EMPLOI

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»

Pour Fallone Dinsifwa et ses collègues électriciennes de chez Veolia, le déclic s’est fait: elles ont assumé leur envie de bosser dans un métier technique. Et ça semble leur donner le sourire.
Pour Fallone Dinsifwa et ses collègues électriciennes de chez Veolia, le déclic s’est fait: elles ont assumé leur envie de bosser dans un métier technique. Et ça semble leur donner le sourire. -EdA - Julien RENSONNET

Électricienne, policière ou chauffeuse de bus? Oui, ces métiers techniques conviennent parfaitement aux femmes. Démonstration lors de «Women@Work», salon de recrutement qui leur était réservé ce 10 mai à Anderlecht, coorganisé par Veolia, la STIB et la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles.

«Quand je dis sur Facebook que je suis électricienne, certains corrigent automatiquement en “esthéticienne”».

L’anecdote, authentique, montre combien les clichés sexistes ont la peau dure dans le monde professionnel. Car Fallone Dinsifwa ne confond évidemment pas les câbles, tableaux électriques et systèmes de refroidissement avec l’épilateur ou les crèmes de jour.

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»  Les stages traditionnels chez Veolia n’attirent que des hommes alors l’entreprise organise ses propres formations pour les femmes.-EdA - J. R. Avec ses collègues de chez Veolia, la jeune électricienne milite ce 10 mai pour que d’autres femmes fassent le pas vers un métier trop souvent considéré comme «masculin». À leurs côtés, des travailleuses de la STIB ou de la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles (lire ci-dessous) pour le 2e salon «Women@Work», une action recrutement réservée aux femmes sous les arches métalliques des abattoirs.

«J’aime bien chipoter, recâbler»

«Depuis que je suis petite, j’aime bien chipoter, recâbler... Je dépannais mes proches. Je retapais les décodeurs télé ou les PC avec mon couteau. J’ai jamais pris de “drine”!», confie la souriante électricienne industrielle. «Mais dans ma tête, les écoles pour électriciens étaient réservées aux hommes: j’ai même pas eu l’idée de m’inscrire. Quand j’ai vu cette formation d’un an via Interface3, j’ai sauté sur l’occasion», précise celle qui a été secrétaire, accueillante en maternelle ou femme de ménage.

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»  Frédérique Meeus, directrice communication chez Veolia: «on oublie trop souvent de la destiner aussi aux filles dans nos offres d’emploi». -EdA - J. R. «On veut faire découvrir nos métiers techniques aux femmes. On se rend compte que lorsqu’on poste une annonce pour signaler la pénurie en électromécaniciens ou électriciens, on oublie trop souvent de la destiner aussi aux filles», concède Frédérique Meeus, directrice communication chez Veolia et coorganisatrice de «Women@Work». D’où l’importance des témoignages de Fallone et ses collègues. «Les femmes doivent comprendre qu’elles ne compromettent pas leur féminité en devenant électriciennes et que le cadre professionnel reste respectueux, même en présence d’hommes».

Alors que Veolia compte 8% de femmes sur 1800 collaborateurs «tous services confondus» à Anderlecht, l’idée est d’augmenter le quota. «Lors des stages scolaires, on n’a que des jeunes hommes puisque les écoles d’ingénieurs comptent quelque chose comme 2 filles pour 80 garçons», regrette Frédérique Meeus. «On organise donc nos propres formations et des stages spécifiquement destinés aux femmes». La dernière formation a attiré 9 candidates. «Au bout de l’année, 7 ont reçu un contrat: elles ont commencé en janvier».

«Mon frère disait que c’était pour les hommes»

Elles sont trois, dont Fallone Dinsifwa, a avoir intégré l’équipe de 150 techniciens de Veolia en poste dans un bâtiment des institutions européennes. «On assure la maintenance. On travaille sur les tableaux électriques, on change les lampes, les contacteurs et les câblages, on dessine les plans des installations, vérifie les régulations. Et si quelque chose n’est pas dessus, on le recherche!», rigole l’Anderlechtoise, dont les collègues entretiennent aussi les installations de chauffage, ventilation et climatisation que Fallone appréhende petit à petit. «Le bâtiment est tellement grand qu’on bouge tout le temps: ça me va bien!», glisse cette vraie pile électrique.

Casquette rouge et polo gris, la technicienne de 28 ans ne regrette pas une seconde son choix professionnel. «Mon frère disait que c’était pour les hommes. Mais aujourd’hui, il me cite en exemple!» Les mentalités changent. Le courant passe.

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»  «On assure la maintenance. On travaille sur les tableaux électriques, on change les lampes, les contacteurs et les câblages, on dessine les plans des installations, vérifie les régulations. Et si quelque chose n’est pas dessus, on le recherche!»-EdA - Julien RENSONNET

«Il n’y a pas de mission réservée aux femmes»

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»  Christine Vanriet est commissaire divisionnaire, le plus haut grade, à la zone Bruxelles Capitale Ixelles.-EdA - J. R. Dans la police, «plus on monte, moins il y a de femmes». Pourtant, Christine Vanriet est commissaire divisionnaire, le plus haut grade, à la zone Bruxelles Capitale Ixelles. «On en compte 2 sur les 2600 membres de la zone». Entrée en 1988, elle ne s’est jamais sentie discriminée. «C’est la compétence qui prime», assure-t-elle. «Je connais même une inspectrice qui ramène des suspects au commissariat par le coin de l’oreille. Elle n’a pas peur en intervention et c’est très apprécié par les collègues».

La commissaire Vanriet aimerait que la police et ses 40.000 membres tous services confondus soit davantage le reflet de la société. «D’autant que les patrouilles mixtes sont plus efficaces». Pour l’instant, sa zone compte quelque chose comme 3 policières pour 10 effectifs. «Il faut déconstruire les idées préconçues, prouver qu’on peut concilier le service et la vie de famille. Et que le métier convient aussi aux femmes», plaide Valérie Paelinck, conseillère au service de formation de la police locale de Bruxelles capitale Ixelles. «D’où l’importance des témoignages de terrain»;

Ça tombe bien, la mission de Carole Verbiest, inspectrice depuis 7 ans à la zone Bruxelles Capitale Ixelles était justement de témoigner lors de «Women@Work».

Et si les femmes électrisaient leur carrière dans les métiers techniques? «Je me suis jamais pris de drine»  Carole Verbiest a toujours voulu intégrer la police. A la zone Bruxelles Capitale Ixelles, elle aime la variété des missions et le statut un peu particulier de son «terrain de jeu».-EdA - Julien RENSONNET

Carole Verbiest, une patrouille mixte est plus efficace?

La mixité hommes/femmes facilite les interventions, oui. Le côté «muscle» de l’homme compte, faut pas se leurrer. Mais une femme peut inciter à plus de dialogue, calme les tensions que les collègues masculins ne parviennent pas à apaiser. Chez les jeunes surtout.

Y a-t-il des missions réservées aux femmes?

Pas du tout! Les appels aux 101 sont orientés vers une patrouille, quelle que soit sa composition. On reçoit la mission et on y va.

Vous êtes policière par vocation?

J’ai toujours voulu le faire mais il y avait la barrière de la taille. Quand elle a été levée, j’ai postulé, passé les tests et réussi. Je ne me suis jamais sentie aussi épanouie. Dans le privé, il n’y a pas cet esprit de corps. Je voulais aussi donner un avenir meilleur à ma fille, sécuriser le monde dans lequel je l’ai mise.

Vous conciliez service et vie de famille?

Je m’occupe bien plus de ma fille depuis que je suis dans la police. Nos shifts de 10h se composent d’un matin, d’une après-midi puis d’une nuit qui déborde sur le 4e jour. Ensuite, c’est le week-end. Qui peut tomber en semaine mais ça me va. Bien sûr, on connaît aussi certains événements à l’avance. La zone est très exposée, avec les manifs et les événements. On sait très bien qu’on devra travailler pour la visite de Trump. Mais la variété des missions fait aussi l’attrait du métier: je ne changerais de zone pour rien au monde.

Au quotidien, quel est votre domaine d’action?

Je fais partie des équipes de terrain dans la zone de Neder-Haren-Laeken. On patrouille dans les quartiers. J’aime le contact avec la population, aider les gens qui en ont besoin.

Les «clients» sont parfois surpris de vous voir?

Au début surtout, d’autant que je suis pas spécialement imposante. Mais aujourd’hui, les gens sont de moins en moins étonnés de voir des femmes dans la police.

Vous tirez au pistolet?

Je n’aime pas les armes et j’espère ne jamais devoir me servir de la mienne. Mais ça fait partie de l’uniforme et ça peut être nécessaire pour la sécurité de la population.