FRANCE

Il mène la marche de Macron à Bruxelles: «Encore tenter de convaincre les fillonistes dans le bastion d’Uccle»

Pieyre-Alexandre Anglade avoue avoir distribué des milliers de tracts pro-Macron, dans le quartier Luxembourg, à Uccle, aux Tanneurs, à Flagey ou à Saint-Gilles.
Pieyre-Alexandre Anglade avoue avoir distribué des milliers de tracts pro-Macron, dans le quartier Luxembourg, à Uccle, aux Tanneurs, à Flagey ou à Saint-Gilles. -EdA - Julien RENSONNET

Affable et policé, Pieyre-Alexandre Anglade mène le mouvement «En Marche» d’Emmanuel Macron à Bruxelles et en Belgique. Il en est le «référent». Le trentenaire lorrain revient sur 12 mois de mobilisation, dévoile ses espoirs et alerte sur les dangers des camps d’en face.

Sans grande surprise, il nous a fixé rendez-vous dans un bar de la place du Luxembourg. Coupe sage à l’image de son leader, costume anthracite ajusté, souliers vernis, Pieyre-Alexandre Anglade porte l’uniforme des eurocrates. Affable, policé presque, il commande «une eau plate». On note qu’il ne dit pas «minérale»: le jeune Lorrain vit depuis 7 ans à Bruxelles. Nouvelle preuve: si Macron gagne dimanche, il boira «une petite Maes. Une 25: elle se réchauffe moins vite».

Le «référent d’En Marche pour la Belgique», c’est son titre, semble séduit par «la refondation» imaginée par Emmanuel Macron pour «dépasser les clivages gauche-droite à bout de souffle». Trois jours avant un second tour qui changera quoiqu’il arrive l’échiquier politique hexagonal, le trentenaire revient sur 12 mois de militantisme qui l’ont porté à la tête du «plus gros comité local de l’étranger» avec 1692 adhérents en Belgique, dont 450 à Bruxelles. Un engagement qui s’est concrétisé dans une candidature au poste de député des Français de l’étranger pour le Benelux, «pour ne pas décrédibiliser le projet en laissant le poste à d’ancien PS ou LR».

Convaincu que «la personnalité d’Emmanuel Macron permettra de porter ce mouvement rassemblant ceux qui croient encore à la politique», Pieyre-Alexandre Anglade en veut à Mélenchon et à ceux qui «renvoient Le Pen et Macron dos à dos». Même s’il estime que l’élection par la France «d’un progressiste de 39 ans» serait «un sacré message au monde qui a vu arriver Trump et le Brexit», il prévient donc: «c’est pas fait».

Il mène la marche de Macron à Bruxelles: «Encore tenter de convaincre les fillonistes dans le bastion d’Uccle» Pieyre-Alexandre Anglade: «Je suis séduit par l’engagement de gens de la société civile dans “ En Marche ”». -EdA - Julien RENSONNET Pieyre-Alexandre Anglade, comment vous êtes-vous retrouvé à la tête du mouvement En Marche en Belgique?

Quelques mois avant qu’Emmanuel Macron fonde «En Marche», je lui ai écrit un courrier un peu naïf. Je lui disais que je sentais un espace politique inexploité. Je travaille pour le vice-président du Parlement européen Pavel Telicka. En République Tchèque, il a participé à la fondation du parti ANO, qui avait aussi cette volonté de refonder la politique. Davantage comme Ciudadamos que comme Syriza ou Podemos. Je sentais ce désamour profond des Français pour la politique et voyais la brèche car moi-même ne me retrouvais dans aucune offre existante.

C’est ainsi que son entourage revient vers vous?

Lorsqu’En Marche est lancé, on m’a demandé de m’occuper du comité bruxellois. Je n’avais jamais milité, je n’avais pas de carte de parti. J’aimais le fait que l’associatif ou l’entreprenariat, des gens qui comme moi n’avaient jamais franchi le pas, rejoignent le mouvement. Depuis 1 an, je tente de mobiliser.

Concrètement, que faites-vous?

Outre les consultations des comités régionaux pour l’élaboration du programme, j’ai participé au comité d’experts sur l’Europe. J’ai aussi organisé 20 à 25 réunions publiques. La première, c’était place du Luxembourg en juin 2016: j’étais comme un idiot devant 50 personnes. Il a fallu du temps pour que le logiciel du public intègre la fin des vieux partis.

Et durant la campagne?

On a tracté. Devant le Lycée français à Uccle, sur les quais du Thalys, à Flagey, au Châtelain, à Saint-Gilles, au marché des Tanneurs, place du Luxembourg... Bref, là où vivent les Français de Bruxelles. La difficulté, c’est de les trouver dans la rue. Mais il y a des coins.

Il mène la marche de Macron à Bruxelles: «Encore tenter de convaincre les fillonistes dans le bastion d’Uccle» Pieyre-Alexandre Anglade: «Mélenchon fait courir un risque immense à la France! Personne ne peut être certain de la défaite de Le Pen. Macron de son côté laissera toujours les idées s’exprimer. Ces Insoumis souhaitent-ils qu’on leur retire le droit de grève et de manifester? Au 1er tour on choisit; au 2e tour on élimine!»-EdA - Julien RENSONNET

Avez-vous pu déterminer une «sociologie» du Français de Bruxelles?

Uccle, clairement, c’est le bastion des Républicains. Ils vivent à Bruxelles et votent plutôt à droite sans trop se poser de question. Ils ont du mal à voter pour Macron. Idem pour les Insoumis, qui renvoient trop les deux candidats dos à dos alors qu’ils savent pertinemment que rien ne les rassemble. Ceci dit, je respecte leur engagement.

Le non-dit de Mélenchon semble vous irriter...

Mélenchon fait courir un risque immense à la France! Personne ne peut être certain de la défaite de Le Pen. Mélenchon, c’est un autoritaire qui s’est policé dans la campagne. Je me souviens de sa sortie de l’hémicycle lors de la remise du prix Sakharov au Cubain Guillermo Fariñas. J’étais stagiaire en 2010: je n’oublierai jamais sa géométrie variable du respect des droits de l’Homme. Macron de son côté laissera toujours les idées s’exprimer. Ces Insoumis souhaitent-ils qu’on leur retire le droit de grève et de manifester? Au 1er tour on choisit; au 2e tour on élimine!

Il mène la marche de Macron à Bruxelles: «Encore tenter de convaincre les fillonistes dans le bastion d’Uccle» Pieyre-Alexandre Anglade: «Si Macron gagne, je bois une petite Maes, une 25». -EdA - Julien RENSONNET Si Macron gagne, les Français vont-ils quitter Bruxelles?

Si Macron gagne, une partie sera tentée de rentrer en France. J’en ai entendu qui sont prêts. Mais c’est naturel: les gens se déplacent aujourd’hui. Attention: Macron, c’est pas Harry Potter: il faudra 10 ou 15 ans et un travail de longue haleine dans l’industrie ou les comptes plombés pour relancer l’économie.

A contrario, si Le Pen l’emporte: doit-on s’attendre à un afflux de Français à Bruxelles?

ça sera un vecteur de départs, oui. Car il n’y aura pas de place pour les jeunes, les entrepreneurs, ceux qui croient en l’innovation et l’entreprise. Ni pour les chercheurs. Notre génération passera alors les 30 prochaines années à reconstruire.

Qu’allez-vous faire d’ici dimanche soir?

Nous allons tracter place du Luxembourg, tenter de convaincre les fillonistes à Uccle, au Lycée français notamment. Je voterai à Bruxelles puis suivrai la soirée électorale dans un pub du quartier Schuman.

Si Macron perd, vous embarquez directement pour Paris?

Je ne crois pas. J’accuserai le coup d’abord. Je pleurerai. Puis je réfléchirai à organiser l’opposition, la remobilisation. Et ferai tout pour que Le Pen n’ait pas de majorité aux législatives.

Et s’il gagne, vous buvez quoi?

Oh ben une petite Maes: on est en Belgique!

3 questions qui fâchent

Il mène la marche de Macron à Bruxelles: «Encore tenter de convaincre les fillonistes dans le bastion d’Uccle» «Plus le score de Macron sera élevé, plus il aura la marge de manœuvre nécessaire pour aller au bout de sa logique». -EdA - Julien RENSONNET

On dit que plus le score de Macron sera élevé, moins ce score reflétera l’adhésion...

«Plus son score sera élevé, plus il aura la marge de manœuvre nécessaire pour aller au bout de sa logique. Par contre, plus ce score sera faible, moins il aura de latitude pour mener la majorité à l’assemblée et plus Le Pen s’affirmera en leader de l’opposition. Mélenchon et consorts pourront faire tout le bruit qu’ils veulent...»

Macron, candidat des banques?

«Ce n’est pas le candidat des banques même s’il a un parcours. Il vient d’Amiens, pas de Saint-Tropez. Il n’a hérité de rien mais fait des concours, au contraire de Le Pen. Il a quitté l’administration pour le privé, puis quitté les banques d’affaires pour entrer au gouvernement Hollande, avant de le quitter sur désaccord».

Macron, candidat d’une Europe plombée?

«L’Europe a mauvaise presse parce que, depuis 10 ou 15 ans, la crise des banques, la crise grecque, la guerre en Syrie et le Brexit, ceux qui doivent la faire avancer l’ont laissée aux technocrates et aux populistes. Mais Macron n’est pas le candidat d’une Europe béate. Il sait que soit on la refonde, soit elle disparaît. Quid sinon, dans le contexte de mondialisation, du poids de la France face à Google, Amazon ou Facebook? Quid du poids de la France face au Brésil, à la Chine, à la Russie? L’Europe est un outil qui garantit notre mode de vie, notre conscience sociale et environnementale».