut-on cueillir sur sa parcelle?

Je n’ai pas vocation à rendre une famille autosuffisante mais on peut cueillir 2 grands sacs de légumes chaque semaine pour l’instant. Et la saison ne fait que commencer.

Vos prix sont de 99€ de cotisation annuelle et 29,97€/mensuels: c’est cher?

Comme nous proposons des variétés parfois difficiles à trouver en magasin, parfois pas disponibles en bio, parfois assez rares, il est compliqué d’établir une comparaison. Mais nous avons essayé en réunissant un panier mensuel identique sur 7 parcelles différentes de notre ferme. On en fait la moyenne au gramme près, puis on tente de réunir le même panier en magasin. Notre panier autour de 32€ équivaut à quelque chose comme 60€ en magasin. C’est au-delà de mes espérances.

+ «Peas&Love», toit du magasin Caméléon, avenue Ariane 15 à 1200 Woluwe-Saint-Lambert. Location annuelle de 99€ + 29,97€/mois. Ouvert du mardi au vendredi de 12 à 19h, samedi de 10 à 19h, dimanche de 12 à 17h.