FRANCE

«Marine Le Pen ne s’est pas projetée en tant que future présidente», analyse Delwit

 Marine Le Pen a donné le ton dès le début, en attaquant frontalement son adversaire.
Marine Le Pen a donné le ton dès le début, en attaquant frontalement son adversaire.-AFP

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, juge que Marine Le Pen ne s’est pas projetée en tant que future présidente lors d’un débat «d’un faible niveau».

«Marine Le Pen ne s’est pas projetée dans le débat de ce mercredi soir en tant que future présidente et si les lignes ont bougé, ce que je ne pense pas, ce serait plutôt en faveur d’Emmanuel Macron», a analysé Pascal Delwit, politologue à l’ULB, au terme du duel télévisé brutal qui a opposé mercredi soir les 2 candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle française.

Sur la forme, la candidate frontiste a donné le ton dès le début, en attaquant frontalement son adversaire, réduit à la figure du «candidat des banques et du système», «d’enfant chéri des élites». Le qualifiant de «Hollande junior», Marine Le Pen n’a eu de cesse de lui faire endosser la responsabilité du bilan «désastreux» du quinquennat passé.

«Je ne vous dirai pas que vous êtes l’héritière d’un nom, d’un parti politique, d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis tant et tant d’années. Je ne vous le dirai pas parce que ça ne m’intéresse pas. Vous portez un esprit de défaite face auquel je porte un esprit de conquête», lui a d’emblée répondu le candidat d’En marche!

«Débat d’un faible niveau»

Les thèmes se sont ensuite enchaînés – économie, immigration, Europe, éducation, relations internationales,… – sans que le fond ne parvienne jamais à prendre véritablement le dessus. «On a quand même assisté à un débat d’un faible niveau où des questions importantes, comme l’écologie ou les classes moyennes, ont à peine été évoquées», a poursuivi Pascal Delwit.

«Sur le fond des dossiers, Marine Le Pen a été sensiblement la plus faible, y compris symboliquement avec les nombreuses notes qu’elle avait devant elle alors que Macron n’en avait presque pas», a-t-il ajouté en pointant par ailleurs les erreurs manifestes de la candidate frontiste.

Celle-ci a notamment confondu SFR et Alstom, ce que n’a pas manqué de faire remarquer son rival. Elle s’est également fourvoyée sur la vente des chantiers navals de Saint-Nazaire «aux Italiens» alors qu’ils ont en réalité été cédés à une entreprise sud-coréenne. Quant à ses explications sur une éventuelle sortie de l’euro et à un retour à une «monnaie commune», «elles étaient absolument surréalistes», selon M. Delwit.

«Emmanuel Macron maîtrisait ses dossiers mais il n’a toujours pas donné beaucoup d’indications sur sa majorité parlementaire. Ceci dit, il n’a absolument pas été écrasé par l’enjeu du débat», a encore estimé le politologue.

Marine Le Pen, elle, «n’a sans doute pas réussi à attirer des segments sociaux autres que ceux qui votent traditionnellement pour le FN». Ainsi, si durant la campagne de l’entre-deux-tours, elle a ouvertement fait des appels du pied aux électeurs déçus de Jean-Luc Mélenchon et de François Fillon, «le débat de ce mercredi soir a plutôt refermé des portes», a expliqué Pascal Delwit. «Elle n’a pas eu de grands éléments d’approche des électeurs de la France insoumise, notamment dans son argumentation anti-européenne. Et pour les électeurs de Fillon, elle a été beaucoup trop laxiste sur les chiffres. Sa stratégie est restée très ancrée sur le socle habituel du FN et je ne pense pas qu’elle ait marqué beaucoup de points parmi les indécis», a-t-il détaillé.

Dans les dernières minutes du débat, les 2 candidats se sont étrillés sur les affaires avant de conclure sur une nouvelle salve d’invectives pour Marine Le Pen; sur un projet de France «réconciliée» et «généreuse» pour Emmanuel Macron.