Talonnée, Marine Le Pen durcit le ton

 Marine Le Pen en revientà ses thèmes classiques, liés à l’insécurité, l’immigration et l’identité
Marine Le Pen en revientà ses thèmes classiques, liés à l’insécurité, l’immigration et l’identité-Reporters/Abaca

Donnée présente à coup sûr au second tour depuis des mois, Marine Le Pen voit son avance se réduire: elle en revient donc à ses fondamentaux.

Donnée qualifiée par tous les sondages pour le second tour de l’élection présidentielle depuis des mois, Marine Le Pen connaît, à l’instar de son rival centriste Emmanuel Macron, un tassement dans la dernière ligne droite. Et devant le retour inattendu de François Fillon et de Jean-Luc Mélenchon, qui semblent bénéficier d’une dynamique favorable, la présidente du Front National a décidé de durcir le ton: Marine Le Pen mise désormais tout sur les thèmes de prédilection de son parti (immigration, identité, sécurité) pour remobiliser son camp.

«Les Français ont le sentiment d’être dépossédés de leur identité, et de leur souveraineté», a-t-elle martelé ce mercredi dans une interview télévisée avant un grand meeting dans le port méditerranéen de Marseille, où, comme dans tout le Midi, le sujet de l’immigration est sensible.

La candidate de 48 ans avait durci le ton dès lundi en prônant un «moratoire» sur «l’immigration légale» et en répétant vouloir «mettre fin aux accords de Schengen» sur la libre circulation des personnes au sein de l’Union Européenne.

«Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah», qui se proclamait «combattant d’Al-Qaïda» et avait tué en 2012 trois militaires ainsi que trois enfants et un enseignant juifs, et «il n’y aurait pas eu les terroristes migrants du Bataclan et du stade de France» qui ont fait 130 morts en novembre 2015, assure aussi Marine Le Pen.

«Les mesures que je veux mettre en œuvre n’auraient pas permis à ces personnes d’être soit sur le territoire, soit en liberté», a-t-elle expliqué.

«On ne récolte pas de voix sur le dos des morts. C’est une sorte de ligne rouge d’ordre moral» que «Marine Le Pen vient de franchir», a critiqué un éditorial du quotidien Le Monde.

Il n’empêche: le thème est porteur dans une France traumatisée par une série d’attentats djihadistes qui ont fait 238 morts en 2015 et 2016, et où la menace terroriste reste «plus élevée que jamais», selon le ministère de l’Intérieur.

«À l’os»

L’offensive de Marine Le Pen sur l’immigration et la sécurité lui permet aussi d’éviter un sujet plus glissant: la sortie de l’euro, qui continue de faire peur à une majorité de Français.

«Depuis son meeting lundi soir, il y a une réorientation vers les fondamentaux anciens, particulièrement l’immigration. On revient à l’os ( … ) Car l’électorat frontiste est plus divisé qu’il n’y paraît sur la sortie de l’euro», analyse Jean-Yves Camus, spécialiste du FN.

D’ici à dimanche, Marine Le Pen risque ainsi d’y aller de l’une ou l’autre nouvelle déclaration-choc. Au risque de faire fuir ses électeurs potentiels les moins radicalisés?